lih A I, * -^ t .35, >^lt^li -i^ % m^r- ^4:2^^ y?^ ^^ :i -J^ .^ 1e' <> w y t^^ f./1 P^ -^>^' .' OEUVRES COMPLETES DE BUFFOIN COMPLEMENT. TOME II. IMPRIMERIE DE JULES DIDOT l'ain, IMPRIMEUR DU ROI, rue du Poni-de-Lodi, n 6. r ^ HISTOIRE DES PROGRS DES SCIENCES NATURELLES, DEPUIS 1789 jusqu' ce JOUR, PAR M. LE BARON G. CUVIER, CONSEILLER d'TAT , SECRTAIRE PERPETUEL DE l'aCADMIE ROYALE DES SCIENCES, MEMBRE DE l'aCADMIE FRANOISE , PROFESSEUR AU JARDIN DU ROI, CtC, A PARIS CHEZ BAUDOUIN FRERES, DITEURS, BUE DE VAUGIRARD, N** I7, ET CHEZ N. DELANGLE, DITEUR, RUE DU BATTOIR, N" J9. M. DCCC XXVIII. L- "fc/X'X 'V*/-^ 1 AVERTISSEMENT DES DITEURS. Le premier volume de cette Histoire des progrs des sciences naturelles, que nous avons mis au jour depuis lon^-temps, comprend la priode de 1789 1808. La seconde priode, qui embrasse les an- nes 1809 1827, tant beaucoup plus riche de faits et de dcouvertes nouvelles, formera trois vo- lumes qui complteront l'histoire des sciences na- turelles jusqu' nos jours. Ce sont les rapports que M. le baron Cuvier est charj^ de faire chaque an- ne l'Acadmie royale des Sciences, rapports qui offrent le tableau de toutes les dcouvertes nou- velles dont les sciences s'enrichissent, l'analyse de tous les mmoires et de tous les ouvra^^es prsents cette illustre compagnie , qui formeront l'histoire de cette seconde priode. Ces rapports n'avoient point encore t publis ni runis en un corps d'ouvrage. Ils font suite au tableau historique des progrs des sciences naturelles fait par ordre du Gouvernement par l'illustre secrtaire de l'Acad- mie des Sciences, et qui compose le premier volume I;UFFON. COMPLEM. T. II. VI AVERTISSEMENT DES DITEURS. de cet ouvrage. Le seul changement que nous nous sommes permis cFy faire consiste prsenter chaque branche des sciences naturelles sparment et de suite , pendant les dix-huit annes qui forment cette seconde priode, mais en conservant nan- moins la division par anne, de manire que Ton puisse suivre graduellement les progrs de chacune d'elles, et assister en quelque sorte aux rvolutions successives qui en ont chang la face. Ce second volume contient V Histoire des progrs de la Chimie y de la Physique, de la Mtorologie , de la Minralogie, et de la Gologie, depuis l'anne 1 809 jusqu' 182 y. HISTOIRE V -li[je jus(|ua ces derniers temns, et la plupart des observations et des dcouvertes dont elle s'est enrichie sont incontestablement dues aux travaux de M. Fourcroy, de cet illustre confrre dont nous dplorons tons la perte aujourdhui, et ceux de son clbre ami M. Vau(juelin. Ce dernier s'est occup de l'analyse du tabac, dans ha vue de reconnotre les principes qui carac- trisent cette plante, et qui Tont fait choisir pour les usaf>es auxquels elle est employe, et afin d'ap- prcier les modifications quelle prouve par les diffrentes prparations qu'on lui fait subir ])our en faire un objet de commerce. Il rsulte de ce tra- vail que la plante du tabac larp^es feuilles (nico- tiana latifolia) contient une matire animale de na- ture albnmineuse, du malate de chaux avec excs d'acide, de l'acide actique, du nitrate et du mu- riate de potasse, une matire rou^e dont la nature est inconnue, du muriate^ d'ammoniaque, et enfin un principe acre et volatil qui parot tre diffrent de tous ceux qu'on a dtermins dans le rgne v- gtal. C'est ce principe qui donne au tabac les qua- lits qu'on lui connot; on peut le sparer de la plante par la distillation , et i employer sparment. l6 PHYSIQUE, CHIMIE, Le tabac prpar a prsent de plus que la plante sans prparation du carbonate danimoniaque et du niuriate de chaux. M. Vauquelin, pensant que le suc de la bella- done, dont les effets sur l'conomie animale sont si analogues ceux du tabac , contenoit le principe acre qu'il a dcouvert dans cette dernire plante , en a fait l'analyse ; mais il n'y a trouv qu'une sub- stance animale, des sels base de potasse, et une substance amre de laquelle le suc de la belladone reoit ses proprits narcotiques. A larticle Physiologie nous parlerons des exp- riences que M. Vauquelin a faites avec ce suc sur les animaux. M. Ghevreul a prsent l'Institut des exp- riences fort tendues sur les matires vgtales. Les unes ont pour objet le principe amer produit par Faction de l'acide nitrique sur les matires organi- ses qui contiennent de l'azote , et dont MM. Haus- mann, Welther, Proust, Fourcroy, et Vauquelin, s'toient dj occups. M. Ghevreul pense que cet amer est compos d'a- cide nitrique et d'une matire vgtale huileuse ou rsineuse; et il attribue la proprit qu'a cette sub- stance de dtoner la dcomposition de l'acide ni- trique, la formation du gaz ammoniacal, de iacide prussique et du gaz hydrogne huileux , etc. , etc. ; . ET MTOROLOGIE. 17 ce qui est conforme une partie des observations de MM. Fourcroy et Vauquelin. Mais avec l'amer il se produit une matire rsi- neuse et un acide volatil, sur lequel M. Chevreul a fait plusieurs expriences, et qu'il re(T^arde comme ne diffrant de l'amer que par une petite portion d'acide nitrique. Un second travail de M. Chevreul a pour objet les subtances formes par Faction de l'acide nitrique sur les corps charbonneux ou rsineux qui ont la proprit de prcipiter la glatine. Les premires observations de ce genre avoient t faites en An- j^leterre par M. Ilatchctt, et elles avoient conduit regarder ces substances comme analogues au tan- nin. M. Chevreul pense que c'est une erreur, et qu'elles diffrent entre elles non seulement sui- vant l'espce d'acide et de matire avec lesquelles elles ont t prpares, mais encore suivant la quantit d'acide qui est entre dans leur compo- sition. Enfin , poursuivant toujours le mme genre d'ex- priences, M. Chevreul a port ses recherches sur diffrents composs forms par la raction de l'a- cide sulphuri(jue sur le camphre. Ces travaux ont tous obtenu l'approbation de J'Institut, qui en a or- donn l'insertion dans les mmoires des savants trangers. BUFFON. COMPLVI. T. II. l8 PHYSIQUE, CTIIME,. Chaque anne nous avons pu prsenter d'heu- reuses applications de la chimie aux arts , et don- ner ainsi de nouvelles preuves des secours que nos besoins et l'industrie peuvent tirer des sciences. M. Ghaptal, qui les fabriques doivent dj tant de procds utiles, nous a fait connotre d'intres- santes observations sur la distillation des vins. On voit par l'histoire qu'il donne de cet art, par la des- cription des appareils qui y toient employs autre- fois et de ceux qui y sont employs aujourd'hui, que les procds de la fabrication des eaux-de-vie se sont amliors mesure que les appareils de la chi- mie se perfectionnoient. Un des plus importants de ceux qui existent dans le Midi n'est pour ainsi dire que l'appareil de Voulf en grand. Les lois de l'vaporation, et les procds au moyen desquels on chauffe les liquides par la vapeur, ont ing^nieuse- ment t combins pour oprer la distillation des vins d'une manire conomique; mais les observa- tions de M. Ghaptal conduiront sans doute encore de nouveaux jDcrfectionnements dans la fabrica- tion des eaux-de-vie, et contribueront conserver cette branche importante de notre commerce la supriorit qu'elle a acquise. Le mme membre a fait l'analyse de sept chan- tillons de couleurs trouvs Pompia. Trois de ces couleurs n'toient que des terres colores naturel- ET MTOROLOGIE. I9 lement; Tune verdtre, l'autre jaune, et la troisime brun rouge; la quatrime toit une pierre ponce trs lgre et fort blanche. Une cinquime, qui avoit une belle teinte rose, a montr tous les ca^ ractres d'une lacque, et M. Chaptal lui a trouv beaucoup d'analogie avec la lacque de garance qu'il a fait connotrc dans son trait sur la teinture du coton. T^es deux dernirestoient bleues; l'une avoit une teinte ple, mais l'autre toit intense et nourrie. Ti'analyse de ces deux couleurs a montr qu'elles toient dues une combinaison d'oxide de cuivre, de chaux, et d'alumine, rsultant d'un commen- cement de vitrification. M. Chaptal observe que cette couleur est fort suprieure, en clat et en so- lidit, notre cendre bleue, et que son prix tant bien infrieur celui du bleu de cobalt et au prix de loutre-mer, il seroit important de rechercher les procds que les anciens employoient sa fabri- cation. M. Sage s'est occup des procds les plus pro- pres prparer la chaux vive pour obtenir des mortiers solides , de la nature des diffrentes espces de stucs, des moyens de donner le poli du marbre aux pierres artificielles, et enfin d'un procd pro- pre rduire la cire blanche en une sorte de savon. Le mme auteur, dans un mmoire, et MM. Guy- 2. 20 PHYSIQUE, CHIMIE, ton et Vauquelin, clans un rapport, ont communi- qu des observations sur les avantages et les incon- vnients qu'il y auroit employer le zinc dans la couverture des difices; et, sur ia demande du mi- nistre de l'intrieur, la section de chimie a fait con- notre quelles sont les fabriques qui peuvent tre nuisibles ceux qui habitent dans leur voisinage, et quelles seroient les mesures prendre pour accor- der l'intrt des fabricants avec celui du public. IlatfaitunrapportsurunmmoiredeM.Tarry, relatif la composition des encres crire et leur perfectionnement. L'auteur est parvenu compo- ser une encre qui ne peut tre dtruite par les acides ni par les alcalis, et qui n a que le lger inconvnient de laisser trop facilement dposer sa matire colo- rante. "La dcouverte de M. Tarry promet la socit, dit le rapporteur, un grand avantage, celui d'introduire l'usage d'une encre qui, n'tant pas sus- ceptible d'tre enleve par les agents chimiques actuellement connus, n'offrira plus aux fripons l'oc- casion d'altrer des titres, comme cela n'arrive que trop souvent aujourd'hui. Un autre rapport sur les turquoises artificielles de M. de Sauviac fait esprer de voir bientt en ce genre les produits de l'art imiter exactement ceux de la nature. Enfin une commission, compose de plusieurs KT MTOROLOGIE. 2 1 membres de la premire classe et de plusieurs mem- bres de la quatrime, s'est occupe de retrouver un procd de feu Bachelier pour la composition d'un badigeon conservateur des btiments. On sait qu' Paris les difices se couvrent trs vite d'une teinte d'un gris sale, et que ce premier changement est cause de la dtrioration qu'on les voit bientt prouver aprs. Une petite araigne tablit sa toile dans les creux qui se trouvent la surface des pier- res ; ces toiles s'accumulent, se recouvrent les unes les autres, et avec la poussire qu'elles retiennent elles forment cette crote terreuse dont nous ve- nons de parler, o les lichens prennent racine, et qui retient l'humidit la surface des pierres; alors les geles occasionent des dgradations considra bls, et obligent ce grattage qui finiroit par tre lui-mme une vritable dgradation. H s'agissoit donc de trouver un badigeon qui remplit les ingalits de la pierre sans faire pais- seur dans les angles, sans amortir les ressauts, et qui rsistt aux pluies et toutes les intempries de nos saisons. Feu Bachelier avoit fait des essais heu- reux sur ce sujet. La commission, aide des rensei- gnements de M. Bachelier fils, est parvenue re- retrouver la recette d'un badigeon qui a rsist peu dant quarante ans aux preuves qu'on lui a fait subir, et qui donne l'esprance de pouvoir garantir 22 PHYSIQUE, CHIMIE, nos difices des dgradations auxquelles ils ont t exposs jusqu' ce jour. ANNE 1810. Peu d'annes ont t aussi fcondes que celle-ci eu travaux varis et importants sur les diverses branches des sciences naturelles, et depuis les par- ties les plus gnrales de la physique jusqu' Tliis- toire particulire des espces des trois rgnes les dcouvertes de nos confrres, ou celles qui ont t soumises Tlnstitut par des savants trangers rinstitut, ont fourni de nouvelles richesses au sys- tme de nos connoissances. L'Institut avoit propos un prix pour l'examen des circonstances et des causes des diverses phos- phorescences, c'est--dire de ces apparences lumi- neuses que certains corps manifestent, soit spon- tanment, soit lorsqu'ils sont frotts, lgrement chauffs, ou enfin dans toute autre circonstance diffrente de la combustion. Ce prix a t remport par M. Dessaignes, prin- cipal du collge de Vendme; et son travail, cou- ronn la sance publique de l'anne dernire, a t suivi par des expriences du mme genre qui en ont beaucoup tendu les rsultats. Ce physicien d-finit la phosphorescence une apparition de lumire durable ou fugitive, qui n'est ET MTOROLOGIE. 2 pas pourvue sensiblement de chaleur, et qui n'est suivie d'aucune altration dans les corps inorga- niques, et il classe tous les phnomnes de la phosphorescence sous quatre genres, dtermins par leurs causes occasionelles : i" phosphorescence ])ar lvation de temprature ; 2"" phosphorescence par insolation; 3*" phosphorescence par collision; 4*^ pliosphorescence spontane. Tous les corps phosphorescents par lvation de temprature,jets en poudre sur un support chaud, s'illuminent, quelle que soit la facult conductrice de ce support pour le calori([ue, et 1 intensit de la lumire qui s'chappe est en raison directe du degr de temprature; mais la dure de la phosphores- cence est toujours en raison inverse de cette tem- prature. Les dernires portions de lumire sem- blent tre retenues par les corps avec plus de force que les premires, et il y a une trs grande diff- rence sous ce rapport entre les diverses substances; les corps vitreux perdent trs difficilement leur proprit pliosphorique, tandis que les mtaux, leurs oxides phosphorescents, et les sels mtalliques, la perdent trs facilement. Aucun degr de chaleur ne peut enlever la phosphorescence la chaux, la baryte, la strontiane, caustiques, faiblement teintes, la magnsie, l alumine, et la silice. Dans certaines circonstances, dans un air humide ^4 PHYSIQUE, CHIMIE, par exemple, quelques uns de ees corps peuvent reprendre leur phosphorescence aprs l'avoir per- due, mais d'autres ne la reprennent jamais. Cette phosphorescence se prsente sous des for- mes diffrentes; et, comme la lumire solaire, elle se dcompose par le prisme : elle s'chappe de cer- tains corps par manation paisible, et de quelques autres par scintillation; sa couleur est bleue; mais elle est ordinairement souille par ceux qui con- tiennent du fer, et Ton peut l'purer, dans ce der- nier cas, en enlevant ces corps le mtal qui change sa couleur. En gnral il a paru M. Dessaignes que les corps les plus phosphorescents sont ceux qui, dans leur composition, contiennent des principes qui ont d passer de l'tat gazeux ou liquide l'tat solide. Il toit important de vrifier si cette phospho- rescence par lvation de temprature toit due la combustion : pour cet effet M. Dessaignes a fait ses expriences dans l'air atmosphrique, dans l'oxi- gne, et dans le vide baromtrique, et il n'a vu au- cune diffrence dans l'intensit de la lumire pour les corps inorganiques; mais la lumire des corps organiss s'est accrue dans l'oxigne : ce qui con- duit l'auteur penser qu'au moins une partie de la phosphorescence de ces derniers corps est due une vritable combustion. ET MTOROLOGIE. 2 5 Mais l'lvation de la temprature ne rend pas tous les corps lumineux, et ceux qui deviennent phosphorescents par cette cause perdent cette fa- cult dans certaines circonstances. Quelle est donc la cause de Tinpliosphorescence? Telle est la ques- tion que se propose M. Dessai^nes, et pour la so- lution de laquelle il a renouvel ses expriences en y faisant entrer des circonstances qu'il varioit selon les vues qu'il vouloit remplir. Ses recherches l'on conduit aux rsultats suivants : i'' Les produits ob- tenus par la voie du feu ne sont point lumineux , moins i|ue de l'tat terreux ils n'aient pass l'tat vitreux; 2"^ les corps pourvus d'une trop grande (juantit d'eau de cristallisation ne donnent aucune lumire; 3 les corps capables d'tre ramollis par la chaleur ne donnent (];alenient j)oint de lumire, et dans ce cas sont les sels avec excs d'acide; except les sels boraciques, qui ne se fondoient point au degr de chaleur des expriences; 4 les corps et particulirement les sels qui se volatilisent ou se dcomposent ce degr de chaleur sont inphos- phorescents ; S"" eniin les corps mlangs d'une grande quantit d'oxide mtallique sont aussi com- pltement tnbreux. Cependant la plupart de ces corps peuvent je- devenir lumineux lorsqu'on les humecte, quand ils ont la facult de se combiner avec l'eau et de la 7.6 PHYSIQUE, CHIMIE, solidifier un certain point. Enfin cette facult peut reparotre dans les corps qui l'ont perdue si on les fait changer d tat. M. Dessaignes conclut de ses expriences, dont nous n'avons pu qu'indiquer les rsultats, que la phosphorescence produite par l'lvation de tem- prature est due un fluide particulier qui est chass par le calorique des corps, entre les mol- cules desquels il se trouve, et ce fluide lui parot tre de nature lectrique; il est conduit cette ide parceque toutes les circonstances qui favorisent ou qui dtruisent l'accumulation du fluide lectrique favorisent ou dtruisent absolument de la muie manire relativement aux mmes corps laccumu- lation du fluide phosphorique, et que l'lectricit peut tre directement accumule dans ces corps et les rendre lumineux. On sa voit depuis long-temps que l'exposition de certains corps la lumire les rendoit phosphores- cents. Dufay et Beccaria avoient dj fait quelques recherches sur les phnomnes de ce genre, et il etoit rsult de celles du dernier l'opinion que la phosphorescence des corps exposs la lumire ve- noit d'un dgagement de cette lumire qui s'y toit introduite par une sorte d'imbibition. L'exprience sur laquelle cette opinion toit fonde a t recon- nue de tout point inexacte par M. Dessaignes : les ET MTOROLOGIE. li-y phosphores qu'il a soumis aux diffrents rayons du prisme ont toujours donn la mme lumire. Il y a plus, cest que la phosphorescence produite par insolation, hien loin d tre une manation rayon- nante, n'est rellement qu'une oscillation; car quel- que frquentes que soient les insolations, la phos- phorescence n'est point aug^mente, et il suffit de couvrir de fume un corps phosphorescent pour le rendre obscur. L'action de la lumire, comme celle de la chaleur, ne rend pas tous les corps phospho- rescents, et ceux qui le deviennent ne le sont pas tous au mme de^r. Le phosphore de Canton de- vient phosphorescent par la seule lumire de la lune, tandis que le quartz hyalin ne donne de lueur que par la lumire directe du soleil. En gnral les corps liquides sont insensibles ])ar ce mode d'exci- tation ; et il en est de mme du charbon , du carbure de fer et des mtaux , de la plupart des sulfures , des oxides mtalliques faits par la voie sche, et en g- nral de tous les corps qui sont, comme les prc- dents, des conducteurs de l'lectricit: mais les corps idio- lectriques peuvent devenir phospho- rescents faide d'une vive lumire. 11 est remar- quer que, sous le rapport de la phosphorescence, tous les corps se sont exactement conduits avec l'- lectricit comme avec la lumire. La lueur produite par insolation a la mme cou- 28 PHYSIQUE, CHIMIE, leur que celle que la chaleur fait natre, et elle peut tre niodilie de mme par les oxides mtalliques. Les corps les plus lumineux par insolation ne le sont plus par cette cause quand ils sont chauds: ils redeviennent phosphorescents mesure qu'ils se refroidissent; et quelques corps qui ont perdu la facult de luire par l'lvation de la temprature peuvent encore donner de la lumire au moyen de l'insolation, ce que M. Dessaignes attribue la quantit d'eau que ces corps retiennent; car l'eau joue incontestablement un trs grand rle dans tous les phnomnes de ce genre, comme le re- marque fort bien M. Dessaignes en plusieurs en- droits. L'on attribuoit presque gnralement une combustion toute la lumire que rpandent cer- tains de ces corps connus sous le nom de phosphores. M. Dessaignes, voulant approfondir cette opinion, a soumis ces corps des expriences particulires qui prouvent videmment, selon lui, qu'ils doivent leur lumire la mme cause qui produit celle des autres, c'est --dire une espce de fluide lec- trique; car M. Dessaignes regarde la lumire pro- duite par irradiation et par lectrisation comme tant la mme que celle que donne l'lvation de la temprature : seulement dans les deux premiers cas cette lumire n'prouve que des vibrations , ET MTOROLOGIE. 29 tandis que dans la dernire elle est vritablement expulse. La phosphorescence par collision a fait pour M. Dessaignes le sujet de plusieurs mmoires. Il rsulte de l'ensemble de ces expriences cette loi gnrale et bien remarquable que tous les corps, dans quelque tat qu'ils soient, solides, liquides, ou gazeux , dgagent de la lumire par la compression. Mais cette lumire est moins abondante lorsque les corps ont dj t rendus phosphorescents par la chaieu r ; et quelque nombreuses et fortes que soient les compressions auxquelles on soumet un corps, jamais on ne peut le ])river entirement par-l de sa facult phosphorique. Cette lumire semble M. Dessaignes avoir Jine cause diffrente de celle qui est produite par la chaleur. Elle parot d- pendre, dit-il, d'un fluide minemment lastique, troitement uni tous les lments de la matire gravitante. Ce fluide, source premire de toute force expansive, se refoule d'autant plus dans les molcules que leurs lments constitutifs s'appro- chent de plus prs, de sorte qu'il est plus loign de sa limite de compression dans les gaz que dans les corps vitreux; aussi faut-il un moindre effort dans ceux-ci pour les faire osciller, etc. , etc. Relativement la phosphorescence spontane, M. Dessaignes en distingue de deux sortes; les unes Jo PHYSIQUE, CHIMIE, sont jiassagres, les autres permanentes. Parmi les premires on peut citer celle qui a eu lieu par Funion d'une certaine portion d'eau avec la chanx caustique; et parmi les secondes celle du bois pouri et d'autres substances org^aniques en putr- faction. Ce sont ces dernires qui occupent plus particulirement M. Dessaignes dans ce quatrime genre de phnomnes. Ses observations ont t faites sur des substances animales, de la chair des pois- sons d'eau douce, des poissons de mer, et sur des substances vgtales, des bois de diffrentes sortes. Ces substances ont offert sparment des caractres particuliers; mais il rsulte de l'ensemble de leurs phnomnes que la phosphorescence des unes et des autres est une espce de combustion dans la- quelle il se produit de l'eau et de l'acide carbonique; toutes les parties constituantes des muscles et du bois ne pgrticipent pas la lumire que ces corps produisent : la partie ligneuse et la fibre musculaire n'prouvent dans ces changements aucune altra- tion essentielle, et la phosphorescence de ces corps est due, dans le bois, un principe glutineux qui servoit runir les fibres ligneuses , et dans la chair un principe glatineux qui unissait les fibres charnues. M. Dessaignes , s'appuyant sur les faits nombreux de phosphorescence spontane qu'il a recueillis , ET MTOROLOGIE. 3l cherche exphquer la phosphorescence de la mer, (ju'il croit tre due deux causes diffrentes : i la prsence d'animalcules phosphoriques par lema- nation d'une matire lumineuse produite par ces animalcules mmes; 2^ par la simple prsence de cette matire dissoute ou mlange dans l'eau, et rsultante non seulement de ces tres, mais encore des mollusques, des poissons, etc.^ etc. Depuis la publication de son premier travail, M. Dessaignes a fait d'autres recherches du mme genre; il a tent, par de nombreuses expriences, de dterminer l'inlluence des pointes sur la phos- phorescence, soit par lvation de temprature, soit par insolation; et non seulement il a reconnu que les pointes ont sur le fluide phosphorique la mme influence que sur le fluide lectrique, mais, de plus, que des corps naturels qui ne diffrent entre eux que par leurs caractres rsultant de l'a- grgation peuvent diffrera l'infini sous le rapport de leurs facults phosphorescentes, etc. , etc. l^es productions subites de chaleur qui se ma- nifestent dans une infinit de phnomnes chi- miques , quoique plus connues que ne l'toient celles de lumire, ont eucore besoin d'tre dter- mines avec quelque prcision. M. Sage a donn le rsultat de ses recherches sur les degrs de chaleur que produisent les acides mi- 32 PHYSIQUE, CHIMIE, nraux concentrs, en se combinant avec divers oxides mtalliques, des terres, de l'eau, etc. : de Vacide sulfurique 67 de laromtre de Beaum, ml un tiers d'eau, donnoit une temprature de 80; de Facide nitrique, marquant 45" l'aro- mtre, a donn, ml Y3 d'eau, /[S ; et l'acide muriatique 20"^ a donn, avec la mme quantit d'eau que dans les expriences prcdentes, 22; le plus grand degr de chaleur obtenu avec l'acide sulfurique est celui qui est rsult du mlange de cet acide avec les os incinrs : cette chaleur a t de 160 au-dessus de zro. En gnral ces exp- riences servent faire prsumer que la chaleur produite dans les combinaisons des corps est d'au- tant plus forte que ces corps prouvent plus de contraction. Il est fcheux que M. Sage n'ait point cherch dterminer la pesanteur spcifique des corps qu'il combinoit avant et aprs l'exprience. La mesure absolue de la chaleur, dans les degrs levs, pour lesquels on ne peut employer des sub- stances liquides, est toujours l'objet des recherches des savants. M. deMorveau, qui s'en occupe depuis tant d'an- nes , et dont nous avons fait connotre les premiers travaux dans le premier volume de cette histoire, a communiqu l'Institut une suite de tableaux qui peuvent tre considrs comme le rsum de / ET MTOROLOGIE. 33 ses nombreuses expriences. Le premier de ces ta- bleaux prsente les degrs de chaleur de fusion et de vaporisation des diffrents corps corrigs et mis en concordance avec les chelles pyromtriques et thermomtriques les plus gnralement admises. Un second tableau donne les dilatations des m- taux dtermines en concordance de ces mmes chelles pyromtriques et thermomtriques, et ex- primes en millionimes pour loo*" centigrades. Dans un troisime tableau il indique les rapports de la dilatabilit et de la fusibilit des mtaux ; et enfin dans un quatrime il donne les degrs de chaleur indiqus par son pyromtre de platine, et leur correspondance avec le thermomtre centi- grade, le pyromtrc de Wedgwood, et les observa- tions de fusion jusque dans les plus hautes temp- ratures. Ces tableaux ont t accompagns d'un mmoire explicatif contenant les dtails des pro- cds employs par fauteur pour rectifier ses va- luations , lesquelles diffrent essentiellement de celles qui avoient t donnes par Wedgw^ood; et cette diffrence vient principalement d'une erreur que ce clbre physicien avoit commise en mesu rant la fusibilit de l'argent, qui faisoit une des bases de ses calculs. Pour faciliter les expriences que les ides nou- BUFFON. COMPLM. T. II. 3 34 PHYSIQUE, CHIMIE, veiles de la chimie rendoient ncessaires, ie gouver- nemeiit a ordonn (ju'il ft construit l'cole poly- technique des j3iles galvaniques de diverses gran- deurs, et une entre autres qui surpasst de beaucoup toutes celles que l'on avoit employes jusqu'ici , afin que l'on pt apprcier l'influence que le volume de ces appareils exerce sur leurs effets. MM. Gay-Lussac et Thnard nous ont donn une description de cette grande pile compose de six cents paires de disques carrs, de 3 dcimtres de ct chacun , et des expriences qu'ils ont faites avec elle et avec une autre dont les plaques toient de 48 centimtres carrs de surface. Leurs premires recherches se sont portes sur les causes qui font varier l'nergie de la pile. On at- tribuoit cette nergie ou la conductibilit des ma- tires constituantes de la pile, ou l'action chimique de ces matires, ou ces deux causes runies: pour claircir cette question les auteurs ont cherch une espce de galvanomtre, et ils se sont arrts pour cela la dcomposition de l'eau dans un tube pen- dant un temps donn. Ils ont vu que, toutes choses gaies d'ailleurs, la pile dcomposoit d'autant plus d'eau, dans un mme espace de temps, que toutes les substances qui entrent dans le cercle de la pile sont plus conductrices. Une pile de quatre-vingts paires, monte avec un acide, dcompose la po- ET MTOROLOGIE. 35 tasse, ce que ne peut faire la pile de six cents paires monte avec de l'eau. D'un autre ct le tube du gal- vanomtre, rempli d'eau seulement, donne quatre . cinq fois moins de gaz que lorsqu'il est rempli d'acides affoiblis. En gnral les acides sont d'au- tant plus forts conducteurs qu'ils sont moins ten- dus, mais un mlange d'acide et de sel produit en- core plus d'effet que l'acide seul. Les acides sont meilleurs conducteurs que les alcalis , et les alcalis sont jneilleurs conducteurs que les sels qui proviennent de ces mmes acides et de ces mmes alcalis employs comparative- ment. L'eau du galvanomtre charge de sel est d'au- tant moins bonne conductrice qu'elle s'loigne da- vantage de la saturation. Il falloit savoir quelle toit l'influence de la lon- gueur des fils plongs dans le galvanomtre ' ; 8 cen- timtres ont dcompos moins d'eau que 4, mais 2 centimtres en ont dcompos moins que 8. Les effets de la pile n'augmentent pas dans le mme rapport que le nombre des plaques; l'effet n'est double que lorsque le nombre est huit fois plus grand. En gnral les effets de la pile, mesurs par la quantit de gaz qu'elle produit, s'loignent ' Je me sers de ce mot par commodit, les auteurs ne s'en servent pas. 3. 36 PHYSIQUE, CHIMIE, peu d'tre proportionnels la racine cubique du nombre des plaques. Les effets de deux piles, diffrentes par 1 tendue des surfaces de leurs plaques, sont proportionnels ces surfaces. La tension lectrique de la pile dure plus que son action chimique. Cette diffrence vient de l'in- fluence invitable de la dure du contact du con- densateur avec lequel on recueille l'lectricit pour la mesurer la balance de Coulomb. Aprs avoir tudi les piles en elles-mmes , pour en apprcier les effets, MM. Gay-Lussac et Thnard ont port leurs recherches sur l'action de la grande pile sur divers corps. La commotion qu'on reoit de cette grande batterie est excessivement forte et dangereuse; mais elle n'est point sensible au mi- lieu d'une chane compose de quatre ou cinq per- sonnes , elle ne l'est qu'aux extrmits de cette chane; ce qui prouve, contre l'opinion reue, que, dans cette exprience faite avec des bouteilles de Leyde, ou de toute autre manire, la chane ne fait pas l'effet de conducteur, et que chaque per- sonne n'est charge que par influence, c'est--dire que le fluide lectrique qui lui est naturel n'est que dcompos, et que la commotion ne vient que du rtablissement des deux fluides qui le com- posent. ET MTOROLOGIE. 87 Parmi les dcouvertes auxquelles cet admirable instrument de la pile a donn lieu , il en est peu d'aussi intressante pour la chimie gnrale que la transformation des alcalis en substances combusti- bles et d'un clat mtallique. On a vu prcdemment que ces substances toient regardes par M. Davy, qui les a dcou- vertes, comme des corps simples mtalliques, et qu'au contraire MM. Gay-Lussac et Thnard, se fondant sur des expriences particulires dont nous avons fait mention, ne les considroient que comme des combinaisons des alcalis avec l'hydro- gne, ou ce qu'on appelle des hydrures. Depuis lors MM. Gay-TiUssac et Thnard ont fait des re- cherches pour dterminer la quantit d'oxigne que ces substances absorbent dans diverses cir- constances; et ils ont observ, 1 qu'en brlant le potassium dans du gaz oxigne, Taide de la cha- leur, ce mtal en absorbe prs de trois fois autant qu'il lui en faut pour passer letat de potasse ; 2" que le sodium, trait de la mme manire, ab- sorbe seulement une fois et demie autant d'oxigne que pour passer letat de soude ; 3 que dans ces expriences on peut substituer l'air atmosphrique l'oxigne sans changer le rsultat; 4 qu'on fait varier ces rsultats en faisant varier la temprature , du moins pour le sodium, qui, froid, n'absorbe que 38 PHYSIQUE, CHIMIE, peu l'oxigiie, tandis que le potassium au contraire soxicle presque au mme degr, quelle que soit la temprature; 5 enfin que dans ces combinaisons il ne se dgage rien. Le potassium et le sodium chargs d oxigne ont des proprits particulires, et entre autres celle d'absorber l'eau avec avidit; mais par cette absorp- tion ils sont dcomposs, et il en rsulte de la po- tasse ou de la soude et beaucoup d'oxigne. Au reste ces corps oxigns sont ramens l'tat alcalin par tous les corps combustibles et par les acides, et plu- sieurs de ces phnomnes ont lieu avec dgagement de lumire; de sorte que tout concourt prouver que la combinaison du potassium et du sodium, avec la quantit d'oxigne suprieure celle dont ces corps ont besoin pour passer l'tat d'alcalis, n'est point trs intime, et que cette quantit y est presque l'tat gazeux. s En supposant que le potassium et le sodium fus- sent des hydrures, il rsulteroit de ces expriences que les sels forms avec ces corps, aprs qu'ils ont t combins avec l'oxigne, contiendroient toute l'eau qui auroit d se former par la combinaison de cet oxigne avec l'hydrogne qui avoit fait passer les alcalis l'tat de potassium ou de sodium : or ce rsultat n'est point conforme d'autres expriences dans lesquelles MM. Gay-Lussac et Thnard ont ET MTOROLOGIE. 39 cherch dterminer la quantit deaii contenue dans les alcahs et celle qui est d^^^a^^e dans leur combinaison avec les acides. Ils ont trouv que la potasse, sur 100 parties, contient 2^ parties d'eau; et la soude, 20 sur la mme quantit ; et ils ont vu que l'acide carbonique sec dgage une trs grande quantit d'eau en se combinant avec les alcalis. On peut mme, disent-ils , par ce moyen ou par le gaz acide sulfureux, rendre l'eau sensible dans 2 milligrammes de soude ou de potasse. Ce qui a conduit MM. Gay-Lussac et Thnard pencher en faveur de l'hypothse qui consiste regarder le potassium et le sodium comme des corps sim- ples. )) Depuis que l'on sait quel point les proportions des principes constituants peuvent varier dans les composs. Ton est oblig d'examiner les sels sous ce nouveau point de vue. M. Brard , chimiste Montpellier, a fait part l'Institut de ses recherches sur la combinaison de l'acide oxalique avec diverses bases, sujet qui avoit dj t trait en partie par MM. Wollaston et Thomson. M. Brard a commenc par dterminer exacte- ment les proportions de Toxalate de chaux, qu'il a trouves tre de 62 d'acide et de 38 de chaux. Il a 1-^ * i / V ^ -v.w - O .< 4o PHYSIQUE, CHIMIE, reconnu ensuite que loo parties de cet acide cris- tallis contenoient 2-7,3 d'eau. Ayant ces premiers lments, il a combin cet acide avec la potasse, et il a form trois sels diff- rents, un oxalate, compos de 100 parties de po- tasse et de 97,6 d'acide, un suroxalate contenant, sur 100 de potasse, 192 d'acide, et un quadroxalate compos de 38 1 d'acide sur 100 d'alcali, lesquelles parties sont entre elles comme i, 2, et 4- Ce rsul- tat curieux avoit dj t trouv par M. Woliaston. La soude, l'ammoniaque, la baryte, ont donn des oxalates et des suroxalates, mais la strontiane, la magnsie n'ont pu former que des oxalates, et il est observej' que le suroxalate de baryte a peu de fixit, et qu'il sufft de le faire bouillir dans l'eau pour faire passer ce sel l tat d'oxalate. Ce ne sont que les oxalates solubles qui peuvent se combiner avec un excs d'acide, et devenir des suroxalates, et c'est l'extrme solubilit du suroxalate de potasse que l'on doit de pouvoir former avec ce sel un qua- droxalate. M. Berthollet nous a communiqu un procd pour Former le muriate de mercure appel mer- cure doux. Il fait voir qu'en faisant passer le gaz muria tique oxign sur le mercure il se combine promptement avec le mtal, et forme avec lui du muriate mercuriel ; et comme ce sel mtallique a ET MTOP.OLOGIE. /^l une parfaite analogie avec les sels mercuriels pro- duits par les autres acides et le mercure au minimum doxidation, il en conclut que le mercure, en for- mant cette combinaison, a t rduit en oxide par l'oxigne de Facide, et non point par celui de l'eau qu'on pourroit y supposer. Il a tir cette cons- quence de l'action de la chaux sur le gaz niuriatique oxign : cette terre donne avec le gaz niuriatique un compos dont la chaleur dgage une grande quantitd'oxigne, en laissant du muriate de chaux. En effet dans ce cas on ne peut attribuer i'oxigne qui se dgage qu' la dcomposition de l'acide, et non celle de l'eau. Jusqu' prsent on n'avoit pas port dans l'ana- lyse des substances organises la prcision et l'exac- titude que l'on est parvenu mettre dans l'analyse des corps inorganiques. L'action du feu, un cer- tain degr sur ces substances, produit des combi- naisons dont il n'est point facile de dterminer les lments par les moyens ordinaires et par les proc- ds le plus gnralement mis en usage ; une partie des produits gazeux n'toit point recueiUie et se perdoit. M, Berthollet a cherch porter dans la dtermi- nation des principes qui entrent dans la composi- tion des substances vgtales toute la prcision que les procds de la chimie permettent. Pour cet effet /\1 PHYSIQUE, CHIMIE, il a soumis chaque substance, autant prive d'eau que possible, l'action de la chaleur, en faisant pas- ser les produits qui s'en dgagent travers un tube de porcelaine maintenu roupie, de sorte que tous les produits soient rduits en gaz; puis, aprs avoir mesur et pes ces gaz et les matires charbonneuses restes abandonnes parles substances volatiles, il a fait l'analyse des unes et des autres. D'aprs ces procds on peut dduire les quantits de carbone, d'oxigne, d'hydrogne, et d'azote, qui entrent dans la composition des vgtaux, ainsi que celle des substances solides qui demeurent confondues avec le charbon. Il ne reste qu'une incertitude, c'est celle de la proportion d'oxigne et d'hydrogne qui se trouvent encore dans les plantes aprs leur dessic- cation combins l'tat d'eau. Dans son premier mmoire M. Berthollet n'a encore donn que l'a- nalyse du sucre et de lacide oxalique; il se propose de poursuivre ses expriences. MM. Gay-Lus'^acetThnard ont aussi port leurs recherches sur l'analyse des substances organises; mais en admcttantle principe (le M. Berthollet, qui, comme nous venons de le voir, conduit rduire en gaz- toutes les substances qui peuvent passer cet tat, ils ont suivi un autre procd qui consiste mlanger les substances qu'on veut analyser avec une quantit connue de muriate suroxign de po- ET MTOROLOGIE. 4^ tasse, et faire brler ce mlange clans un appareil propre recueillir les gaz qui se dgagent. Cet ap- pareil est form d'un tube de verre ferm par un bout, et portant l'autre un robinet qui empcbe toute communication entre l'intrieur du tube et l'air extrieur; la douille de ce robinet est pourvue d'un petit creux propre contenir les matires qu'on veut analyser. A ce premier tube en est soud un second, d'une dimension plus petite, destin re- cueillir les gaz qui doivent se dgager par la com- bustion des substances. L'appareil ainsi dispos, et le mlange de la sub- stance analyser tant fait avec le niuriate suroxi- gn de potasse, on cbauffe, et lorsque l'instrument commence prendre une temprature rouge, il y a une vive inflammation , et en mme temps il se produit de Feau, de l'acide carbonique, du gaz oxi- gne, et du gaz azote, si la substance analyse con- tient de ce dernier. En faisant usage de ce moyen MM. Gay-Lussac et Thnard ont trouv que le sucre, Famidon, la gomme arabique, le sucre de lait, con- tenoient du carbone, de foxigne, et de l'hydro- gne, et que ces deux derniers principes toient justement dans des proportions convenables pour former de l'eau ; que les substances inflammables, telles que la rsine de pin , la rsine copale, la cire, l'huile d'olive, contiennent plus d'hydrogne qu'il 44 PHYSIQUE, CHIMIE, n'en faut pour saturer leur oxi^ne, et enfin que les acides vgtaux contiennent plus d oxigne qu'il n'en faut pour saturer leur hydrogne. D'aprs ces rsultats MM. Gay-Lussac et Th- nard proposent de diviser en trois classes toutes les substances vgtales, i" celles dans lesquelles l'oxi- gne et l'hydrogne sont dans des proportions con- venables pour former de l'eau; 2 celles qui con- tiennent de Fhydrogneen excs, comparativement aux prcdents ; 3 celles qui contiennent un excs d'oxigne. Les essais qu'ils ont faits avec leur appareil sur les substances animales les ont conduits aux rsul- tats suivants : la fibrine, l'albumine, la glatine, et la matire caseuse, contiennent du carbone et de l'oxigne, de l'hydrogne et de l'azote, dans les proportions exactement ncessaires pour former de Feau et de l'ammoniaque. Ces substances pourroient donc tre compares au sucre, l'amidon, et la gomme, tandis que les graisses charges d'un excs d'hydrogne seroient analogues aux rsines, et les acides animaux analogues aux acides vgtaux. M. Vauquelin a fait des travaux plus particuliers d'analyse vgtale pour dterminer les diffrences qui se trouvent entre les principes constituants du sucre de canne, de la gomme, et du sucre de lait. et ses expriences qu'il poursuit font dj conduit ET MTOROLOGIE. 4^ ce rsultat intressaDt que la (^omine et le sucre de lait diffrent du sucre de canne, en ce que la premire contient de Tazote , et le second une ma- tire animale. Au reste, dit M. Vauquelin, les diffrences entre le sucre ordinaire, le sucre de lait, et la gomme, ne consistent pas seulement dans la pr- sence ou dans l'absence de l'azote, elles tiennent encore aux rapports varis des autres clments de ces matires ; et c'est ce qui nous reste dterminer par des expriences maintenant commences. M. Guyton a prsent llnstitut quelques obser- vations relatives l'art de la verrerie. La premire a pour objet la sparation des verres de densit dif- frente par la liquation ; du verre dont le fondant toit du plomb, se trouvant au fond d'un creuset, ne se mla point du verre ordinaire dont le creu- set avoit t rempli malgr la fusion complte des matires. La seconde est relative des essais de creuset-moule pour le recuit des grandes masses de verre. On essaya sans succs de former ces creu- sets avec de la pierre calcaire ; la matire ne prsenta qu'une masse crible de grosses bulles : forms avec de l'argile pots, ces creusets donnrent un verre parfaitement affin; mais comme leur retrait n- toit point semblable celui du verre., et que celui-ci 46 PHYSIQUE, CHIMIE, adhroit leurs parois, le refroidissement occa- siona dans la niasse vitreuse des fissures qui se dirigeoient du centre la circonfrence. La troi- sime observation consiste dans la coloration du verre en rouge parle cuivre. On ignoroit le moyen de donner aux matires vitreuses une couleur rouge fixe avec le cuivre. Un hasard a fait voir M. Guy- ton que cette coloration pouvoit avoir lieu et tre de la [)lus grande fixit, et des expriences qu'il a tentes l'ont convaincu de la ralit de sa conjecture. A cette occasion M. Sage a fait part de ses exp- riences pour colorer en rouge, au moyen du cuivre, le verre de phosphate de chaux ou des os , et a mon- tr des cristaux de verre, provenant du fond des creusets de la manufacture de bouteilles de Svres, qui avoient quelque ressemblance avec des prismes hexadres. J^a quatrime observation de M. Guyton a pour objet l'altration que le verre prouve par l'action d'une grande chaleur long-temps continue. Dans cette altration le verre se dvitrifie, prend une cou- leur blanche, laiteuse, et la demi-transparence des agates. C'est proprement la matire connue sous le nom de porcelaine de Raumur; mais ce savant attribuoit l'opacit et la blancheur du verre aux ma- tires dont il l'entouroit. On a reconnu depuis que la prsence de ces matires n'est point ncessaire, ET MTOROLOGIE. 47 et q Lie la chaleur seule est suffisante ; mais quelques physiciens attrihuoient ces effets une espce de prcipitation d'une portion des matires consti- tuantes du verre. M. Guyton , par des raisons qu'il seroit trop long de rapporter ici , et qui paroissent fondes, attribue cette dvitrification la vapori- sation de quelques unes de (;es portions de ma- tires. On croyoit pouvoir conclure de quelques obser- vations particulires que les feux des volcans n'a- gissoient pas comme ceux de nos fourneaux. Mais M. Guyton a fait voir, par des expriences directes, que cette opinion n'toit point fonde; et il a eu l'a- vantage de convaincre le clbre minralogiste Do- lomieu, qui en a voit t fauteur. On sait que l'on est parvenu par des moyens simples extraire du muriate de soude la soude dont les arts ont besoin , et qui se tiroit autrefois de l'tranger. Cette fabrication prsentoit cependant un inconvnient; c'toit la quantit de gaz acides quisevolatilisoient, et qui communiquoient l'air des proprits trs malfaisantes. Les manufacturiers ont donc t obligs de chercher les moyens d'em- pcher que ces gaz ne se rpandissent dans l'atmo- sphre; et entre plusieurs moyens offerts pour arri- ver ce but on doit distinguer cel ui qui a t imagin par M. Pelletan fils. 11 consiste faire circuler le gaz 48 PHYSIQUE, CHIMIE, acide muriatique dans de longes tuyaux horizontaux garnis de pierres calcaires qui l'absorbent. Dufay avoit a^monc que le bismuth pouvoit ser- vir comme le plomb la coupellation. M. Sage a montr par des expriences que ce premier mtal ne peut point remplacer le plomb avec avantage, prcequ'il emporte, .en passant Ttat de verre, une portion d'argent avec lui. ANNE 18U. On sait, depuis Blak et Wilke, que les corps ne se vaporisent qu'en absorbant une grande quantit de chaleur, et que toute vaporation refroidit d'au- tant plus le corps d'o elle mane qu elle est plus acclre ; d'autre part Ton sait que la pression de l'atmosphre ralentit l'vaporation, et que ce chan- gement d'tat s'opre dans le vide d'autant plus promptement que ce vide est plus parfait. M. Leslie, membre de la Socit royale de Londres, a imagin d augmenter encore l'effet de la suppres- sion de l'air, en plaant sous le rcipient de la ma- chine pneumatique des corps trs avides d'humi- dit, qui , s'emparant de la vapeur mesure qu'elle se forme, en multiplient indfiniment la produc- tion; et il est parvenu, par cette mthode, un refroidissement si rapide et si violent que leau se gle en quel(jues minutes, quelque temps qu'il fasse. ET MTOROLOGIE. 49 C'est un moyen d'avoir volont de la .cjlace presque sans autre frais que le feu ncessaire pour desscher de nouveau le corps avide dliumidit que Ton a em- ploy. L'acide vitrioliquc trs concentr, et le muriate de chaux, sont les absorbants les plus commodes pour cet usape. Deux jeunes chimistes, MM. Clment et Dsor- mes , se sont occups de dterminer les limites de ce procd, et le degr d'conomie o Ton j)eut le por- ter; et, par le calcul de la quantit de calorique contenue dans la vapeur de l'eau et de la quantit de charbon ncessaire pour produire une quantit de vapeur donne , ils ont reconnu qu'il ne faut qu'un peu plus d'une partie de charbon pour rta- blir dans son premier tat l'absorbant qui a servi geler 5oo parties d'eau. Ainsi loo livres de glace ne coteroient qu une livre et quelques onces de charbon. On peut augmenter l'effet en empchant qu'il ne pntre du calorique du dehors, et il suffit pour cela de rendre le rcipient peu conducteur de la chaleur, en le faisant par exemple de deux lames de mtal poli, spares par une couche d'air. On tire encore de cette acclration de l'vapora- tion par le vide, augmente par la prsence des ab- sorbants, un avantage plus vident quand il s'agit BITFFON. COMPLEM. T. II. So PHYSIQUE, CHIMIE, seulement de desscher des substances humides, parcequ on vite alors de leur faire subir Faction du feu qui les altre toujours plus ou moins. Notre confrre, feu M. de Montgolfier, avoit dj imagin de desscher compltement des sucs de plantes, etnotamment le jus de raisin, par la pompe pneumatique ; et s etoit assur qu'en dlayant ce dernier jus dans l'eau , aprs qu'il avoit t dess- ch, Ton pou voit encore le faire fermenter et en ob- tenir de trs bon vin. Mais il en cotoit trop de tra- vail, au lieu que l'addition d'un absorbant supple l'action continue de la pompe. Cependant il faut empcher que ces sucs ne g- lent, inconvnient qui ne seroit pas moins fcheux que ceux qui peuvent rsulter du feu. MM. Clment et Dsormes ont trouv un moyen fort simple d'y parer. Ils enveloppent le vase qui contient le suc vaporer avec la matire absorbante ; ainsi le calo- rique, qui se dgage de la vapeur au moment o elle est absorbe, retourne au suc qu'on vapore, et cette circulation fournit ce qu'exige la nouvelle vapeur. On peut employer ce procd avec beaucoup d'conomie, si l'on commence par rduire le suc l'tat de sirop, au moyen d'un ventilateur qui est aussi de l'invention de M. de Montgolfier, et que MM. Clment et Dsormes ont dcrit dans les An- ET MTOROLOGIE. 5l iiales de Chimie (octobre iSio). La pompe pneu- matique nes'appiique qu'au moment o ce venti- lateur ne produit plus d'effet. Chacun comprend de quelle utilit peut tre, pour les usages domestiques, et sur-tout pour la marine et pour les armes, ce nouvel art de conser- ver dans leur intgrit les substances alimentaires en diminuant beaucoup leur poids, et de transpor- ter sous un petit volume, dans des rgions loignes, la matire fermentescible qui doit donner le vin et l'alcohol. liCS mmes physiciens proposent d'appliquer Tvaporation dans le vide la dessication de la pou- dre qui, se faisant sans feu, se feroit sans danger. Ils se sont aussi occups de Fvaporation ordi- naire par le moyen du feu , et ont trouv un moyen de doubler les effets d'une quantit donne de com- bustible sur un liquide aqueux, tel qu'une dissolu- tion saline. Il ne s'agit que de recueillir la vapeur d'une premire portion du liquide, et de la con- traindre passer au travers d'une seconde portion. Cette vapeur trs chauffe donne une grande partie de son calorique au nouveau liquide qu'elle tra* verse, et fait dj la moiti de la besogne. Mais de tous les arts celui qui a retir des dcou- vertes modernes sur la chaleur et sur la vaporisa- tion les avantages les plus tonnants, c'est celui du 52 PHYSIQUE, CHIMIE, distillateur d'eaii-ce-vie ; le procd que nous ve- nons d'indiquer n'est mme qu'une imitation de ceux qui ont donn une partie de ces avantages. Cette rvolution, qui exerce dj l'influence la plus salutaire sur la prosprit de nos dpartements mridionaux, est due feu Edouard Adam, distil- lateur de Montpellier. Le fonds de son procd consiste faire chauffer une g^rande partie du vin mis en distillation par la vapeur d'eau-de-vie qui s'lve de la chaudire, et faire passer cette vapeur par une srie de vais- seaux baions en partie par de Feau froide, qui lui fait dposer ses parlies aqueuses, en sorte que le seul esprit-de-vin bien pur se condense dans le der- nier rfrigrant. De cette manire, au lieu de chauffer d'abord pour obtenir de Teau-de-vie 19 degrs, d'o l'on tiroit ensuite par des chauffes successives les es- prits-de-vin de diffrentes forces, Ton a tout d'un coup fesprit-de-vin au degr que l'on veut. De plus l'ancien alambic ne recevoit que deux chauffes par jour, et celui d'Adam en reoit huit; ce dernier extrait un sixime de plus d'esprit de la mme quan- tit de vin ; il conomise deux cinquimes de com- bustible et trois quarts de main-d'uvre ; enfin l'es- prit"de-vin qu'il fournit n'a jamais de got d'em- pyrume. ET MTOROLOGIE. 53 Il n'est pas tonnant qu'avec de tels avanta-ojes ce procd ait t si promptement adopt par les distillateurs : une ruine infaillible eut t le partage de ceux qui se seroient opinitres suivre rancienne mthode. M. Duportal, chimiste de Montpellier, en a pr- sent l'Institut une description fort exacte qui a t imprime, et o il indique aussi les perfection- nements qu'y a ports M. Isaac Brard. Il est essentiel de remarquer ici que l'ide pri- mitive de chauffer par la vapeur appartient M. le comte de Rumfort, associ tranger de l'Institut , qui la publie Londres, en 1798. C'est ainsi qu'une simple proposition gnrale, qui ne parot d'abord qu'une vrit abstraite et sans usages , peut enrichir des provinces entires. M. le comte de Rumfort, qui a fait en physique un si grand nombre de ces dcouvertes utiles, et qui a sur-tout fait son tude des avantages de tout genre que nous retirons du feu, a prsent cette anne l'Institut plusieurs recherches sur la lu- mire. Aprs avoir dcrit diverses nouvelles formes de lampes propres dcorer les appartements, et servir de bougeoirs, de lanternes, et de veilleuses, ^ans aucun des inconvnients que les lampes usi- tes conservent encore dans ces circonstances, il a 54 PHYSIQUE, CHIMIE, cherch rsoudre ce grand problme, sur lequel les physiciens sont diviss depuis plus d'un sicle, celui de savoir si la lumire est une substance qui mane des corps lumineux , on un mouvement im- prim par ces corps un fluide d'ailleurs impercep- tible et rpandu dans l'espace. Gomme une quantit donne d'une espce don- ne de condDUstible do^age toujours en se brlant une mme quantit de chaleur, elle devroit aussi, s'est dit M. le comte deRumfort, dgager une mme quantit de lumire, si la lumire y toit contenue de la mme faon que la chaleur; car ceux mme qui ne considrent pas la chaleur comme une sub- stance conviennent que c'est une force , une quan- tit de mouvement qui peut tre concentre dans un corps, et qui s'en dgage en mme quantit qu'elle y a t mise, comme un ressort se dbande. Au contraire, si la lumire n'est qu'un mouve- ment imprim l'ther par les vibrations des corps qui brlent, sa quantit pourra tre proportion- nelle , non pas la quantit de ce corps qui aura t brl , mais la vivacit avec laquelle la com- bustion s'en sera faite, et sur-tout au temps que chacune de ses particules sera reste chauffe au degr convenable pour branler celles de l'ther. Ayant fait ses expriences d'aprs ces ides, soij avec des lampes, soit avec des bougies , il a trouv ET MTOROLOGIE. 55 que la chaleur, dgage dans un temps donn, toit toujours proportionnelle la quantit d'huile ou de cire brle , tandis que la quantit de lumire fournie dans le mme temps varioit un degr tonnant, et dcpendoit sur-tout de la grandeur de la flamme, grandeur qui retarde son refroidisse- ment: une petite mchede veilleuse, par exemple, donne seize fois moins de lumire qu'une bougie commune , en brlant autant de cire , et en chauf- fant la mme quantit d'eau au mme degr. Ainsi tout ce qui peut maintenir la chaleur de la flamme contribue augmenter la lumire, et Ton peut arriver des rsultats vraiment surpre- nants. M. le comte de Rumfort, qui avoit reconnu par des expriences plus anciennes que toute flamme est transparente pour une autre flamme, a combin ses deux dcouvertes ; et , ayant construit des lam- pes o plusieurs mches plates, places parallle- ment les unes aux autres, se garantissent mutuelle- ment contre le froid , il leur a fait produire une lumire gale quarante bougies; et il pense que l'intensit o l'on pourroit arriver n'a pas de terme, ce qui peut devenir de la plus grande importance pour les fanaux; car jusqu'ici il n'avoitpas t pos- sible d'en porter la lumire au-del de certaines limites , parcequ'en agrandissant trop les m( hos 56 PHYSIQUE, CHIMIE, double courant d'air, leur lumire diminuoit en vertu de causes que les expriences dont nous ve- nons de rendre compte expliquent facilement. Ce que nous avons dit ci-dessus du refroidisse- ment des corps par Fvaporation est un cas parti- culier de cette loi , que tout corps qui se dilate absorbe de la chaleur, tandis qu'il en df^age en se condensant. Cette loi souffre cependant quelques exceptions , et il en est qui sont connues et expli- (jues depuis long-temps : telles que celle du nitre, qui garde en beaucoup de circonstances , en se condensant , une grande proportion de chaleur dont les effets sont assez sensibles lors de la com- bustion de la poudre ; mais il y a aussi de ces excep- tions qui tiennent des causes plus obscures ; telle est celle que M. Thillaye , professeur au Lyce imp- rial, a fait connotre. Le mlange de fesprit-de-vin avec l'eau est tou- jours accompagn d'une lvation dans la tempra- ture, et il s'y fait gnralement une condeusation plus forte qu'elle ne devroit tre d'aprs la densit proportionnelle des deux fluides , condensation d'aprs laquelle on explique cette chaleur. Mais M. Thillaye a trouv que , lorsque l'alcohol est foible, loin que le mlange se condense, il se rarfie, et que cependant la chaleur se manifeste conuue l'ordinaire. Il a construit des tables de ses ET MTOROLOGIE. Sy expriences, d'aprs lesquelles on voit que Talco- lol, 0,9544 t'^ densit, commence donner de la rarfaction. Le maximum de l'effet se montre quand l'alcohoi est o,gG88 , et qu'on le mle avec une fois et demie son poids d'eau ; et l'lvation de temprature est encore de deux de^jrs. Le cas contraire, celui des condensations sans dgagement de chaleur, produit les matires dto- nantes, dont la plus connue, comme nous venons de le dire, est la poudre canon. L'une des plus terribles est cette espce de poudre o Ton substitue au nitre le rauriate oxygn de potasse ; mais elle est aussi l'une des plus dangereuses , car elle d- tone par la simple percussion, et mme par le frottement. Cependant on a imagin d'en faire usage pour amorcer les fusils , parceque n'ayant pas besoin d'tincelle , elle ne manque jamais son effet, et mme un anpiebusier, M. Page, a invent des platines appropries cet usage; mais comme le plus lger frottement l'enflamme, il est dangereux mme de l'employer ainsi. MM. Botte et Gengembre ont cherch une poudre qui conservt la facult de dtoner par le choc, sans exposer au danger d'une explosion spon- tane; et, aprs avoir fait de nombreux essais, ils en ont trouv une qui remplit toutes les conditions dsirables. Elle se compose de cinquante-quatre 58 PHYSIQUE, CHIMIE, parties sur cent de muriate suroxy^jn, de vingt et une de nitre ordinaire, ou nitrate de potasse; de dix-huit de soufre, et de sept de poudre delyco- pode. Elle exige le choc des corps les plus durs ; et, ce qui est le plus particulier, la partie seule qui re- oit le choc dtonne; les parties voisines ne font que s'enflammer par communication, mais elles ne produisent aucune explosion , en sorte que cette poudre est absolument sans danger : elle a donc de l'importance, puisqu'elle rend facile l'usage d'un procd qui en a lui-mme. Les recherches des chimistes sur les moyens de suppler aux denres exotiques continuent avec tout le zle que les invitations du gouvernement sont faites pour inspirer. Notre confrre M. Deyeux a publi une instruc- tion sur les prcautions prendre dans la culture de la betterave, pour la rendre plus abondante en matire sucre. M. Zanetti a prsent des exp- riences sur la qualit sucrante du suc de mas. M. Deslonchamps , mdecin Paris , en a fait sur les effets du suc de pavot des jardins, compars ceux de l'opium d'orient ; il les a trouvs sembla- bles pour le suc obtenu par l'incision des capsules, deux fois plus foibles pour celui qui rsulte de leur expression , et quatre fois pour l'extrait des feuilles et des tiges; le premier seul a l'odeur vireuse dont ET MTOROLOGIE. Sg on croit que dpendent les mauvais effets de l'opium. M. Chevreul , aide-naturaliste au Musum d'his- toire naturelle, a travaill sur le pastel, pour clai- rer ceux qui essaieront de lui faire reprendre dans la teinture la place que l'indigo lui avoit enleve; ou plutt il a fait de cette plante intressante l'objet de recherches encore plus gnrales, et propres perfectionner toutes les mthodes d'analyse vg- tale. Il a fait voir que la fcule du pastel est compo- se de cire, et d'une combinaison d'une rsine verte , d'une matire vgtn-animale , et d'un indigo letat de dsoxidation, mais qui peut aisment reprendre de Toxigne. T^e suc filtr lui a encore donn des substances dont le nombre et la varit sont faits pour tonner, et d'o l'on peut conclure que quelques unes de celles qu'on a regardes jus- qu'ici comme des principes immdiats des vgtaux se laissent encore diviser, sans dcomposition, en principes plus simples. Le mme chimiste a prsent un travail analogue sur le bois de campche; il y trouve quinze prin- cipes diffrents , dont le plus remarquable est celui qu'il a nomm campec/iium , et auquel ce bois doit sa proprit tinctoriale. Ce principe est brun-rouge , sans saveur et sans odeur; il cristallise, donne la distillation les mmes lments que les substances 6o PHYSIQUE, CHIMIE, animales, se combine avec tous les acides et toutes les bases salifiables , et forme avec les premires de ces substances des combinaisons rouf^^es ou jaunes, selon la quantit d'acide employe ; et avec les autres des combinaisons bleues-violettes, et cela avec tant de facilit qu'on peut l'employer avec plus de sret que le sirop de violette pour reconnotre les alcalis ; mais Foxide d'tain au maximum fait ex- ception cette rgle; il agit sur le campecbium comme un acide, et le rougit, tandis que l'bydro- gne sulfur qui , dans tant d'autres circonstances, se comporte comme les acides, dcolore le campe- cbium. On n'avoit encore appliqu la tborie des affini- ts qu' la dcomposition rciproque des sels solu- bles : il restoit savoir si les sels insolubles ne sont pas susceptibles aussi d'cbanger leurs principes avec certains sels solubles. M. Dulong a examin cette question d'une manire gnrale dans un m- moire prsent l'Institut, et qui est la premire production de ce jeune cbimiste. Il y traite d abord en particulier de l'action des carbonates et des sous- carbonates de potasse et de soude sur tous les sels insolubles ; et il parvient ce rsultat remarquable, que tous les sels insolubles sont dcomposs par les deux carbonates prcdents, mais que l'cliange mutuel de leurs principes ne peut se faire compl- ET MTOROLOGIE. 6l tement dans aucun cas ; et rciproquement , que tous les seis solubles, dont Tacide peut former un sel insoluble avec la base des carbonates insolubles, sont dcomposs par ceux-ci, jusqu' ce que la d- composition ait atteint une certaine limite qui ne peut plus tre dpasse : en sorte que dans des circon- stances identiques il se produit des combinaisons absolument opposes. M. Dulong observe qu'il n'existe peut-tre aucun fait qui soit plus videm- ment en contradiction avec la tborie des affinits de Berfjman. Tl fonde l'explication qu'il donne de ces phnomnes , en apparence contradictoires , sur les changements qui surviennent pendant le cours de la dcomposition dans le degr de saturation de l'alcali, qui est toujours en excs, et fait une nouvelle application du principe si bien tabli par M. Berthollet sur l'influence de la masse dans les phnomnes chimiques. Enfin il dduit de cette thorie un moyen de prvoir quels sont les sels solubles susceptibles de dcomposer un sel inso- luble donn. Le clbre Scheele dcouvrit en l'ySo que le bleu de Prusse n'est qu'une combinaison du fer avec un acide particulier que les chimistes ont nomm depuis acide prussicjue. On ne l'avoit encore obtenu que ml de beaucoup d'eau. M. Gay-Lus- sac, en dcomposant le prussiate de mercure par 62 PHYSIQUE, CHIMIE, lacide muiiatique l'aide de la chaleur, en rece- vant le produit dans des flacons entours de f^^lace, et en le rectifiant sur du carbonate et du muriate de chaux, est parvenu donner Facide prussique la plus grande concentration. Dans cet tat cet acide jouit de proprits remarquables. Son odeur est presque impossible supporter; et, ce qui est plus curieux, il entre en bullition 26 degrs, et se congle i 5 ; intervalle si peu considrable que, quand on en met une goutte sur une feuille de pa- pier, levaporation d'une partie produit assez de froid pour congeler le reste. M. Boullay, pharmacien de Paris , qui l'on doit la dcouverte d'un ther phosphorique, en a aussi form un avec de l'alcohol et de l'acide arsenique; mais il faut employer pour cela beaucoup de ces deux substances. Les proprits de cet ther sont semblables celles de l'ther sulphurique ou ordi- naire , et la thorie de sa formation est la mme. M. Chrtien , mdecin de Montpellier, ayant fait connotre dans les prparations d'or des proprits trs remarquables contre les maladies syphilitiques et lymphatiques , l'attention des chimistes s'est por- te sur ce mtal, et MM. Vauquelin, Duportal, et Pelletier, ont examin de nouveau ses dissolutions, pour acqurir des connoissances plus prcises de l'tat o il se trouve dans les prparations pharma- ET MTOROLOGIE, 6S ceutiques. Nanmoins il restoit encore beaucoup d'incertitude sur ce sujet, parceque les proprits chimiques de plusieurs des combinaisons de Tor sont trs fu^^itives. M. Oberkampf le fils a prsent cette anne l'Institut un premier essai de ses travaux en chi- mie , dans lequel il fait disparotre plusieurs de ces incertitudes. Il a produit des sulfures et des phos- phures d'or, et montr que les diffrences ton- nantes, observes dans faction des alcalis sur les dissolutions d'or, tiennent k la proportion de Fal- cali : s'il y en a assez , le prcipit est noir, et c'est un vritable oxide d'or; s'il n'y en a pas suffisam- ment, le prcipit est jaune, et c'est un niuriate avec excs d'oxide ; la diffrence de proportion de l'acide ne produit pas des effets moins varis; en- fin, dans la prcipitation par l'oxide d'tain, les rsultats diffrent encore beaucoup , selon la pro- portion de l'oxide. M. Oberkampf a dtermin la quantit d'oxigne que contient l'oxide d'or, et qui est telle que sur loo parties il y en a 90,9 d'or, et 9, i d'oxigne. Nos confrres MM. Thenard et Gay-Lussac ont fait imprimer cette anne leurs Recherches physico- chimiques , o ils ont recuedli tous les mmoires qu'ils ont lus l'Institut jusqu' cette poque, et un assez grand nombre d'autres, tous plus ou moins 64 PHYSIQUE, CHIMIE, importants pour les sciences que ces jeunes chi- mistes cultivent avec tant d'clat. MM. Bouillon-La-Grange et Vogel ont publi une traduction franoise du Dictionnaire de Chimie de M. Klaproth , associ tranger de Flnstitut; ouvrage qui offre en peu de volumes toutes les notions essen- tielles de la chimie, exposes avec autant de clart que de solidit, et d'aprs les dcouvertes les plus nouvelles. Depuis que les chutes des pierres de l'atmo- sphre sont un phnomne reconnu, on l'observe souvent. Le gnral comte Dorsenne a adress d'Espagne l'Institut une de ces pierres tombe en Catalogne. M. Pictet, correspondant, nous a donn des dtails sur deux autres, dont l'une est tombe sur un vaisseau, cas jusqu' prsent unique dans l'histoire de ces chutes. M. Sage, loccasion des trombes qui ont exerc cette anne leurs ravages, l'une prs de Montm- dy, le 2 3 avril, l'autre Moyaux , prs de Lisieux, le 2 mai, a rappel, dans un mmoire historique, les circonstances de plusieurs phnomnes de ce genre observs en diffrents temps. ET MTOROLOGIE. 65 ANNEE 1812. Chacun sait que la chaleu r est Fun des principaux instruments de la chimie et l'une des plus grandes forces qui agissent dans ses phnomnes; on peut la considrer en elle-mme, dans ses effets, ou dans ses sources. M. le comte de Rumfort, constamment occup des sciences dans leurs rapports avec les besoins de la socit, a trait cette anne de la chaleur sous ce dernier point de vue, et a cherch avec beaucoup de soin dterminer quelle quantit il s en dveloppe dans la combustion de chaque substance. Pour arriver ce but il falloit d'abord avoir un moyen gnral de mesurer exactement ces quantits de chaleur ; et quand on rflchit la complication du phnomne de la combustion , Ton sent aisment combien de difficults dvoient arrter M. de Rum- fort dans ses tentatives. Ce n est qu'aprs vingt ans de travaux qu'il est parvenu les vaincre. Son ide principale toit de mesurer la quantit d'eau qui passe d'un degr fixe un autre galement fixe par la combustion d'une quantit bien dter- mine de chaque substance. L'appareil qu'il a imagin pour cela consiste en un rcipient prismatique et horizontal de cuivre, o l'on a pratiqu deux goulots: fun prs d'une BFFFON. COMPLEW. T. II. 66 PHYSIQUE, CHIMIL, extrmit, pour recevoir un thermomtre; l'autre au milieu de la partie suprieure, par lequel on verse l'eau , et que l'on ferme par un bouchon. Dans l'intrieur du rcipient est une espce de serpentin de forme aplatie qui en couvre tout le fond sans le toucher, et qui doit recevoir les produits ariformes de la combustion par le moyen d'un tuyau vertical soud son orifice. Ce serpentin revient trois fois sur lui-rnme, et son autre extrmit traverse hori- zontalement la paroi verticale du rcipient qui lui est contigu. La bont de tout l'appareil dpend essentiellement de la forme plate du serpentin, qui doit exactement transmettre au liquide contenu dans le rcipient toutes les portions de la chaleur qu'il reoit lui-mme du corps qui brle. Cependant le rcipient, une fois devenu plus chaud que l'air environnant, devoit perdre du ca- lorique qu'il auroit reu ; et l'azote de l'air qui auroit servi la combustion, se trouvant avec les autres produits dans le serpentin , devoit aussi en garder une portion. Pour remdier ces deux causes d'erreur M. de Rumfort a eu l'ide aussi simple qu'efficace de com- mencer toutes ses expriences un degr dtermin au-dessous de l'air environnant, et de les faire cesser quand Teau du rci|)ient toit arrive autant de degrs au-dessus; de sorte que dans le commen- ET MTOROLOGIE, 67 cernent lair environnant et Fazote fournissent l'eau prcisment autant de calorique qu'ils lui en reprennent ensuite. Le rservoir cylindrique du thermomtre a pr- cisment la mme hauteur que le rcipient, en sorte qu'il indique exactement la chaleur moyenne de toute la masse de l'eau. M. de Rumfort, muni de cet appareil, a donc brl successivement diffrents combustibles, mais en prenant des prcautions telles que leur com- bustion ft complte , c'est--dire qu'ils ne laissassent aucun rsidu , et ne donnassent ni fume ni odeur; car il considroit avec raison la plus lgre odeur comme la preuve qu'une partie de combustible s'toit vaporise sans brler. Il a trouv ainsi qu'une livre de chaque substance faisoit passer de la tem- prature de la glace fondante celle de Feau bouil- lante, savoir: La cire blanche 94632 livres d'eau. L'huile d'olive 904^9 id. L'huile de colza. 9^07^ id. L'alcoliol 67470 id. L'e'tlier sulfurique ..... 8o3o4 id. Le naphte 73376 id. Le suif. 83687 id. Ce qui est trs remarquable c'est qu'en admet- tant les analyses de ces substances faites par Lavoi- 5. 68 PHYSIQUE, CHIMIE, sier, Gruickshansk, MM. de Saussure, Gay-Lussac, et Thnard, et en calculant la chaleur qui auroit t produite par Thydrogne et le carbone qui entrent dans leur compc*5ition si on les et brls sparment, on arrive trs peu prs aux mmes rsultats. Nous ne pourrions faire sentir tout le mrite de ces recherches qu'en rapportant les nombreux cal- culs de lauteur; et c'est ce que la nature de notre travail ne comporte pas. Muni de ces connoissances pralables, M. de Rnmfort est pass la dtermination de la quantit de chaleur dveloppe par la combustion des dif- frents bois; mais ici le problme devenoit plus compliqu. Une haute temprature produit de nombreux changements sur le bois; une partie de ses lments est expulse , une autre contracte des combinaisons nouvelles: il falloit donc examiner d'abord la structure des bois, la gravit spcifique de leurs parties solides, la quantit de liquides et de fluides lastiques qu'ils contiennent dans leurs divers tats, enfin ce qu'ils fournissent de charbon. Aprs les avoir exactement desschs dans une tuve, M. de Rumfort est arriv ce rsultat sin- gulier que la pesanteur spcifique de la matire solide qui fait la charpente du ])ois est -peu-prs la mme dans tous les arbres ; ii a reconnu par le ET MTOROLOGIE. 69 mme moyen que la partie lip,rense clans le chne en pleine vgtation ne fait pas quatre diximes du total : Fair en fait un quart, et le reste est de la sve. Les bois lgers ont encore beaucoup moins de par- ties solides; mais il y a des variations selon les sai- sons et lage des arbres. Le bois sec ordinaire con- tient encore prs d'un quart de son poids d'eau, et il n'y en a jamais moins d'un dixime dans les plus vieilles poutres places depuis des sicles dans des charpentes. Par des expriences exactes de carbonisation M. de Rumfort a trouv que tous les bois absolu- ment secs donnent de ^2 ^3 centimes de char- bon ; d'o il a conclu c|ue la matire j)ropre du bois est identique dans tous les arbres. Cette perte que le bois le plus sec prouve encore quand on le car- bonise, la quantit absolue de carbone dtermine par MM. Thnard et Gay-Lussac 62 ou 53 cen- times, les matires qui se dposent sur les vases, enfin ce fait que le bois trop dessch, trop rap- proch de l'tat de charbon, dveloppe moins de chaleur , lui font juger qu'il existe autour de la fibre charbonneuse proprement dite, ou du squelette d\i bois (comme Fauteur l'appelle), une autre sub- stance qu'il compare quelques gards aux muscles, et qu'il nomme chair vgtale. C'est sur cette en- veloppe que se porte la premire atteinte du feu, -yo PHYSIQUE, CHIMIE, parcequ'elle contient de Thydrogne qui la rend plus inflammable, et qui contribue beaucoup la chaleur donne par chaque bois. Des nombreuses expriences et des calculs com- pliqus de M. de Rumfort est rsult enfin une table de la quantit d'eau que les divers bois, selon leur plus ou moins de desschement, peuvent faire pas- ser respectivement de la temprature de la glace fondante celle de l'eau bouillante, table o Ton voit que le tilleul est le bois qui donne le plus de chaleur, et le chne celui qui en donne le moins. Il rsulte encore de ses analyses que la perte de chaleur invitable dans la carbonisation du bois est de plus de 4^ pour cent, mais qu'elle est de plus de 64 par les procds ordinaires des charbonniers, parcequ'ils forment beaucoup d'acide pyroligneux qui consomme cette grande proportion de carbone; enfin que tout le charbon fourni par une quantit d'un bois quelconque ne donne pas plus de chaleur que le tiers de la mme quantit brl l'tat de bois. M. de Rumfort croit encore avoir reconnu dans le cours de ses expriences ce fait important pour la chimie , que le carbone peut s'unir l'oxygne et former avec lui de l'acide carbonique une tem- prature beaucoup plus basse que celle o il brle visiblement. ET MTOROLOGIE. 7 r La difficult de suivre ici le savant physicien dans ses calculs compliqus sur la plus grande in- tensit de chaleur qu'il est possible de produire, et sur la quantit de chaleur produite par la conden- sation de la vapeur de l'eau et de l'alcoho, nous oblige n'en citer que les principaux rsultats. Il tablit par exemple que la temprature de l'eau l'instant o elle se forme par la combinaison de l'oxygne et de l'hydrogne est huit fois plus leve que celle du fer chauff au point de parotre rouge en plein jour, et que l'eau bouillante, en passant l'tat de vapeur, rend latents io4o degrs de chaleur, ou, ce qui revient au mme, que cette quantit se dveloppe quand la vapeur d'eau se condense. Selon les mmes expriences la capacit de la vapeur d'eau pour la chaleur diminue avec sa tem- prature ; et des phnomnes relatifs la vapeur d'alcohol on peut conclure que l'hydrogneet l'oxy- gne qui entrent dans la composition de ce liquide n y sont point l'tat d'eau. L"Institut avoit propos pour sujet de l'un de ses prix de physique la dtermination de la capacit des gaz oxygne, acide carbonique, et hydrogne, pour la chaleur. Ce prix vient d'tre dcern un mmoire de MM. Franois Delaroche et Brard. (^es deux phy- "72 PHYSIQUE, CHIMIE, siciens ne se sont pas borns rsoudre la question propose : embrassant la matire sous un point de vue gnral , ils ont examin encore d'autres gaz , et ont aussi cherch dterminer la capacit de la vapeur aqueuse et celle de l'air sous des pressions diffrentes; ils ont trouv, entre autres rsultats intressants, que la capacit d'une masse donne dair augmente avec son volume. Ramenant enfin toutes les capacits celle de l'eau , les auteurs ont dress la table suivante, comme rsultat dfinitif de leur travail : Capacit de l'eau i,oooo Air atmosphrique 0,2669 Gaz hydrogne 3,2986 Gaz acide carbonique. . . . o 0,2210 Gaz oxygne o,236i Gaz azote 0,2^754 Gaz oxyde d'azote 0,2869 Gaz olfiant 0,420^^ - Gaz oxyde de carbone 0,2884 Vapeur aqueuse 0,8470 La chaleur pntre tous les corps ; elle contribue essentiellement leur dilatation, et on l'en exprime en quelque sorte chaque fois qu*on les rduit, par une opration quelconque, des dimensions plus petites. Ainsi Ton sait, par les expriences faites Lyon il y a dix ans par M. Mollet, que l'air comprim ET MTOROLO(;iE. -yS subitement dveloppe de la chaleur, et que cette chaleur est accompagne de lumire. Ce phno- mne a donn lieu d'ima(]iner l'instrument com- mode que l'on appelle briquet piston. M. Dessai(^nes, habile physicien de Vendme, dans un mmoire dont nous avons rendu compte, ayant soumis diffrents gaz la mme opration, obtint des effets semblables, et l'on en conclut avec une apparence de raison qu'ils dvoient se repro- duire dans tous les fluides ariformes ; mais M. de Saissy, mdecin de Lyon, ayant rpt les exp- riences de M. Dessaignes, n'est parvenu rendre lumineux que le gaz oxygne, le gaz acide muria- tique, et l'air commun: le premier des trois est celui qui lui a donn le plus de lumire; aprs lui vient l'acide muriatique: l'air commun en a donn le moins. Les autres gaz ne sont devenus lumi- neux qu'autant que l'on y a ajout deux centimes d'oxygne. M. de Saissy conclut de l que les fluides ari- formes n'ont la proprit de dgager de la lumire par la compression que lorsqu'ils contiennent du gaz oxygne libre ou foiblement combin ; il pense que ce fait, une fois bien constat, pourra donner une nouvelle probabilit l'opinion que la chaleur et la lumire sont des substances diffrentes. La doctrine de M. le comte Berthollet sur les 74 PHYSIQUE, CHIMIE, actions diverses qui influent dans les rsultats d- finitifs des phnomnes chimiques repose entre autres sur ce fait, -peu-prs j^nral, qu'un alcali qui dcompose une combinaison saline ne fait que lui enlever la portion d'acide qui lui donnoit sa solubilit, et qu'aussitt que cette combinaison est devenue insoluble elle se prcipite en conservant le reste de son acide et mme en prenant sou- vent une portion de l'alcali qui a[;it sur elle; en sorte que le prcipit est presque toujours plus ou moins compos. Cependant M. Toboalda avoit an- nonc que les alcalis purs prcipitent du rauriate suroxy^^n de mercure, vul[;airement appel su- blim corrosif, un oxyde de mercure dpouill de tout acide. M. BertboUet, voulant vrifier cette exprience, a trouv que ce prcipit n'est pur qu autant que l'on met dans la dissolution de su- blim corrosif plus d'alcali qu'il n'en faut pour en enlever tout l'acide muriatique. Dans le cas con- traire le prcipit conserve toujours une portion d'acide qui varie selon les circonstances. L'espce de l'alcali est indiffrente; mais quand la potasse, par exemple, est compltement sature d'acide carbonique, elle ne dcompose point le muriate mercuriel. Au contraire, si l'on emploie un sous- carbonate de potasse, c'est--diie une potasse im- parfaitement sature, ce sous-carbonatea^it jusqu' ET METEOKOLOGIE. 70 ce qu'il ait perdu la potasse qu'il avoit en excs; mais, dans ce cas, le prcipit retient -la-ibis de l'acide niuriatique et de la potasse. Les alcalis produisent les mmes effets sur le ni- trate de peroxyde de mercure, et des expriences faites sur du sulfate d'alumine ont encore donn des rsultats analof^^ues , c'est--dire qu'elles ont con- couru confirmer la loi tablie par M. Berthollet. liC mme savant avoit fait il y a lon.o^-temps des expriences pour reconnotre les proportions d'oxy- gne et d'acide muriatique qui constituent l'acide rauriatique oxygn; mais M. Ghenevix ayant ob- tenu depuis d'autres rsultats, M. Bertbolet est revenu sur ce sujet. Il a reconnu que la lumire qu'il avoit d'abord employe comme agent princi- pal n'enlve qu'une certaine proportion d'oxygne l'acide, quoiqu'elle le ramne par-l un tat o son action sur les ractifs diffre peu de celle de l'acide muriatique simple. Il en conclut que cet tat est un premier degr d'oxygnation de la base mu- riatique; et, dcomposant l'acide oxygn parfait par le moyen de Fammoniaque, il y a trouv 2 3,64 d'oxygne sur loo, au lieu de 9,41 qu'a voit donn sa premire analyse. Dans un de ses prcdents mmoires M. Ber- thollet avoit fait connoitre des faits d'o Ton pou- voit aisment conclure qu'il existoit des gaz hydro- y PHYSIQUE, CHIMIE, pnes carbures, mais il avoit nf^lif de tirer cette conclusion. L'analyse que M. de Saussure a faite du gaz ol- fiant a mis cette vrit dans tout son jour en d- montrant qu'en erlx3t ce gaz ne contient point d'oxy- gne, et qu'il est un vritable gaz hydrogne carbur compos, sur loo parties, de %6 de carbone et de 1 4 d'hydrogne. M. Dalton, en traitant le mme sujet dans sa Chimie philosopliicjue , a cherch tablir que la combinaison de l'hydrogne avec le carbone se fait seulement dans deux proportions fixes. Par 1 une on a le gazolfant, et par l'autre le gaz inflammable des marais ; il considre les gaz nomms par M.Ber- thollet bycirognes oxycarburs comme des m- langes de gaz hydrogne carbon, de gaz oxyde de carbone, et d'hydrogne. Selon M. Dalton le gaz olfiant qu'on soumet la chaleur ou l'action de l'tincelle lectrique passe l'tat de gaz des marais en dposant la moiti de son charbon, et le gaz des marais soumis aux mmes actions se dcompose entirement; et si avant d'tre arriv cette entire dcomposition on obtient un gaz particulier, ce gaz est un mlange d'hydrogne avec le gaz carbur des marais. M. Berthoilet a rpt ces expriences ivec l'lec- tricit, mais elles ne l'ont point conduit aux rsul- ET METEOROLOGIE. -yy tats annoncs par M. Dalton : une partie seulement du (J^az a t dcompose, et celle qui est reste in- dcompose a rsist la plus forte action de l'lec- tricit. M. Berthollet conclut aussi, contre l'opinion de M. Dalton, que la petite quantit d'azote qui se trouve dans le gaz des marais lait une partie consti- tuante de cette combinaison; car ce g^az, recueilli dans des marais des poques trs loignes, a tou- jours donn la mme quantit d'azote. Enfin M. Berthollet, ayant soumis Faction de la chaleur le gaz olfiant, n'a pas obtenu davantage les rsultats annoncs par M. Dalton ; et, bien loin de n'avoir trouv que deux combinaisons entre le gaz hydrogne et le carbone, il a vu au contraire que ces substances peuvent s'unir dans des propor- tions indfiniment variables , selon le j)l us ou uioins de chaleur cju'on leur a fait prouver. M. Berthollet a aussi expos au feu le gaz oxycar- bur, et a obtenu des rsultats analogues ceux dont il vient d'tre question. Ce gaz a dpos du charbon, et sa lgret spcifique a augment. Du gaz oxyde de carbone a t expos dans un tube in- candescent Faction de l'hydrogne sans pjrouver de dcomposition; ce qui est oppos Fide de M. Dalton, qui regarde le gaz oxycarbur comme un mlange de gaz oxyde de carbone et de gaz hy- drogne carbur: car, pour expliquer cette ex p- yS PHYSIQUE, CHIMIE, rieiice par Thypothse de M. Dahon, il faiidroit attribuer tous les cliangeiiierits que la chaleur opre dans le gaz oxycarbur au gaz hydrogne carbur qu'il con tien droit ; ce qui est fort difficile, M. Ber- tlioUet ayant prouv par une exprience directe que rhydrogne n'a aucune action sur ie charbon. M. Thnard a fait sur le gaz ammoniac des exp- riences bien singulires et -peu-prs inexplicables dans Ftat actuel de la chimie. Si Ton expose ce fluide bien pur une haute chaleur dans un tube de porcelaine bien imper- mable, il s'en dcompose peine quelques par- celles; au contraire la dcomposition va trs vite si Ton met dans ce mme tube du fer, du cuivre, de l'argent, de l'or, ou du platine: ces mtaux prou- vent un changement dans leurs qualits physiques; mais ils n'augmentent ni ne diminuent de poids, n'enlvent ni ne cdent au gaz rien de pondrable. Le fer possde cette proprit au plus haut degr; les mtaux diffrents des cinq que nous avons cits n'en jouissent point du tout. Le gaz dcompos par ce singulier moyen donne toujours trois parties d'hydrogne contre une d'azote. Le soufre et le charbon le dcomposent aussi, mais en formant avec ses lments de nouvelles combinaisons; ce qui rentre dans les phnomnes ordinaires. Un mtal ne peut se dissoudre dans un acide sans ET MTOROLOGIE. 79 tre oxyd, et c'est tantt Tacide mme, tantt l'eau, qu'il prend l'oxygne ncessaire: mais il arrive aussi quelquefois qu'une dissolution sature d'un mtal dans un acide, si elle est aide par la chaleur, peut encore dissoudre une nouvelle portion de mtal ; et c'est ce que M. Proust a dcouvert pour le nitrate de plomb. Dans ce cas est-ce Tacide ou l'oxyde mtallique de la dissolution qui fournit l'oxygne cette nouvelle portion de mtal? M. Proust, et M. Thomson, qui a rpt ses expriences, ont pens que l'oxygne vient de foxyde ; d'o il rsul- teroit que la totalit du plondj ainsi dissous auroit proportionnellement moins d'oxygne . ou , en d'au- tres termes, qu'il seroit moins oxid que celui qui entre dans une dissolution faite froid, et qui est connu sous le nom d'oxyde jaune. Mais M. Ghevreul, aide naturaliste au Musum d'histoire naturelle, ayant examin de nouveau cette (juestion, a trouv qu'il se dgage du gaz nitreux quand on dissout ainsi de nouveau plomb; ce qui ne peut se faire sans que l'acide nitrique perde de son oxygne : d'o ce chimiste conclut que c'est l'acide qui fournit Toxygne au nouveau plomb, et que la dissolution dfinitive n'est plus un nitrate, mais bien un nitrite, c'est--dire que l'acide est un moindre degr d'oxydation. Une proprit remarquable qui sert distinguer 8o PHYSIQUE, CFIIMIE, les nitrites de plomb des nitrates, c'est de former dans les nitrates de cuivre un prcipit compos d'une certaine quantit d'hydrate de cuivre et de plomb. D'aprs ces expriences M. Chevreul rend l'oxyde jaune de plomb son ran(j de protoxyde, c'est--dire de celui o il entre le moins d^oxvane. Le travail de ce chimiste l'a conduit examiner d'une manire gnrale les sels que forme le plomb avec l'acide nitrique ; et il a prouv qu'il peut exister deux nitrates et deux nitrites, doi^t l'un, dans chaque espce, contient deux fois plus d'oxyde que Vautre. 11 souponne mme qu'il existe un troisime ni- trite contenant quatre fois moins d'oxyde que le premier. Les corps poreux absorbent des (pzdans divei ses proportions, et le charbon est un de ceux qui en absorbent le plus. La connoissance prcise des li- mites de cette absorption tant fort importante dans les oprations de la chimie, M. de Saussure s'en est occup rcemment avec beaucoup de soin et de succs. Tous les charbons n'ont pas cette proprit au mme degr, et tous les gaz ne se laissent point ab- sorber en mme quantit. Le mme charbon absor- bera quatre-vingt-dix fois son volume de gaz ammo- niac et peine 1,^5 de gaz hydrogne. ET MTOROLOGIE. 8l M. Tlnard a rpt ces expriences avec quel- ques variations, eten a obtenu -peu-prs les mmes rsultats, dont il a dress une table. 11 a observ, ainsi que M. de Saussure, et comme M. de Rumfort Fa aussi remarqu dans d'autres expriences, que le gaz oxygne se change en acide carbonique, quoique la temprature soit peu leve. Le gaz ni- treux se dcompose en partie, et dgage dn gaz acide carbonique et de l'azote. Mais l'hydrogne sulfur est le gaz dont l'absorption offre les phnomnes les plus intressants : il se dtruit en peu de temps, et donne de l'eau, du soufre, et assez de calorique pour que le charbon s'chauffe beaucoup. M. Lampadius, chimiste et physicien allemand, en distillant des pyrites martiales avec du charbon , avoit obtenu une substance liquide et volatile dont la nature toit encore douteuse. M. Lampadius lui-mme et feu M. Anide Ber- thollet la considroient comme un compos de soufre et d'hydrogne, MM. Clment et Desormes comme une combinaison de soufre et de char- bon. M. Clusel, prparateur de chimie l'Ecole poly- technique, ayant voulu fixer les opinions sur la nature de cette substance, a d'abord essay de la dcomposer en la faisant passer sur des lames de cuivre dans des tubes chauffs : mais ce moyen ne liUFFON. COMPLM. T. II. 6 8:2 PHYSIQUE, CFIIMIE, lui ayant pas entirement russi, il a cherch en oprer 1 analyse par la pile de Volta ; et aprs de nombreuses tentatives, des prcautions dlicates et multiplies, et un emploi savant de Faction chi- mique des diffrents corps, il a cru y reconnotre, sur I oo parties, prs de Sg de soufre, 29 de charbon, 6 d'hydro(>ne, et 7 d'azote: mais il trou voit dans ses produits plus de soufre et de charbon qu'il n'en avoit mis en exprience. M. Thnard a repris le premier moyen de M. Clu- sel, qui, tant beaucoup moins complicju, pro- mettoit des rsultats plus dcisifs; et en faisant passer avec plus de lenteur le liquide de Lanipadius sur le cuivre dans des tubes chauffs, il lui en a fait prouver plus profondment l'action , et il l'a com- pltement dcompos en 85 ou 86 centimes de soufre et 1 4 ou i 5 centimes de charbon, sans azote ni hydrogne. On a vu dans les rapports prcdents que M. De- laroche s'toit occup de rsoudre par de nouvelles expriences les phnomnes c|ue les animaux pr- sentent lorsqu'on les expose une haute temp- rature. [1 fit voir quel'vaporationcutaneet pulmonaire ioit une des causes qui cjnpchoient les animaux de prendre compltement la temprature qui les ei 'lonnoit, mais qu'ils ne conservoient pas abso- ET MTOROLOGIE. 83 lumen t la leur, comme on l'a voit dit, et qu'ils s'- chauffoient aussi par degrs. Cependant on observa que si la temprature du corps animal s'levoit comme celle des milieux en- vironnants, et que leur respiration continut da[][ir comme auparavant, ils dvoient arriver une cha- leur bien plus leve encore, parcequ' celle du milieu ils dvoient joindre celle qui est produite parla respiration. M. Delaroche a donc voulu examiner la diff- rence que le rsultat de la respiration ou , en d'au- trs termes, l'absorption de l'oxygne peut prouver dans un air plus ou moins chauff, et il l'a trouve si foible qu'il est difficile d'en rien conclure ; elle est dans le rapport de 5 6. M. Delaroche a pens qu'il n'y avoit aucune con- nexion ncessaire entre la frquence des mouve- ments respiratoires et l'activit des phnomnes chimiques de la respiration; car dans l'air chaud les mouvements de la poitrine toient trs acc- lrs. Une remarque intressante est celle que les ani- maux sang froid montrent une diffrence beau- coup plus marque que les autres, et que la chaleur augmente sensiblement l'activit de leur respira- tion; fait qui peut aider expliquer plusieurs des phnomnes de leur conomie. G. 84 PHYSIQUE, CHIMIE, Les ca]culs qui se forment quelquefois dans la vsicule du fiel, et qui ont t jusqu' prsent si rebelles aux secours de Fart, sont composs d'ordi- naire de cette substance nomme adipocire par les chimistes, parcec[u'elle tient par ses caractres la cire et au suif: mais il parot qu'ils sont aussi sujets varier dans leur nature; car M. Orfila, docteur en mdecine, en a analys de tout diffrents, o il n'existoit point d'adipocire, mais du principe jaune, une rsine verte, et une petite quantit de cette matire dcouverte par M. Thnard et nom- me par lui picwuel, parcequ'elle donne une saveur doux-amer. M. Vauquelin, continuant ses recherches sur les principes des vgtaux, a soumis de nom- breuses expriences le daphnealpina, arbuste connu par l'excessive cret de son corce, que l'on em- ploie en mdecine comme rubfiant, et dont l'ex- trait, combin des corps gras, forme une pom- made qui remplace en beaucoup de cas celle de cantliarides. En traitant cette corce parTalcohol et par l'eau, il y a reconnu deux principes nouveaux et trs re- marquables par leurs caractres. Le premier, que M. Vauquelin nomme principe acre, est de nature huileuse ou rsineuse; ne deve- nant volatile qu' une chaleur suprieure celle de ET MTOROLOGIE. 85 Falcohol bouillant, il ne s lve point avec ce li- quide, mais on peut le distiller avec l'eau. Le second principe, nomm amer, se dissout dans Feau bouillante, et donne par le refroidisse- ment des cristaux blancs et en forme d'aiguilles. L'cor(;e du dapline a fourni en outre, comme celle de beaucoup d'autres plantes, une rsine verte, un principe colorant jaune, une matire brune qui contenoit de Tazote, puisqu'elle donnoit de l'ammoniaque, enfin des sels base de potasse de fer et de cbaux. M. Vauquelin termine son mmoire par cette observation importante, que les substances vg- tales acres et caustiques sont buileuses ou rsi- neuses, et ne contiennent point d'acide dvelopp, en quoi elles ressemblent aux plantes vnneuses; d'o il conclut qu'il faut se dfier des plantes qui ne sont point acides. Raumur a annonc il y a plus d'un sicle que certaines dents fossiles prennent une teinte bleutre plus ou moins semblable celle de la turquoise, quand on les expose avec prcaution une cbaleur gradue. M. Sage, ayant reconnu qu'on obtient de l'acide prussique en torrfiant un mlange de po- tasse et de la substance glatineuse des dents, et que le barreau aimant tire du fer de la poudre des dents calcines, pense que cette couleo^u bleue des 86 PHYSIQUE, CHIMIE, turquoises occidentales est due un vritable bleu de Prusse. ANNE 1813. On a vu , dans notre analyse de 1 8 1 1 , comnien t , en acclrant 1 evaporation par le vide et par la pr- sence d'un corps trs absorbant , M. Leslie, d'Edim- bourg, toit parvenu faire congeler leau en toute saison. Ce physicien a imagin depuis un appareil qui a t montr l'Institut ])ar M. Pictet, son cor- respondant, et o l'on peut volont, et instanta- nment, faire congeler l'eau ou lui rendre sa liqui- dit. Pour cet effet on place de l'eau sous la clocbe ])neumatique, dans un vase dont le couvercle se lve ou s'abaisse au moyen d'une tige qui traverse le haut de la cloche; lorsqu'on dcouvre cette eau , cdant l'action des causes qui la vaporisent, elle se gle; et quand on la recouvre , la chaleur envi- ronnante la rend en peu d'instants son premier tat. Notre confrre M. Gay-Lussac, qui a rpt de- vant l'Institut l'exprience de M. Leslie, a rappel un fait bien connu , qui rentre dans le mme ordre , c'est le froid qui se produit dans certaines machines d'o on laissechapperderaircondens;ilaprouv qu'en tonte saison il suffit (jue l'air ait t condens du double pour donner de la glace; et il croit qu'on ET MTOROLOGIE. 87 pourroit s'en procurer aisment, ainsi clans les pays chauds, en condensant lair au moyen d'une chute d'eau. On peut, en employant des corps plus vapora- hles ((ue l'eau , arriver des degrs de froid vrita- blement tonnants, et faire fjeler non seulement le vif argent, mais Fesprit-de-vin le plus pur; c'est quoi est parvenu M. Hutton, d'Edimbourg, qui a remarqu cette occasion que , dans lalcohol le plus rectifi , la conglation sparoit encore des matires assez diffrentes. M. Configliacchi , pro- fesseur Pavie, a congel le mercure par la seule vaporation de l'eau. Nous devons galement Ja premire communication de ces expriences M. Pictet. On croyoit que cette pression de l'air, dont l'in- fluence est si puissante pour retarder l'vaporation des liquides, retardoit aussi la dissolution des sels, ou , ce qui revient au mme, acclroit leur cris- tallisation quand ils toient dissous ; et en effet une dissolution sature de sel de Glauber, ou sulfate de soude, qui conserve sa liquidit quand elle re- froidit dans le vide, cristallise aussitt qu'on lui donne de l'air; mais M. Gay-Lussac s'est assur qu'il s'en faut beaucoup qu'il en arrive autant tous les sels, et que mme, pour le sulfate de soude , le phnomne ne tient point la cause qu'on all- 88 PHYSIQUE, CHIISIIE, (;uoit. Quand on intercepte le contact de Fair par une couche d'huile, par exemple, la cristallisation se retarde comme lorsqu'on supprime sa pression en faisant le vide; tandis qu'au contraire la pression d'une colonne de mercure n'acclre en rien cette cristallisation. Une dissolution qui traverse du mer- cure dont l'air a t chass par l'bullition ne cristallise poiut ; et si elle traverse du mercure ordinaire, elle se prend aussitt. Des secousses, l'introduction d'un petit cristal, et beaucoup d'au- tres causes , dterminent la cristallisation , quelle que soit la pression. Ainsi M. Gay-Lussac conclut que ce n'est point par sa pression que Tair diminue le pouvoir dissolvant de l'eau. 11 s'est assur aussi que ce n'est point en absorbant de l'air que l'eau perd de ce pouvoir; mais il pense que c'est un ph- nomne plus ou moins analogue celui de l'eau pure , qui , comme on sait , reste liquide quelques de[^rs au-dessous de son vrai point de congiation toutes les fois que l'on peut empcher qu'elle ne soit agite, et qui se prend aussitt qu'on lui im- prime le plus lger choc. La source la plus vidente de chaleur sur le globe consiste dans les rayons du soleil; mais on a remar- ([u depuis long-temps que ces rayons diviss par le prisme ne donnent pas tous une chaleur gale, et M. Ilcischel, le clbre astronome, reconnut, il ET MTOROLOGIE. 89 y a quelques annes, que leur pouvoir d'chauffer va en au(3rmenlant du violet au rouge ; il assure mme qu'en dehors du spectre il se trouve encore des rayons qui , sans tre lumineux , jouissent d'un pouvoir chauffant plus fort que celui des rayons rouges. MM. Ritter, Bckman et WoUaston, an- noncrent, peu de temps aprs, que le pouvoir des rayons lumineux, pour oprer certains chan^ gements chimiques , est distribu dans un ordre inverse, et s'exerce sur-tout dans le rayon violet et en dehors de ce rayon. M. Berard , jeune chimiste de Montpellier, qui a rpt avec beaucoup de dlicatesse et de prcision ces deux genres d'expriences, en a reconnu l'exac- titude plusieurs gards; il a mme trouv que le pouvoir chimique de la lumire va en diminuant mesure qu'on se rapproche du milieu du spectre, et qu'il s'vanouit au-del. Mais, selon lui, c'est l'extrmit du rayon rouge que rside le maximum du pouvoir chauffant, et en dehors du spectre il diminue. M. Berard a constat encore que ces pro- prits appartiennent la lumire rflchie par les glaces , et celle qui a t divise par le spath d'Is- lande, comme la lumire directe. On n'a pas obtenu des rsultats aussi dcisifs sur le pouvoir d'aimanter le fer , attribu au rayon violet par M. Morichini, savant chimiste romain. Quoi- yo PHYSIQUE, CHIMIE, que les aiguilles exposes ce rayon aient paru s'ai- manter dans certaines expriences , elles n'ont point prouv cet effet dans une infinit d'autres, sans que l'on puisse jusqu' prsent se rendre compte des raisons de cette diffrence, car, dans les deux cas , on a voit soip^neusement loign toutes les au trs causes connues pour pouvoir produire laimanta- tion. 11 est vrai que l't de 1 8 i 3 n'a pas favoris ce genre de recherches cause de son peu de srnit. De tous les phnomnes que la chaleur prsente, la dilatation qu'elle produit dans les corps est celui dont les lois se laissent le plus naturellement ex- primer par des formules mathmatiques; et la con- naissance de ces lois, qui fait une partie essentielle de la physique , est encore trs importante dans une foule d'expriences chimiques. M. Biot s'en estheau- coup occup, et, prenant pour terme de compa- raison la dilatation du mercure, il trouve que la dilatation vraie des autres liquides peut toujours se rendre par la somme de cette dilatation, de son carr, et de son cuhe, en multipliant chacun de ces trois termes par un coefficient particulier, qu'il faut dterminer pour chaque liquide, mais qui, une fois dtermin , reste le mme tous les degrs. Comme la substance du thermomtre (}ui contient le li([nide qu'on observe se dilate aussi, la dilata- tion apparente est diffrente de la vraie; nanmoins ET MTOROLOGIE. 91 M. Biot montre quelle se fait selon une loi sem- blable. 11 calcule ensuite, aprs les expriences de M. Deluc, les coefficients convenables pour buit des liquides dont il est le plus ncessaire de bien connotre les lois, et fait voir que, ces coefficients une fois obtenus, sa formule donne la dilatation de cbaque de^fjr aussi bien que l'exprience. Enfin il en a fait l'application aux dilatations combines du vase et du liquide, et a fait voir que Ton peut dmler les effets qui appartiennent au liquide et son enveloppe, et apprcier leur influence avec assez d'exactitude pour retrouver, par le seul calcul, tous les rsultats observs ; en sorte que le calcul pourra dsormais dispenser, dans une infinit de cas, de l'observation immdiate, et que l'on pourra faire entrer avec confiance ses donnes dans les lments des phnomnes. C'est un avantage d'autant plus grand que ces sortes de recbercbes sont d'une dli- catesse excessive , et que , si l'on n'y met la plus grande attention, une foule de causes aises rc- connotre, et presque impossibles carter, y trou- blent continuellement Tobservateur. C'est ce qu'a fait observer M. Cbarles dans une belle suite d'expriences qu'il a faites avec un instru- ment de son invention , pour rendre sensible et mesurable le maximum de dilatation de l'eau, et jui , se trouvant rpondre exactement aux formules 92 PHYSIQUE, CHIMIE, de M. Biot, ajoutent la confiance qu'on leur doit , et achvent de faire voir qu'elles pourront tre em- ployes avec sret. 11 existe depuis long-temps une discussion entre les chimistes sur le moment o Talcohol se forme dans le vin : le plus grand nombre peasoit autrefois que Falcohol ou esprit-de-vin toit un produit es- sentiel de la fermentation ; mais M. Fabbroni , cor- respondant de rinstitut, a soutenu une opinion contraire. Selon lui ce n'est qu accidentellement et lorsqu'elle excite trop de chaleur que la fermen- tation engendre de Falcohol , mais dans les vins or- dinaires on ne produit falcohol que par la chaleur qu'on leur imprime pour les distiller; et la princi- pale preuve qu'il en donne c'est qu'on ne peut pas le retirer de ces vins par la potasse, quoiqu'elle y fasse reconnotre la moindre parcelle d'alcohol qu'on y auroit introduite exprs. M. Gay-Lussac a cherch faire revenir l'opi- nion ancienne, en faisant voir que la potasse d- montre aussi falcohol naturel au vin, quand on le dbarrasse auparavant par la litharge des prin- cipes qui l'y enveloppoient et s'opposoient sa sparation , et que l'on peut obtenir ce liquide spi- ritueux en distillant le vin une temprature de quinze degrs, laquelle est infrieure de beaucoup celle de la fermentation ordinaire. f:t mtorologie. 93 Cependant on pou voit craindre que M. Gay-Lus- sac n'et opr sur des vins o la fermentation aii- roit primitivement dvelopp de l'alcohol, comme il convient lui-mme qu'elle le fait quelquefois ; ou sur des vins dans lesquels des marchands infidles auroient mis de Feau-de-vie. Pour prvenir cette objection il a fait lui-mme du vin avec des raisins, et en a conduit la fermentation. 11 y a trouv de l'alcohol comme dans tout autre. M. Gay-Lussac a aussi fait voir que l'on peut ob- tenir l'alcohol absolu de Richter en employant la chaux vive, ou mieux encore la baryte au lieu de muriate de chaux. Le savon est, comme chacun sait, la combinai- son d'un alcali avec un corps (p'as ; mais on n'avoit point assez examin quelle altration le corps (^ras prouve dans cette union. M. Ghevreul , aide naturaliste au Musum d'his- toire naturelle, s'est occup de cette recherche et a t conduit plusieurs observations nouvelles et curieuses. Ainsi le savon de potasse et de j>raisse de porc dissous dans l'eau laisse un dpt nacr qui , spar des substances salines qu'il contient encore, donne une matire doue de proprits fort parti- culires et que M. Ghevreul a nomme margarine^ cause de sa couleur de perle. Insoluble dans l'eau , cette matire se dissout abondamment dans l'ai- 94 PHYSIQUE, CHIMIE, coliol chaud ; elle fond 56*^ et cristallise par le re- froidissement en aiguilles du blanc le plus pur: elle se combine a potasse , et reprend alors le ca- ractre du dpt nacr; son affinit avec cet al- cali est plus {grande que celle de lacide carbonique quelle chasse de son carbonate de potasse, quand on l'aide de lebullition : elle enlve aussi la potasse au tournesol, qu elle fait passer la couleur rouge. On conoit que les combinaisons qui se trouvent ordinairement dans la nature sont celles qui la grande affinit de leurs principes donne une cer- taine stabilit, et que des circonstances peu com- munes ont seules le pouvoir de disjoindre; tandis que celles qui n ont pas cette proprit ne peuvent tre que des productions momentanes du hasard, ou des tentatives des chimistes; et plus les combi- naisons que ceux-ci dcouvrent se multiplient, plus celles qui leur restent trouver doivent tre fugi- tives et sujettes tre dtruites par la moindre cause trangre : c'est ce qui a occasion les accidents dont l'histoire de la chimie offre tant d'exemples, et contre lesquels on doit prendre d'autant plus de prcautions que les recherches dont on s'occupe sont plus leves et plus difficiles. M. Dulong, professeur de chimie Alfort , a pens devenir l'anne dernire une de ces victimes du zle pour la science; mais son danger a t r~ ET MTOROLOGIE. gS compens par une belle dcouverte, celle d'une combinaison de lazote avec Facide oxymuriatique, qui prsente les proprits les plus singulires. Pour l'obtenir il faut prsenter l'acide oxymuriatique, ou au cidorine, comme l'appellent aujourd'hui les chimistes an^^lois, de l'azote, non point Ftat de gaz, mais une combinaison quelconque , dans un sel ammoniacal par exemple, pourvu que Facide de ce sel ne soit pas assez volatil pour tre dplac par Fxymuriatique. M. Dulong fait passer un cou- rant de gaz oxymuriatique dans une dissolution d'un tel sel, et il obtient une sorte d'buile d'un jaune fauve, plus pesante (jue l'eau , mme sale, qui s'- vapore promptement l'air, et qui dtone par la chaleur, Fair libre, avec un bruit ])lus fort que celui d'un mousquet. [jC cuivre la dcompose en s'emparant de Facide et en dgage Fazo.le, d'o l'on voit assez quels en sont les priticipes. Mais ce qui en rend Ftude effrayante, c'est que la moindre par- celle que l'on en met en contact avec une substance combustible , avec le phosphore par exemple , pro- duit une explosion violente , et brise tous les appa- reils. C'est un nouvel exemple, et, ce qu'il parot, le plus nergique de tous, de ces combinaisons o le calorique, qui tenoit les lments Ftat de gaz, reste avec eux lorsqu'ils se rduisent l'tat liquide ou solide, circonstance que Facide oxymuriatique CjG PHYSIQUE, CHIMIE, offre plus souvent qu'aucun autre. M. Duion^ se proposoit de dterminer la proportion des deux principes de cette nouvelle matire, et sa manire d'agir sur d'autres corps, et notamment sur les m- taux ; mais les accidents que ce jeune chimiste a prouvs deux reprises , et dont le second l'a priv d'un il , ont d retenir son ardeur de savoir; et par Tintrt mme des sciences qu'il peut encore si bien servir, l'Institut Fa engag porter sur d'autres ob- jets la sagacit dont il a fait preuve. Cette mme substance a pens priver la cbimie de l'un de ses plus illustres soutiens, M. le cheva- lier Flumphry Davy, secrtaire de la Socit royale, c[ui, jeune encore, a dj fait des dcouvertes nom- breuses et brillantes, et particulirement celle de la mtallisation des alcalis et des terres, qui ouvre un nouveau champ tant de branches de sciences naturelles. Une matire galement bien remarquable est celle qui s'est offerte rcemment M. Courtois, salptrier Paris. MM. Clment et Desormes l'ont montre l'Institut, et M. Gav-Lussac a fait sur elle des expriences instructives. On la retire des eaux-mres de la soude du varech par l'acide sul- furique et la distillation. Refroidie et condense, elle a le grenu, le brillant et la couleur gristre, de la plombagine. Tant .qu'elle n'a pas t purifie, ET MTOROLOGIE. gy elle se fond soixante-dix degrs de chaleur; mais quand on l'a purifie en la dissolvant en excs par la potasse et en la distillant, elle ne fond qua une chaleur beaucoup pkis forte. Sa proprit la plus frappante est de s lever en une vapeur ou plutt en un gaz du plus beau violet, parfaitement homo- gne et transparent. La chaleur rouge , l'oxygne , ni le charbon , n'agissent sur elle ; elle s'unit aux mtaux et leurs oxydes, et ces combinaisons se dissolvent dans Feau: avec l'ammoniaque elle pro- duit une poudre fulminante; Fhydrogne sulfur la dcolore, et en forme un acide puissant, d'o on la prcipite de nouveau par l'acide oxymuria- tique, le sulfurique, ou le nitrique. En un mot, sa manire de se comporter avec les ractifs est tellement comparable celle de l'acide oxymuria- tique, ou chlorine, que l'on peut lui adapter de inine une double thorie, c'est--dire que l'on peut considrer la nouvelle substance comme une combinaison d'un acide particulier et indcompo- sable avec une quantit surabondante d'oxygne ; ou , d'aprs la nouvelle manire de voir de M. Davy, la regarder, ainsi que le chlorine, comme une sub- stance simple, qui donneroit un acide en se com- binant avac l'hydrogne. Dans le premier systme il faut supposer, comme on le fait aussi par rapport l'acide oxy m uriatique, que l'hydrogne s'unit BUFFON. COMPT.M. T. H. 7 98 PHYSIQUE, CHIMIE, loxygiie surabondant, et forme avec lui de l'eau qu'aucun moyen ne peut enlever l'acide ainsi dsoxvfyn. En effet ce qui a engag M. Davy changer la thorie reue de l'acide oxymuriatique c'est que l'hydrogne le rduit en acide muriatique ordinaire, sans que l'on puisse saisir l'eau que cet hydrogne auroit d former, si, comme on le croyoit, il n'a voit fait qu'enlever l'oxygne l'acide oxymuriatique. M. Davy applique une thorie ana- logue et fonde sur les mmes raisons aux composs fluoriques. Ce savant chimiste, nomm tout rcemment correspondant de llnstitut, lui a prsent unm- moire sur cette mme substance, o il insiste sur ses rapports avec l'acide oxymuriatique, et sur les motifs qui l'engagent les regarder l'un et l'autre comme des corps simples, capables aussi bien que l'oxygne de brler et d'acidifier les substances com- bustibles. Ainsi lorsque la nouvelle matire (que l'on parot tre convenu de nommer iode d'aprs la couleur de son gaz) se combine avec le potas- sium ou mtal de la potasse, il se montre une belle flamme bleue, mais il ne se dveloppe aucun gaz ; si au contraire on dissout le potassium dans l'acide d'iode, il se dveloppe de l'hydrogne; et il en est de mme des autres mtaux. M. Davy attribue la formation de cet acide par le phosphore l'humi- ET MTOROLOGIE. 99 dite qui adhre toujours Fiode, et qui se dcom- pose ; il n'est d'ailleurs parvenu par aucun procd retirer de l'oxygne de l'iode, ni de son acide, ni faire agir l'oxygne sur l'un ou sur l'autre, ni les faire agir eux-mmes sur le carbone, ni d- composer Fiode par la pile : mais l'iode, comme le chlorine, forme avec les alcalis des composs ter- naires; savoir, d'iode, du mtal de l'alcali, et d'oxy- gne, lesquels dtonent avec le carbone, et pour- ront tre employs aux mmes usages que le nitre. La poudre dtonante que MM. Clment et Des- ormes ont obtenue de l'iode par l'ammoniaque est, selon M. Davy, un compos d'iode et d'azote, en sorte que ce seroit l'analogue de cette matire ter- rible produite par M. Dulongen combinant l'azote au chlorine. Un autre fabricant, clair par les lumires de la chimie, M. Tassaert, a fait une remarque qui peut devenir importante pour les arts : ayant con- struit depuis quelque temp le sol de ses fours soude avec du grs, il a observ en le dmolissant une matire bleue que l'on n'y voyoit point quand ils toient faits en brique, et dans laquelle M.Vau- quelin a trouv presque tous les principes et toutes les proprits de Foutremer; en sorte que notre savant confrre ne dsespre point qu'en suivant cette indication l'on ne puisse parvenir quelque 7- lOO PHYSIQUE, CHIMIE, jour imiter la nature dans la formation de cette couleur prcieuse. M.Pelletan fils a fait remarquer ce sujet qu'il se manifeste, en beaucoup de cir- constances, dans la fabrication de la soude, un bleu plus ou moins intense que la calcination ne dtruit point, et que cette couleur apparot prin- cipalement lorsque du fer se trouve en contact avec de la soude non encore entirement dbarrasse d'acide sulfurique. Le platine brut, tel qu'on l'apporte du Prou, est un corps trs compos ; outre le platine pur, mtal noble, plus pesant, et aussi inaltrable que l'or, il contient du fer, du cuivre, du mercure; et les recherches successives de MM. Wollaston, Ten- nant, Descostils, Fourcroy, etYauquelin, y ont dmontr, depuis dix ans, la prsence de quatre jntaux distincts de tous ceux que Ton connoissoit auparavant: on les a noiiiuis palladium, rhodium, osmium, et iridium. M. Vauquelin a repris cette anne l'tude de ces substances, et a lu un mmoire sur les mthodes les plus convenables pour obtenir le palladium et le rhodium dans leur tat de puret. Aprs avoir prcipit la plus (jurande partie du platine de sa dissolution nitro-muriatique par l'am- moniaque, il met dans le rsidu des lames de fer qui en prcipitent les autres mtaux ; employant ET MTOROLOGIE. lOI successivement froid l'acide nitrique et le muria- tique; et sublimant ensuite, il enlve au prcipit la plus grande partie du cuivre, du mercure, et d osmium, qui le forment, ainsi que du fer qui s'y trouve ml.Un peu du platine restant, du y;a/WiW/, et mme du rhodium, est aussi enlev par ces acides, parcequ'il s'en est prcipit l'tat d'oxyde, car l'tat mtallique ils n'auroient pu tre dissous; d'un autre ct il reste encore du cuivre et du fer dans le prcipit, parcequ'ils y sont unis intimement aux autres mtaux, et protgs par eux. Pour enlever tous les restes de platine, M. Vauquelin dissout de nouveau par l'acide nitro-muriatique, et prcipite par l'ammoniaque; il obtient alors un sel de platine d'un jaune assez pur. Evaporant le rsidu jusqu' siccit, et le traitant par Teau , il reste un sel rouge encore en grande partie form de platine, et la li- queur se trouve ainsi -peu -prs dbarrasse de ce mtal. On tend alors la solution ar|ueusc, on y ajoute un peu d'acide, on y verse assez d'ammo- niaque pour ne pas saturer entirement, on agite, et l'on voit paroitre l'instant une grande quantit d'aiguilles brillantes et d'un beau rose. C'est un muriate d'ammoniaque et de palladium, qui\ suffit de chauffer au rouge pour avoir le palladium. S'il s'y est joint un peu de fer et de rhodium, on l'en dbarrasse par la digestion dans l'eau lgrement I02 PHYSIQUE, CHIMIE, aiguise d'acide muriatique. Le rsidu de la liqueur contient le rhodium et quelques restes e palladium, de cuivre, et de fer : pour avoir le premier on fait cristalliser, on broie les cristaux, on les dbarrasse , par des lotions rptes d'alcobol, des sels de cuivre, de fer, et mme de palladium. Celui de platine , s'il en reste encore quelque parcelle, se spare en dis- solvant dans l'eau lgrement aiguise d'acide mu~ riatique. Enfin , par une dernire vaporation , il reste le sel de rhodium d'un rouge magnifique, qu'il suffit de chauffer au rouge pour avoir ce mtal. On ne pouvoit arriver par une mthode plus ingnieuse ni plus simple sparer tant de sub- stances diverses et retenues ensemble par des liens si puissants. On voit quelle se fonde principale- ment sur ce que le muriate d'ammoniaque et de palladium est insoluble dans l'eau , mme acidule, et qu'il se prcipite aussitt qu'il se forme , et sur ce que l'alcohol , qui dissout le muriate de cuivre et ce- lui de fer, nedissoutpoint le muriate d'ammoniaque et de rhodium. Pendant que M. Vauquelin tudioit ainsi deux des mtaux unis au platine, M. Laugier, son col- lgue au Musum d'histoire naturelle, s'occupoit d'un troisime et peut-tre du plus curieux de tous, Xosmium, dont l'oxyde se volatilise la chaleur de Feau bouillante, ne donne aucune couleur l'eau ET MTOROLOGIE. lo3 distille, n'en diffre mme point Toeil, mais r- pand une odeur piquante, et agit sur le nerf olfactif de manire altrer pour plusieurs jours le sens de l'odorat. Ces proprits et d autres non moins singulires faisoient regretter aux chimistes qu'il ft si difficile d'obtenir ce mtal en quantit un peu considrable, et M. Laugier a satisfait leur vu jusqu' un certain point. Quand on a dissous le platine dans l'acide nitro-muria tique, il reste une poudre noire compose ' iridium et d'osmium^ et jusqu' prsent c'toit cette poudre seulement qui fournissoit de Xosmium aux chimistes : mais M. Lau- gier s'tant aperu que l'acide qui a servi dissou- dre le platine, et que l'on en spare de nouveau par la distillation, rpand une forte odeur 'osmium, a suppos qu'il contenoit de ce mtal, et il a trouv en effet qu'en saturant l'acide par des alcalis causti- ques, mais sur-tout par la chaux, et en distillant le mlange on obtient peu de frais une dissolution charge d'une quantit notable 'osmium, qui au- paravant toit entirement perdue. Nous avons parl en 1808 des essais heureux que Ton a faits dans les mines des environs de Lige pour en obtenir en grand le zinc l'tat mallable, et de Favanlage que l'on pourroit en tirer pour remplacer le plomb dans les couvertures, et dans quelques autres de ses emplois. On auroit voulu Io4 PHYSIQUE, CHIMIE, aussi pouvoir le substituer au cuivre tam dans lequel on prpare les aliments, et l'tain qui sert pour les mesures des liquides; mais MM. les mi- nistres de l'intrieur et de Fadministralion de la guerre ayant consult l'Institut ce sujet, les sec- tions de chimie et de mdecine ont trouv que le zinc est trop dissoluble par les acides les plus lgers, par les graisses, et mme par l'eau pure, et que les sels qu'il forme sont trop acres, et dans certains cas excitent trop les intestins, pour qu'on puisse em- ployer ce mtal sans inconvnients ces divers genres de service. M. Sage a fait en son particulier des expriences qui lui ont donn connotre que l'eau distille tenue dans des vases de zinc y prend une saveur styptique trs marque, et que des sucs de fruits cuits dans ces mmes vases en dissolvent une partie et forment des sels assez abondants qui en rendent le got dsagrable; ce qui est d'autant plus fcheux que les mines dont il est question ne contiennent point d'arsenic comme il y en a dans quelques autres, et que sous ce rapport il n'y avoit rien en redouter. On en a eu une nouvelle preuve dans l'analyse que M. Sage a faite de cette mine et qu'il a lue Tlstitut. MM. Vauquelin et Thnard ont donn une ana- lyse de l'eau minrale de Provins, d'o il rsulte qu'elle contient par litre: ET METEOROLOGIE. lOti Carbonate de chaux o,554 Fer oxyd 0,076 Magne'sie o,o35 Manganse 0,017 Silice 0,026 Sel marin 0,042 Acide carbonique, 27 pouces ^/lo, et une quantit inapprciable de muriate de chaux et de matire grasse, mais que Tacide sulfurique, que Ton y avoit souponn, n'y existe point du tout. M. Thnard a fait parotre le premier volume d'un Trait lmentaire de Chimie o cette science qui fait journellement tant de progrs, et qui M. Thnard lui-mme en a fait faire de si grands, se trouve expose dans son tat du moment. lAu- tenr y range les faits d'aprs le degr de simplicit des corps auxquels ils appartiennent: aprs y avoir parl des agents impondrables, il traite de l'oxy- gne et de la thorie de la combustion, et passe ensuite aux corps combustibles, leurs combinai- sons entre eux, et celles qu'ils contractent un un avec l'oxygne. Ces dernires se divisent, selon leurs proprits, en oxydes et en acides; et les aci- des fluorique et muriatique y sont rangs d'aprs les ides ordinaires qui en font des corps oxygns. C'est eux que s'arrte cette premire partie d'un Io6 PHYSIQUE, CHIMIE, ouvrage que la marche rapide de la science a rendu ncessaire sitt aprs d'autres bons ouvrages sur le mme sujet, et dont on ne peut que dsirer vive- ment la prompte terminaison. ANNE 1814. Les vnements mmorables dont cette capitale a t le thtre, loin dy troubler les recherches scientifiques, ont donn de nouvelles preuves du respect que les sciences inspirent, et de Theureuse influence qu'elles ont acquise sur tous les peuples et sur les hommes de toutes les classes. D'innom- brables armes, venues des extrmits de l'Europe , ont visit nos monuments, ont parcouru nos col- lections, et ont examin chaque objet avec curio- sit, sans qu'aucun dommage soit rsult, mme d'une imprudence. Des amis des sciences, enrls dans cette grande croisade entreprise en partie pour le rtablissement de la libert de penser et dcrire, eurent peine dpos leurs armes, qu'ils vinrent s'informer de nos travaux, y prendre part, nous instruire de ce qui s'toit fait chez eux. Les souverains trangers se sont en quelque sorte dis- put qui donneroit les marques les plus clatantes de son intrt pour les progrs des connoissances, et qui prouveroit le mieux que leur cause toit celle des lumires et de l'humanit. Nos princes ET MTOROLOGIE. 107 ont tmoign hautement leur satisfaction sur Ftat de prosprit et de vie o ils ont trouv nos tablis- sements ; et le roi leur a non seulement accord son auguste protection , mais il a dj prouv par le fait avec quelle noble libralit il se propose d'en ac- crotre l'activit et d'en tendre l'importance. Il est impossible que sous de si heureux auspices les tra- vaux de l'esprit ne prennent un nouvel essor, et que le rtablissement des communications entre les peuples, et l'mulation qui en sera la suite, ne fas- sent bientt produire aux sciences de nouvelles merveilles. Les recherches de cette anne font dj connotre cette reprise d'nergie; elles font mieux encore : il y rgne manifestement , en plusieurs points, cette hsitation, ce besoin de solutions plus claires o les hommes qui ont tudi la marche des sciences voient toujours les prcurseurs ncessaires des grandes dcouvertes. Ainsi l'une des plus curieuses substances dvoi- les dans ces derniers temps estViode, cette matire si long-temps cache dans le varec, qui s'lve, par la chaleur, en une vapeur d'un beau violet, et qui, se comportant avec les autres corps d'une manire analogue celle du chlore, ou de ce qu'on appeloit ci-devant gaz muriatique oxygn, a donn une nouvelle force aux ides que l'hydrogne sulfur lo8 PHYSIQUE, CHIMIE, avoit fait natre, et sur la voie desquelles ont avoit t remis par le chlore; ides qui tendent intro- duire dans la thorie chimique cette modification importante, que l'oxygne n'est pas beaucoup prs le seul principe capable d'oprer l'acidifica- tion. En effet M. Berthollet avoit montr, il y a prs de trente ans, que fhydrogne sulfur, o il n'en- tre point d'oxygne, a toutes les proprits des aci- des, et les chimistes allemands avoient fort insist sur ce fait pour combattre une partie de la thorie franoise. MM. Thnard et Gay-Lussac firent, au commencement de 1809, des expriences d'o il r- sultoit qu'il est impossible d'extraire Toxygne de ce que l'on appelle communment acide muriatique oxygn, et que, pour continuer croire qu'il y existe, il faut supposer que dans tous les cas o cet acide se convertit en acide muriatique ordinaire il se forme de l'eau qui s'unit indissolublement l'a- cide produit, ou du moins que les lments de l'eau y entrent comme parties intgrantes ; tandis qu'en regardant le soi-disant acide muriatique oxygn conime une substance simple dont la combinaison avec l'hydrogne donneroit l'acide muriatique or- dinaire, on est dispens de cette supposition. Mais, tout en nonant ces deux manires de voir, nos deux chimistes s'en tinrent la premire, qui toit ET MTOROLOGIE. IO9 plus aiialo(}ue ce qui se passe dans le grand nom- bre des acidifications. M. Davy, qui a voit t conduit aux mmes con- clusions, mit plus de hardiesse dans son choix; il adopta dcidment la deuxime thorie, et donna en consquence Facide muriatique oxygn un nom particulier, celui de chlore, duquel il driva ceux des deux autres acides dans lesquels il entre. L'un {le muriatique)^ o il est en combinaison avec rhydrogcne, fut appel lijdrocl dorique; l'autre (/e suroxygn) ^ qui rsulte de sa combinaison avec l'oxygne, reut le nona diacide chlorique. Bientt les expriences sur Facide nomm jus- qu'ici y/onV/we donnrent lieu de penser, et ce fut M. Ampre, nouvellement nomm membre de la section de gomtrie, qui eut le premier cette ide, que sa composition est analogue celle de Fhy- drochlorique, c'est--dire qu'il est compos liy- drocjne et d'un corps simple d'une nature particu- lire, que l'on dut alors dsigner par le nom de Jluore. Ainsi la proprit d'acidifier l'hydrogne ou de devenir acide par son moyen fut reconnue ad- missible dans trois substances : le soufre, le chlore, et le fluor. li'iode en est venu offrir une qua- trime. Nous avons dit, dans notre analyse des travaux IIO PHYSIQUE, CHIMIE, de Tanne dernire, que l'iode avoit t dcouvert par M. Courtois. Cet habile fabricant parot l'avoir obtenu ds la fin de 1 8 1 1 , mais il ne Tavoit com- muniqu qu' M. Clment, son ami, qui lui-mme ne le fit connotre au public que vers la fin de 1 8 1 3 . Cependant ce retard fut bientt rpar; et en peu de jours M. Gay-Lussac et M. Davy eurent constat les principales proprits de cette substance, et spcialement l'analogie suivie qu'elle prsente avec le chlore, et les deux acides qu'elle forme comme e chlore avec roxy{>ne et avec l'hydrogne. M. Davy prsenta cette analogie comme un nouvel appui pour la thorie qu'il avoit adopte. Depuis lors on s'est occup de l'iode avec l'intrt dont il est digne. M. Colin a examin ses combi- naisons avec le mercure et l'ammoniaque, et re- connu qu'il se forme de l'acide iodique ou une combinaison d'iode et d'oxygne toutes les fois qu'on traite l'iode avec des oxydes o l'oxygne est fbiblement condens. Il a bien expliqu la gnra- tion de la poudre fulminante d'iode, dcouverte, ainsi que l'iode lui-mme, par M. Courtois. Le gaz ammoniacal est absorb par l'iode, et forme avec lui un liquide visqueux, lequel mis dans l'eau change de nature : l'hydrogne d'une partie de l'ammoniaque forme, avec une partie de l'iode, de l'acide hydriodique, qui se combine avec le reste ET MTOROLOGIE. III de l'alcali , et lazof e de cette premire portion d*am- moniaque forme avec l'autre partie de Tiode la poudre fulminante. Le mme M. Colin a travaill avec M. Gauthier Glaubry dterminer la manire dont l'iode se comporte avec les substances organiques. Ces deux jeunes chimistes ont constat que les substances o l'oxygne et l'hydrogne sont dans les mmes pro- proportions que dans l'eau se mlent simplement l'iode ; que celles o il y a plus d'oxigne s'y com- binent intimement; mais que ni les uns ni les au- tres ne l'altrent tant qu'on n'emploie pas une chaleur capable de les dcomposer; au contraire celles o Fhydrogne abonde convertissent l'iode en acide hydriodique, et il en arrive autant aux premires quand on les chauffe assez pour dgager leur hydrogne. Ces expriences leur ont prsent plusieurs phnomnes curieux : un mlange d'iode et d'amidon tritur prend une couleur rouge , bleue, ou noire, selon que l'iode y est plus abon- dant, etc. Mais celui qui a travaill sur l'iode avec le plus de soin et d'tendue c'est notre confrre M. Gay- Lussac, dont l'ouvrage a t imprim dans les An- naies de Chimie. Il y considre l'iode lui-mme , ainsi que ses combinaisons et celles de ses deux acides avec les divers corps, ou ce que, d'aprs les 112 PHYSIQUE, CHIMIE, rgies reues de la nommenclature chimique, on devra nommer les iodures, les iodales, et les liydrio- dales. A l'occasion de l'iode, il revient sur le chlore, et donne plusieurs remarques nouvelles sur ses combinaisons, qui n'a voient pas toutes t appr- cies avec justesse; puis, considrant l'acide prus- sique comme essentiellement form d'azote, d'hy- drogne, et de carbone, il conclut que l'azote doit aussi tre ajout la liste des substances qui peu- vent produire des acides sans oxygne, ce qui l'a- mne regarder l'acidit et l'alcalinit comme des proprits intrinsques de certains corps et de certaines combinaisons , sans rapport ncessaire avec leur composition, tels que nous pouvons les dcouvrir, et ce qui le rapproche par consquent des ides de Winterl et de quelques chimistes alle- mands. Ce mmoire est rempli d'ailleurs de recher- ches dlicates et d'indications ingnieuses dont il ne nous est pas possible de rendre compte, mais qui ne manqueront pas de donner un nouvel essor la partie de la chimie la plus profonde et la plus importante. Notre respectable confrre M. Sage, qui, malgr son ge et ses infirmits, prend toujours un vif in- trt aux nouveaux faits chimiques, s'est aussi oc- cup de fiode et du varec, d'o on le tire. Il a remarqu l'altration que l'iode fait prouver aux ET MTOROLOGIE. II.] vases d'argent O on le chauffe. Le varec lui a donn, par la distillation l'eu nu, des produits analogues ceux des animaux, et en le macrant dans l'acide nitrique affoibli il a obtenu un rseau cartilagi- neux semblable celui que laissent les os et les madrpores quand ils ont t privs de leurs par- ties terreuses. M. Sage voudroit conclure de ces deux faits que les fucus sont des polypiers. Le mme chimiste a prsent aussi une notice sur les avantages de la rduction de la galne par le feu , o il assure que Ton obtient ainsi beaucoup plus de plomb que par les mthodes ordinaires. M. 1 hodore de Saussure, correspondant, qui avoit lu en iSo'y l'Institut, sur la comj)Osition de l'alcohol et de l'acide sulfurique, un mmoire dont nous avons rendu compte dans le temps, et d'o il rsultait que l'ther est plus charg de carbone et d'hydrogne que l'alcohol, a repris l'anne der- nire cet objet important de recherches, et, y ap- pliquant des procds -la-fois plus simples et plus rigoureux, il est arriv un rsultat plus prcis. En faisant passer ces deux liquides par un tube de porcelaine incandescent, il a obtenu de l'eau et un gaz dont l'analyse n'offroit aucune difficult; et il a reconnu ainsi que l'alcohol et l'ther sont forms chacun d'une proportion de carbone et d'hydro- gne identique, et dans le mme rapport o ils BUFFON. GOMVLM. T. II. ^ l4 PHYSIQUE, CHIMIE, sont dans le gaz olfiant, mais combins avec des proportions diffrentes deau rduite ses l- ments. Dans l'alcohol les lments de l'eau forment le tiers du total , et dans lether ils en forment le cin- quime; en sorte que l'action de l'acide siilfurique sur l'alcohol , pour produire i'ther, ne consisteroit qu' enlever une portion de son eau, et que ce mme acide, en plus grande quantit, produiroit ie gaz olfiant, en enlevant la totalit de cette mme eau. Les rsultats analytiques de M. de Saussure s'ac- cordent avec ceux qu'a obtenus feu M. le comte de Ru m fort sur la quantit de chaleur produite par la combustion de l'alcohol et de I'ther. Une des grandes difficults de l'analyse des sub- stances organiques consiste en ce que la chimie ne dispose que d'un petit nombre de ractifs pro- pres en sparer les principes immdiats sans les dtruire. M. Chevreul, aide-chimiste au Musum d'histoire naturelle, a cherch multiplier les par- tis que l'on peut en tirer, en les employant des degrs de chaleur trs divers, et en lsant varier ainsi leurs forces dissolvantes. Pour cet effet il a imagin une machine, qu'il appelle dicjesteur-dislilialoire , et qui consiste en une marmite de papin, ferme par une soupape que ET MTOKOLOGIE. Il5 maintient un ressort : la force du ressort, que Ton clianf^e volont, dtermine le degr de chaleur que le liquide doit recevoir pour s'chapper. On recueille successivement le produit de chaque e-* gr au moyen d'un tuyau qui conduit dans -uii rcipient. La matire solide que l'on examine est retenue dans le digesteur par un diaphragme mo- hile, qui peut aussi la comprimer et en entraner tout le liquide restant. M. Ghevreul a opr sur le lige par sa mthode ; il la soumis vingt fois l'action de l'eau et cinquante celle de l'alcohoi, et aprs avoir dtach ainsi des matires trs diverses, il lui est rest un tissu cel- lulaire qu'il nomme sabrine , et qui, trait par l'acide nitrique, se convertit en acide subrique. Parmi ces matires retires du lige il en est une qu'il croit nouvelle et qu'il nouime crine , parcequ'elle a plusieurs des proprits de la cire. Le mme chimiste a appliqu sa mthode au suecin ou ambre jaune, et reconnu que l'acide succinique y existe tout form. Il a aussi continu ses recherches sur la saponi- fication dont nous avons donu l'analyse l'anne dernire, et en comparant la graisse naturelle celle qui a t saponifie, il a conclu que les pro- prits de cette dernire ne viennent point de l'li- mina tioa ni de l'acquisition de quelques substances^ 8. Il6 PHYSIQUE, CHIMIE, mais d'un nouveau mode de combinaison occa- sion par Faction de l'alcali, et qui donne la graisse une analogie avec les acides, indpendante de toute oxygnation. M. Pelletier, Fds de notre dfunt confrre, a fait l'examen des matires colorantes que Ton retire du bois de santal et de lorcanette , et que l'on rej^^ardoit jusqu'ici comme de simples rsines. La premire joint la plupart des proprits des rsines celles d'tre dissoluble dans l'acide actique, mme trs foible, de se comporter alors avec la glatine comme les substances dites astringentes, de donner de Ta- cideoxaliqueparracidenitriqueiellemontreencore quelques autres caractres qui paroissent devoir en faire un nouveau principe vgtal. T^a matire reti- re de l'orcanette se dissout dans Fther, Falcohol, et tous les corps gras. Par l'acide nitrique elle donne de Facide oxalique et une matire. amre; les alcalis et Feau lui font cbanger diversement de couleurs ; en un mot l'ensemble de ces phno- mnes lui donne aussi un titre, selon M. Pelletier, prendre un rang particulier parmi les principes immdiats des vgtaux. Nous avons vu dans le temps que le platine brut, tel qu'on le retire de sa mine, contient plusieurs substances trangres, et entre autres quatre m- taux particuliers , qu'on a nouvellement distingus \ ET MTOROLOGIE. ll'j et nous avons expos l'anne dernire par quels moyens M. Vauquelin est parvenu sparer de la dissolution du platine, dans l'acide nitro-muriati- que, et obtenir dans leur tat de puret deux de ces nouveaux mtaux appels palladium et rhodium, qui se dissolvent en mme temps que le j)latine. Nous avons dit aussi comment M. Lauj^^ier, s'tant aperu que cette dissolution contient une quan- tit nol'abe d'un troisime mtal remarquable par sa volatilit, qui lui a fait donner le nom d'osm/m, avoit indiqu une manire facile de le recueillir. Il restoit examiner une poudre noire qui ne se dissout point dans l'acide nitro-muriatique, et qui par consquent forme le rsidu de la dissolution du platine. Elle se compose principalement de ce mme osmium, et d'un quatrime nouveau mtal, que les couleurs vives et varies de ses combinaisons ont fait nommer iridium. Ces deux mtaux y sont unis du clrme, du fer, du titane, de la silice, et mme un peu d'alumine; et la difficult toit de les sparer nettement de ce mlange, et de les obtenir compltement isols. C'est quoi M. Vauquelin a russi, mais par des oprations pnibles et compliques. De simples lavages divisent cette poudre noire en deux parties; l'une plus dlie, plus brillante, contient plus d'iiidium et d'osmium, et presque Il8 PHYSIQUE, CHIMIE, pas de chrome; lautre, plus brune et plus gros- sire, contient moins des deux premiers mtaux et plus des autres. Comme celle-ci est la plus diffi- cile analyser, nous nous bornerons ce qui la regarde. M. Vauquelin la triture d'abord avec le double de son poids de nitrate de potasse, l'oxygne de l'a- cide oxyde l'iridium et l'osmium , qui se combinent avec la potasse devenue libre. La chaleur fait sortir ensuite une grande partie de l'acide et de l'osmium , qu'on reoit dans de Teau de chaux; le rsidu d- lay et satur par l'acide nitrique donne un prci- pit d'iridium , de titane, de fer, d'alumine, et d'un peu d'oxyde de chrome; et il-reste une liqueur com- pose de potasse unie de l'acide de chrome et de l'osmium. On en spare ce dernier, en ajoutant de l'acide nitrique, en distillant et en recevant l'os'- inium dans un flacon entour de glace; on verse , dans l'eau qui l'a reu un peu d'acide muriatique, et on y place une lame de zinc, qui prcipite l'os- mium. Pour Favoir bien pur on le lave avec de l'eau un peu aiguise d'acide sulfurique. Il fiant ensuite retirer le chrome; pour cet effet on fait vaporer, on redissout dans l'eau, on filtre pour avoir la silice qui peut rester, on verse du ni- trate de mercure au minimum, qui produit un prcipit de chrmate de mercure au minimum. ET MTOROLOGIE. II9 lequel sch et calcin donne de l'oxyde vert de chrome. Reste le premier prcipit d'iridium , de titane, de fer, de chrome et d'alumine. H y a en- core un peu d'osmium qu'on enlve en traitant par l'acide muria tique , distillant et prcipitant par le zinc, comme la premire Ibis. S'il reste des par- ties non dissoutes on les triturera avec le nitre, comme dans le commencement ; et on ohserve que plus on rpte cette opration , plus les dissolutions inuriatiques deviennent hleues, parcequ'elles con- tiennent de moins en moins de fer et de titane, qui, comme plus faciles dissoudre, sont d'abord saisis par l'acide, et laissent une plus grande pro- portion d'iridium. Or riridium a cette proprit qu' cet tat d'oxydation o ses dissolutions dans les acides sont rouges il ne prcipite que par le muriate d'ammo- niaque, et sous forme de sel triple. On lamne donc h cet tat en faisant bouillir sa dissolution mu- riatique avec de l'acide nitrique; on neutralise la liqueur par de l'ammoniaque; l'bullition en prci- pite le fer et le titane; on prcipite ensuite l'iridium par le muriate d'ammoniaque ; et le sel triple qu'on obtient donne, par une chaleur rouge, l'iridium mtallique trs pur. Ce mtal , si difficile retirer du singulier alliage ({ui le ca choit tous les yeux , a des proprits re- 120 PHYSIQUE, CHIMIE, inarquables. Sa couleur et son clat ressemblent assez ceux du platine; il est plus difficile fondre, insoluble dans les acides simples, difficilement so- luble dans le nitro-muriatique ; mais la potasse et le nitre loxvdent, et se combinent avec lui en une poussire noire qui donne des dissolutions bleues ; avec l'acide nitro-muriatique bouillant il donne une dissolution rouge ; ses dissolutions bleues elles- mmes deviennent rou^ojes par Tbullition ; mais les bleues et les rouges sont dcolores par le sulfate de fer, riiydrogne sulfur, le fer, le zinc, et Ttain ; elles reprennent leur couleur par l'acide muriati- que oxygn ; c'est l'iridium qui colore en rouge les derniers prcipits de sel triple de platine , tandis que les premiers, o il n'entre point, sont jaunes. Les proprits de l'osmium ne sont pas si aises constater, cause de sa facilit s'oxyder et se volatiliser aussitt. Son oxyde est blanc et trs caus- tique ; il rpand une odeur insupportable : flexible et fusible comme la cire , ds qu'il touche une ma- tire animale il la noircit. Sa dissolution dans l'eau devient bleue par la noix de galle, etc. M. Mongez, membre de la classe de littrature ancienne, nous a lu un mmoire sur le bronze des anciens, o il prouve, d'aprs les expriences de M. Darcet, que ce n'est point par la trempe ou l'immersion dans l'eau froide que le bronze se dur- ET MTOROLOGIE. . 121 cit, comme il arrive l'acier; mais qu'il obtient au contraire sa duret lorsqu'aprs avoir t rougi on le laisse refroidir lentement Fair. M. Darcet a tir parti de cette proprit pour faiie des cymbales, instrument qui ne se fabriquoit jusqu' prsent qu'en Turquie, et, k ce qu'on prtend , par lin seul ouvrier de Gonstantinople, qui en a le secret. ANNE 1815. Nous avons parl depuis deux ans de ces acides sans oxygne, ou, comme on les appelle mainte- nant, de ces hydracides qui sont venus faire une brche si considrable l'imposant difice de la thorie chimique de Lavoisier. Les travaux de M. Gay-Lussac ont constat cette anne qu'il y en a un de plus ranger dans cette classe, celui que M. de Moi'veau avoit appel acide prussique, par- cequ'il entre dans la composition du bleu de Prusse, et que son radical n'tant pas connu il n'toit pas possible alors d'en driver sa dnomination. Les expriences de Marcgrave, de Bergman, et de Scheele, ne permettoient pas de douter que dans le bleu de Prusse le fer ne ft uni avec une sub- stance qui jouoit le rle d'un acide : cependant M. Bertbollet avoit souponn depuis Ion g- temps qu'il n'entroit point d'oxygne, mais seulement du carbone, de l'azote, et de l'hydrogne, dans sa 122 , PHYSIQUE, CHIMIE, composition ; et c'est ce soupon que M. Gay-Lussac vient de changer en certitude. En dcomposant avec des prcautions qu'il in- dique le prussiate de mercure par lacide hydro- cblorique (autrement muriatique), il obtient Facide prussique pur; et nous avons dj parl dans un de nos rapports prcdents des proprits sin^^u- lires qu'il lui a reconnues dans cet tat, et princi- palement de son extrme volatilit. Brillant ensuite la vapeur de cet acide par l'oxygne et l'tincelle lectrique, il obtient des quantits dtermines d'eau, d'acide carbonique, et d'azote; il dfalque l'oxygne consomm dans la production des deux premires de ces substances , et il arrive cette con- clusion qu'un volume de vapeur d'acide prussique rsulte de la combinaison et de la concentration d'un volume de vapeur de carbone, d'un demi-vo- lume d'azote, et d'un demi-volume d'hydrogne, ou, en exprimant ces volumes en poids d'aprs la densit de chacune de ces vapeurs, que cent parties d'acide contiennent 4,4^9 de carbone, 5 1,71 d'azote, 3,90 d'hydrogne. Ainsi l'acide prussique renferme plus d'azote et moins d'hydrogne que les autres substances ani- ET MTOROLOGIE. 12,^ maies, dont il se distingue sur-tont par 1 absence totale d'oxygne. C'est le premier hydracide connu dont le radical soit dcomposable; et ce radical M. Gay-Lussnc est aussi parvenu l'obtenir dbarrass de son liydro- gne. Ne pouvant conserver cette pithte de pras- sique, qui ne tient qu' un accident, il lui a donn le nom de cyanogne (c'est--dire produisant du bleu). L'acide prussique prendra donc dsormais la dno- mination liydrocyanique , ses combinaisons avec les bases celle ' hydrocy anales, et les combinaisons de son radical celle de cyanures. y Nous voudrions pouvoir rendre compte des ex- priences aussi nombreuses que dlicates par les- quelles M. Gay-Lussac a rapport Tune ou l'autre de ces classes les divers produits de l'action de Facide prussique sur les corps , et toutes les proprits qu'il y a fait connotre ; mais l'espace ne nous le permet pas. Qu'il nous suffise de dire que le bleu de Prusse en particulier lui parot plu- tt un cyanure de fer qui auroit retenu de l'eau qu'un hydrocyanate , ou, comme on le disoit autre- fois , un prussiate. Ce cyanogne , considr isolment, a offert lui- mme des proprits fort remarquables; c'est ui; fluide lastique permanent dont la densit est celle de l'air comme i ,8o64 i , d'une odeur parti- 124 PHYSIQUE, CHIMIE, culire et trs vive, qui donne Feau une saveur pi- quante, et brle avec une flamme purpurine. L'eau en absorbe quatre fois son volume, et l'alcohol vingt- trois fois. Son analyse directe a donn le mme r- sultatque celle de Tacide bydrocyanicjue, c'est--dire un volume de vapeur de carbone pour un demi- volume d'azote. M. Gay-Lussac a aussi prsent l'Acadmie des mmoires sur le froid qui rsulte de l'vaporation , t sur l'vaporation dans l'air diffrents degrs de temprature et de pression , o il exprime par une fbrmide les rsultats de l'exprience. Il a fait suivre le dernier d'un mmoire sur l'hyorromtrie, qui en offre les consquences immdiates; mais ces ou- vrages n'ayant point encore acquis son gr cette prcision et cet ordre qu'il est accoutum de don- ner tout ce qu'il publie, l'auteur a cru devoir en diffrer l'impression. M. Dulong, professeur d'Alfort, a prsent sur l'acide oxalique quelques expriences qui , sans for- mer encore un ensemble complet, ouvrent cepen- dant des vues intressantes pour la science. En sa- turant cet acide de baryte, de strontiane, ou de chaux, l'on obtient des sels qui reprsentent tou- jours l'acide employ, mme aprs qu'on les a ex- poss une chaleur suprieure celle de l'eau bouillante; mais avec de l'oxyde de plomb ou de zinc ET METEOROLOGIE. I2t) on perd toujours vn[jt pour cent de Tacide par la dessiccation. En poussant ensuite an feu ces oxa- lates mtalliques desschs, ii ne se montre point d'eau; mais on obtient de Tacide carbonique, du gaz oxyde de carbone, et il reste des oxydes des m- taux employs, dont celui de plomb offre des pro- prits particulires. Les oxalates de cuivre, d'ar- gent, et de mercure, donnent au contraire toujours de l'eau dans leur dcomposition, quelque dess- chs qu'ils aient t, en mme temps que de l'acide carbonique, et le rsidii est l'tat mtallique. Il y a dtonation pour Voxalate d'argent, et l'on sait d'ailleurs qu'il dtone par le choc aussi bien que les oxalates de mercure. Quant aux oxalates de baryte, de strontiane, et de chaux, ils donnent, en se dcomposant parla chaleur, de l'huile empyreumatique, de Feau, de l'oxyde de carbone, de l'hydrogne carbon, de l'a- cide carbonique, et ii reste un mlange de sous- carbonate et de charbon. On pourroit expliquer ces phnomnes de deux manires. Ou l'acide oxalique seroit compos seulement de carbone et d'oxygne dans des proportions inter- mdiaiies entre celles de l'acide carbonique et de l'oxyde de carbone, mais il contiendroit de leau que certains oxalates, comme ceux de plomb et de (26 PHYSIQUE, CHIMIE, zinc, abandonnei oient par le desschement, tandis que les autres la retiendroient ; ou bien il seroit compos d'acide carbonique et d'bydrC'gne. Ce dernier avec Toxy^ne de Toxyde formeroit de l'eau que ces premiers oxalates laisseroient encore chap- per, et il ne resteroit alors que l'acide carbonique et le mtal, combinaison nouvelle en chimie; car on y regardoit comme un principe gnral que les mtaux ne peuvent s'unir avec les acides qu'aprs avoir t oxyds. M. Dulong, qui penche pour cette dernire explication, pense donc que ces oxalates de plomb et de zinc desschs ne sont pas de vrais oxalates ; et il propose de leur donner, ainsi qu'aux combinaisons du mme (^enre qu'on pourroit d- couvrir, le nom de carbonides. Quant aux oxalates qui ne donnent point d'eau par le desschement, ils contiendroient l'acide oxalique dans son int- f^rit ; et, comme d'aprs sa composition on le nommeroit dsormais hydrocarbonique, les sels mmes s'appell croient hydrocarbonates. M. Dulong' est conduit par l'analogie des con- clusions trs gnrales, par lesquelles il fait rentrer sous les mmes lois non seulement les acides ordi- naires, mais encore les hydracides; mais nous en rendrons un compte plus dtaill lorsque lui- mme aura remis les mmoires plus tendus qu'il promet. ET MTOROLOGIE. 127 L'action chimique de la lumire solaire sur les corps est digne de toute Tattention des savants par son influence sur la plupart des phnomnes de la nature vivante, et cependant elle a t peu examine jusqu'ici. M. Vogel vient d'ajouter quelques exp- riences celles que Ton possdoit cet j^ard. L'ammoniaque et le phosphore, qui n'ap^issent point l'un sur l'autre dans Tohscurit, dofagent la lu- mire solaire du gaz hydrogne phosphore, et d- posent une poudre noire compose de phosphore et d'ammonianue intimement combins. Il en est -peu-prs de mme du phosphore avec la potasse. L'action des divers rayons n'est pas toujours sem- blable ; les rouges ne produisent j)as d'effet sur une dissolution de sublim corrosif dans l'ther, tandis que les bleus et la lumire complte y oprent une dcomposition mutuelle. Les muriates mtalliques trs oxyds sont ramens par la mnie voie au mini- mum d'oxydation. Nous avons dit quelques mots les deux annes prcdentes des recherches de M. Chevreul, sur le savon et sur ce qui se passe lors de la saponification. Cet habile exprimentateur a reconnu que l'action de la potasse produit entre les lments de la graisse de nouveaux modes de combinaisons d'o rsultent des substances qui n'y existoient pas toutes formes auparavant, et dont deux, la margarine et une sorte l'uS PHYSIQUE, GHIMJE, d'huile ou de jjraisse fluide, acquirent toutes les proprits des acides. L'auteur, poursuivant son travail, s'est assur que les mmes effets sont pro- duits par la soude, les terres alcalines, et divers o.xydes mtalliques, et que les substances rsultantes sont en mme proportion, de quelque agent qu'o se soit servi: la ma^nsie et 1 alumine se bornent au contraire contracter avec la graisse une cer- taine union, mais sans en rpartir ainsi les lments en divers composs. La quantit d'alcaii ncessaire pour convertir en savon une quantit donne de graisse est prcisment celle qui peut saturer la margarine et l'huile que cette graisse produit. Notre laborieux chimiste a termin ses mmoires sur cette matire en assignant la capacit de saturation de la margarine et de la graisse fluide, et en faisant con- notre les proprits de plusieurs nouvelles com- binaisons savonneuses qu'il a produites par le jeu des affinits doubles, en mlant une dissolution chaude de graisse fluide et de potasse avec diffrents sels terreux ou mtalliques. Il est parvenu ainsi rendre les savons, dont l'tude avoit t nglige jusqu' prsent, presque aussi connus que les sels dont les chimistes se sont le plus occups. Fourcroy avoit fait connotre sous le nom d'adi- pocire une substance que l'on spare, par le moyen des acides, de la matire grasse dans laquelle se ET MTOROLOGIE. 129 convertissent les corps des animaux enfouis dans la terre, et il l'avoit re^jarde comme identique avec celle que l'on retire l'tat cristallin des calculs bi- liaires de l'homme, et avec le spermacti ou blanc de baleine qui se trouve en jurande abondance dans certaines cavits de la tte du cachalot. M. Ghevreul, conduit par ses recherches sur les corps gras examiner ces matires, a trouv que celle des calculs biliaires ne donne point cle savon, tandis que le spermacti en fournit aussi aisment que la (graisse, mais en s'altrant unpeu autrement, dans d'autres proportions, et avec des proprits particulires, he gras des cadavres est bien plus compos que ne le croyoit Fourcroy, et l'on y trouve diffrents corps gras combins avec l'ammoniaque, la potasse, et la chaux. C'est une graisse qui a dj subi l'action des alcalis. Chacun a pu observer une excrtion rsineuse d'un jaune orang qui sort des crevasses de l'corce des bches de htre exposes l'humidit, sous formes de lames ou de fdets contourns comme du vermicel. M. Bidault de Villiers a fait sur cette matire quelques expriences chimiques. Il s'en dissout une partie dans i'eau, une autre dans l'ai- cohol, et le rsidu a plusieurs des proprits du gluten. L'acide nitrique la convertit en acide oxa- lique, en matire jaune amre trs abondante, et nUFFON. COMl'LM. T. Il g l3o PHYSIQUE, CHIMIE, en un corps gras, mais ny produit aucun acide muqueux. Elle donne au feu beaucoup de carbo- nate d ammoniaque et une huile ftide; en sorte que les commissaires de TAcadmie ont d la reg^ar- der comme tenant de prs la nature des substances animales. Il sera intressant de faire des recherches sur les causes de sa production. Une des poques o la chimie se soit montre plus brillante et plus utile a t sans contredit celle o la France, spare pendant vin^o^t ans des con- tres dont les productions toient devenues depuis si lonp^-tenips pour nous de vritables besoins, a t oblio^e d'y suppler par des produits de son sol. Les arts connus ont t perfectionns; des arts nouveaux ont t crs. INous avons vu successive- ment extraire la soude du sel marin, former de toutes pices i alun et la couperose, rendre fixes des couleurs que l'on regardoit comme faux teint, l'in- dip^o du pastel remplacer celui de l'anil, la garance suppler la cochenille, et le sucre de betterave tenir lieu de celui de canne. Ce dernier article, le plus important de tous, n'a pas perdu a beaucoup prs son intrt dans les cir- constances actuelles. lUest vrai que beaucoup de fabriques sont tombes: mais celles qui ont t di- riges avec intelligence subsistent et prosprent en- core; et, selon M. le comte Cliaptal, leur produit ET MTOROLOGIE. l3t ijoiirra toujours rivaliser avec le sucre des colonies. Ce savant chimiste donne une preuve sans rplique de son assertion, puisqu'il continue de fabriquer avec profit: il est vrai que dans tous les dtails de la culture, de la rcoite, et de la prparation, ainsi que dans l'emploi des divers dchets, il s'est clair des lumires de la science et de celles de l'exp- rience , au point de ne rien rejeter qui puisse servir, et d'employer d'autres usages tout ce qu'il est oblig de rejeter. 11 a dcrit ses procds d'une manire assez claire pour qu'ils puissent tre saisis partons les fabricants, et nous devons esprer que son ou- vrage aidera conserver la France une industrie prcieuse, et dont mille vnements pourroient faire de nouveau une industrie ncessaire. Le troisime volume de la Chimie lmentaire de M. Thuard a paru. Ce savant professeur y traite avec le plus grand dtail et d'aprs les dcouvertes les plus modernes, parmi lesquelles il en est un si grand nombre que la science lui doit , des prin- cipes immdiats des corps organiss, des divers produits de leurs dcompositions , et de leurs em- plois dans les arts. Le quatrime, qui est sous presse, terminera l'ouvrage. ANNE 18l(i. On sait que les divers corps, et spcialement les ,32 PHYSIQUE, CHIMIE, . divers liquides, se dilatent par la chaleur selon des proportions trs diffrentes. M. Gay-l^ussac a cherch dcouvrir quelque loi qui indiqut la rgle de ces rapports; pour cet effet, au lieu de comparer les dilatations des divers liquides au-dessus et au-dessous d'une temprature uniforme pour tous , il est parti d'un point varia- ble quant la temprature, mais uniforme quant la cohsion des molcules ; du point o chaque liquide entre en bulition sous une pression don- ne , et parmi ceux qu'il a essays il en a trouv deux qui , partir de ce point , se dilatent gale- ment ; ce sont lalcohol et le sulfure de carbone qui bouillent, le premier 78 ^i^\e second 4^ 60, tandis que d'autres liquides ne prsentent pas cet gard la mme ressemblance. Cherchant alors les autres analogies des deux liquides en question , M. Gay-Lussac a reconnu qu'ils se ressemblent en- core en ce point qu'un mme volume de chacun d'eux, la temprature qui le fait bouillir, donne, sous la mme pression, un mme volume de va- peur, ou , en d'autres termes , que les densits de leurs vapeurs sont entre elles comme celles des liquides leurs tempratures respectives d'bulli- tion. M. Gay-Lussac promet de donner suite ses ex- priences , et de prsenter bientt des recherches ET MTOROLOGIE. l33 plus compltes sur la dilatation des liquides et sur leur capacit pour le calorique, compares celles de leurs vapeurs. Parmi les questions dlicates dont s'occupe au- jourd'hui la chimie, on doit ranger principalement celle des proportions selon lesquelles les lments peuvent s'unir pour former les combinaisons des divers dfrs. On a cru remarquer dans ces der- niers temps qu'il y avoit certaines limites affectes de prfrence par la nature, et exprimes par des termes gnralement simples; et, d'aprs les recher- ches de M. Gay-Lussac, cela est sur-tout vrai pour les combinaisons des az, quand on a gard non pas leur poids absolu, mais leur volume sous une pression gale. Ces sortes de recherches sont sujettes de gran- des difficults, parccqu'il n'est pas toujours possible d'obtenir les combinaisons isoles , et que, lorsqu'on veut les extraire des sels dont elles font partie, elles se dcomposent ou s'altrent par le mlange des autres principes de ces sels , ou de l'eau qui y entre presque toujours. C'est ainsi que l'on peut expliquer les diffrences notables des rsultats de MM. Davy, Dalton , et Gay- Lussac , touchant les combinaisons de l'azote et de l'oxygne. Des expriences prsentes cette anne l'Aca- l34 PHYSIQUE, CHIMIE, demie par M. Gay-Lussac il rsulteroit que le gaz iiitreiix contient un volume d'azote et un volume .cral (l'oxyjjne sans condensation; que dans cer- taines circonstances il se forme une combinaison d'un volume d'azote contre un volume et demi d'oxygne, laquelle M. Gay-Lussac donne le nom A' acide pernilreux ; que l'acide nitreux ordinaire se compose d'un volume d'azote contre deux volumes d'oxygne; enfin qu'il y a dans l'acide nitrique un volume d'azote et deux volumes et demi d'oxy- gne. Parmi ces diffrentes varits , si Ton peut s'ex- primer ainsi , des oxydes ou acides qui ont l'azote pour radical , il s'en trouve une que l'on obtient de la distillation du nitrate neutre de plomb prala- blement dessch. C'est un liquide trs volatil , de couleur orange. M. Gay-Lussac le regardoit comme l'acide nitreux dont les lments seroient mainte- nus par Faction de Feau qui en feroit partie; mais M. Dulong s'est assur, par des procds d'ana- lyse fort exacts, qu'il ne contient point deau , et le nomme par cette raison acide nitreux anhydre. Son rsultat a t confirm par la synthse. Un volume de gaz nitreux , et un peu plus de deux volumes de gaz oxygne, soumis un froid artificiel de vingt degrs, donnent cet acide qui entre antres ^ropri- tes ( liange de couleur non seulement par son ni- ET MTOBOLOGIE. l35 lange avec l'eau , mais par la chaleur ; incolore 20 au-dessous de zro, il devient orang 1 5 au-des- sus, et presque rouge 2S''. Quatre parties de gaz nitreux et une partie de gaz oxygne, condenss de mme par le froid , ont donn un liquide d'un vert fonc beaucoup plus volatil que le prcdent 5 que M. Dulong regarde comme un simple mlange d'acide nitreux et d'un autre acide o la proportion du gaz nitreux seroit beaucoup plus forte. M. Dulong a examin aussi les proportions selon lesquelles l'oxygne se combine avec le phosphore ])Our former des acides. A vaut lui on n'en admettoit que deux; ses recherches lui font penser qu'il en existe quatre. Celle o il entre le moins d'oxygne s'obtient en jetant dans l'eau un phosphore alcalin ; il se dgage de l'hydrogne phosphur, et l'oxy- gne de l'eau forme avec le phosphore restant un acide qui reste combin avec l'alcaii , et qu'on en expulse par l'acide sulfuriqae. M. Dulong le nomme hjpopliosphoreiix , mais il croit que son radical se compose en partie d'hydrogne. Un second acide, auquel M. Dulong transfre le nom de phosphoreux, s'obtient au moyen de la d- composition de l'eau par la combinaison de chlore et de phosphore au minimum , dcomposition d'o il rsulte deux acides, savoir l'hydrochloriquc ou muriatique, et celui dont nous parlons. M. Dulong l36 PHYSIQUE, CHIMIE, le juge compos de loo parties de phosphore et de prs de 75 d'oxyg^ne. Le troisime acide est ceUii qui se produit par la combustion lente du phosphore dans l'air. 11 se dcompose lorsqu'on le sature en acide phospho- rique et en acide phosphoreux, et donne -la-fois des phosphites plus solubles et des phosphates qui le sont moins. Toutefois M. Dulon^ ne le re^ijarde pas comme un simple mlange, mais plutt comme une combinaison de ces deux acides, qui auroit quelque ressemblance avec les combinaisons sa- lines, et o l'acide phosphoreux feroit fonction de base. D'aprs cette opinion il propose de le nommer phosjjliatlque pour rappeler l'analogie qu'il auroit avec les phosphates. Le dernier terme de 1 oxygnation est l'acide phosphorique : la proportion du phosphore l'oxy- gne y est de 100 124. On l'obtient de la com- bustion vive du phosphore, ou de la dcomposition de l'eau par le chlorure de phosphore au maximum , et encore de plusieurs autres manires. Il est iden- tique avec celui qu'on retire des os des animaux. Trois chimistes hollandois, MM. Van-Marum, Deyma n, et Pats-Van-Troostwick, firent connotre en i-ygGun gaz compos d'hydrogne et de carbone, qu ils nommrent gaz olfianl, par la raison que sa proprit la plus singulire toit de former un li- ET MTOROLOGIE. l37 quide huileux par son mlange avec le gaz muria- tique oxygn. D'aprs la thorie que l'on avoit alors sur le gaz acide muriatique oxygn, on devoit croire que son oxygne s'unissoit l'hydrogne carbon, et donnoit ainsi une sorte d'huile; mais aujourd'hui que l'on est venu regarder ce gaz comme un corps simple, auquel M. Davy a donn le nom de chlore, on est oblig de chercher une autre explication. MM. Robiquet et Colin s'en sont occups. Ils ont reconnu qu'en faisant arriver len- tement dans un ballon un volume de gaz olfiant et deux volumes de chlore, ils se convertissent en- tirement et sans rsidu en liquide huileux , lequel , dcompos par le feu, donne de l'hydrogne non satur de carbone, un dpt de carbone, et beau- coup de gaz muriatique, c'est--dire, d'aprs la thorie nouvelle, degazhydrochlorique: le chlore entre donc en substance dans le liquide huileux. Mais y est-il comme chlore et uni directement l'hydrogne surcarbon, ou biens'y trouve- t-il uni a l'hydrogne et comme acide hydrochlorique, ou, autrement, muriatique? C'est la premire de ces conclusions que les auteurs sont conduits par des inductions tires de la pesanteur spcifique des composants et du compos, tandis que l'ther mu- riatique, qui a de nombreux rapports avec ce liquide huileux, leur parot au contraire form de l'union l38 PHYSIQUE, CHIMIE, du ^8z hydrochlolique avec l'hydrogne carbon. M. Ghevreul continue toujours de travailler avec le ninie zl son Histoire chimique des corps gras. Nousavons dit d'aprs lui, dans le temps, comment la graisse de porc se compose de deux principes, l'un plus consistant, l'autre plus liquide; comment l'action des alcalis en altre la combinaison, en spare un principe nouveau analogue au corps doux de Scheeie, et y occasione la formation de deux autres principes de nature acide , avec lesquels l'alcali se combine pour former le savon ; nous avons expos l'affinit diverse des alcalis et des terres avec ces deux acides, et les capacits de saturation de ces derniers; enfin nous avons rendu compte de l'examen comparatif fait par M. Ghevreul de divers corps plus ou moins analogues la graisse, tels que le calcul biliaire, le spermacti, l'adipocire des ca- davres et des diffrences essentielles qui les carac- trisent. Dans un mmoire prsent l'Acadmie cette anne ce laborieux chimiste a commenc rechercher les causes auxquelles sont dues les con- sistanci^s, les odeurs, et les couleurs particulires quelques huiles et quelques graisses; et il s'est occup des graisses d'homme, de buf, de mouton, de jaguar, et d'oie. Les varits de consistance tiennent la proportion des deux principes gn- raux des corps gras ; mais les autres diffrences ET MTOROLOGIE. I Sg d'^pendeit de principes particuliers et tranp^ers. M. Ghevreul propose un systme de nomenclature analo[;ue au reste de la nomenclature chimique, tant pour 1rs principes qu'il a dcouverts que pour leurs combinaisons salines. Les deux principes de la (J^raisse devront se nommer statine et laine, d'a- prs les mots grecs qui si^o^nifient suif et huile. Son principe acide le plus consistant, ou samar[>arine, sera l'acide margarique; l'autre l'acide laque. Le spermacti aura le nom de ctine, etc. Sans doute ces noms chargeront la mmoire; mais c'est un inconvnient insparable des progrs de la science, et des priphrases qui alongeroicnt le discours sans le rendre plus clair auroientdes inconvnients non moms graves. ANNE 1817. Les physiciens savent aujourd'hui, par les tra- vaux d'un grand nombre de leurs plus ingnieux prdcesseurs, que les effets de la distribution de a chaleur dans l'intrieur des corps solide s se rap- portent trois qualits variables selon les corps, mais dterminables et fixes pour chacun d'eux : leur capacit pour le calorique, c'est--dire la quan- tit qu'il en faut chacun pour passer d'un degr de chaleur un autre; leur conductibilit int- rieure, c'est--dire le j>lus ou moins de facilit l4o PHYSIQUE, CHIMIE. avec laquelle la chaleur parvient s'y distribuer galement; et leur conductibilit extrieure, c'est- -dire le plus ou le moins de facilit avec laquelle ils se mettent l'unisson de chaleur avec l'air ou les corps environnants. La premire de ces qualits est apprcie depuis long-temps pour chaque corps; la troisime d- pend beaucoup de l'tat de la surface; et il est n- cessaire, dans une thorie exacte, de la distinguer soigneusement de la seconde, qui tient sans doute la disposition mutuelle des molcules des corps. Feu M. de Rumfort avait fait de nombreuses ex- priences sur la conducibilit extrieure d'un mme corps, selon qu'il est plus ou moins poli, ou revtu de diverses enveloppes. M. Desprets vient d'en faire pour comparer celle des corps diffrents dans des tats de surface sem- blables ponr tous. Il emploie des sphres assez pe- tites pour que leur conducibilit intrieure n'influe point trop sur Fextrieure; ses thermomtres ont leur rservoir au milieu de chaque sphre, et les surfaces sont ou simplement polies, ou enduites d'un vernis et d'un nombre de couches de ce ver- nis, reconnu par l'exprience le plus favorable au refroidissement. M. Desprets a rdig ainsi une table des temps que mettent se refroidir, au mme degr, les prin- ET MTOROLOGIE. l4l cipaux mtaux employs dans les arts; et en com- binant convenablement cette table avec celle des capacits, il obtient celle de la conducibilit ext- rieure; cest le plomb qui la possde au plus haut dferr, ensuite la fonte, puis le fer, Ttain, le zinc, et enfin le laiton. T.es bains du Mont-Dor, prs Clermont, four- nissent une eau 42 ou 4 3 centigrades de temp- rature, contenant quelques matires salines, mais exhalant sur-tout une grande quantit d'acide car- bonique. On observe de trs grandes diffrences dans leur action sur ceux qui les prennent et dans le malaise qu'occasione leur vapeur; et lorsque ces effets sont beaucoup phis marqus qu a l'ordinaire, que les bains sont ce qu'on appelle soufrs, on peut tre assur qu'un orage est prochain, et qu'il sera d'autant plus violent que ces signes prcurseurs ont t plus manifestes. M. Bertrand, mdecin de ces eaux, attribue ces phnomnes l'lectricit qui, dans ses communi- cations de la terre l'atmosphre, ou rciproque- ment, doit, selon lui, suivre de prfrence les ra- mifications tortueuses des eaux minrales; mais les signes d'lectricit qu'il a obtenus n'ont pas paru assez constants ni assez vidents pour servir de preuve son hypothse, et Ton n'a peut-tre besoixt -^.^ l42 PHYSIQUE, CHIMIE, de recourir qu'au plus ou moins de diffrence de chaleur au dedans et au dehors du bain, et la plus ou moins grande abondance d'acide carbo- nique rsultant de la plus ou moins grande diffi- cult que letat de l'atmosphre extrieure oppose sa dissipation. Chacun sait que les alcalis fixes s'unissent au soufre, et forment avec lui cette combinaison la- quelle sa couleur a fait donner trs anciennement le nom de foie de soufre, et que la nouvelle chimie place dans la classe gnrale des sulfures; mais de- puis que Ion a appris, par les brillantes expriences de M. Davy, que les alcalis fixes ne sont autre chose que des oxydes mtalliques, il devenoit intressant de savoir s'ils entrent dans le sulfure comme oxyde ou comme mtal, c'est--dire s'ils conservent ou s'ils perdent , en y entrant , l'oxygne auquel ils sont unis. M. Vauquelin avoit prsent des motifs plau- sibles d'adopter la premire de ces opinions pour le sulfure fait une haute temprature; et M. Gay- Lussac vient en quelque sorte de la dmontrer. En effet M. Vauquelin avoit fait observer que le sulfure fait une haute temprature, lorsqu'on le dissout dans l'eau, donne du sulfate, dont l'acide sulfurique contient prcisment autant d'oxygne ET MTOROLOGIE. ] ^S que la potasse employe ; et si cet acide existoit dans le sulfure avant la dissolution , il ne peut avoir pris son oxygne qu' la potasse; mais on pourroit ob- jecter qu'il ne se forme qu'au moment de la disso- lution et en dcomposant l'eau. C'est quoi rpond maintenant M. Gay-Lussac. En formant le sulfure une temprature douce on n'ohtient point de sulfate lors de la dissolution, mais seulement de l'hyposulfite. La simple disso- lution dans l'eau ne produit donc pas de l'acide sulfuri(|ue, et, s'il y en a, il a di^ se ioruier en mme temps que le sulfure, et dans un moment ou la po- tasse seule avoit de l'oxygne lui fournir. Ti'oxyde noir de manganse, trait chaud avec de la potasse caustique, se fond en une matire verte, dont la dissolution, d'abord de la mme cou- leur, passe ensuite an bleu, au violet, et au rouge. Scbeele, qui a le premier observ ces variations, avoit donn la combinaison qui les prsente le nom de camlon minral. M. Ghevreul a remarqu qu'elle peut passer par toutes les teintes des anneaux colors, et que Ion y produit alternativement les diverses nuances, soit en ajoutant petit petit de l'eau, de l'acide car- bonique, de la potasse, etc., soit en mlant, dans di- verses proportion^, les deux couleurs extrmes; on l44 PHYSIQUE, CHIMIE, peut enlever toute couleur par certains acides, etc. MM. Ghevillot et Edwards, s tant occups de cette singulire substance , ont constat d'abord qu'il ne peut se former de camlon sans le con- cours de l'air; qu'il s'en forme dans Foxygne plus aisment que dans l'air, et qu'il absorbe de l'oxy- gne en se formant plus que ne ferait la potasse seule. Variant ensuite les proportions des compo- sants, ils ont vu que le camlon est d'un vert d'au- tant plus clair et plus pur qu'on y a employ moins de manganse et plus de potasse, et qu'en augmen- tant le premier composant et diminuant l'autre jusqu' ce qu'ils soient en parties gales, on arrive faire immdiatement du camlon rouge, qui, dissout et vapor, donne de beaux cristaux com- parables au carmin , inaltrables l'air, et capables de colorer une grande quantit d'eau. L'alcali y est parfaitement neutralis. Ces chimistes se proposent de suivre ces expriences, et esprent en dduire les causes des phnomnes remarquables qu offre le camlon minral. La mdecine emploie tous les jours des racines, des graines, ou d'autres parties de plantes et d'ani- maux auxquelles on a reconnu une action bien marque sur l'conomie animale, et des vertus pr- cieuses contre diverses maladie*: mais ces vertus ET MTOROLOGIE. 1^3 n'appartient pas la totalit des principes imm- diats qui composent les substances, elles sont au contraire ordinairement l'apanage exclusif de Tun d'entre eux; et lorsque la chimie parvient discer- ner ce principe privilgi et dcouvrir les moyens de l'extraire, elle rend la mdecine un service dautant plus grand que souvent les autres prin- cipes auxquels il est uni affaiblissent son action, et produisent mme des inconvnients qui res- treignent l'usage de la substance dans laquelle il entre. Ainsi l'on connot depuis long-temps le pouvoir de ripcacuanha pour exciter le vomissement, et les heureux effets de ce remde sur les suites de la dyssenterie; Ton sait aussi, par les travaux rcents de M. de Gandolle, que les racines employes en pharmacie, sous le nom d'ipcacuan/ia, provien- nent de plantes assez diverses et dont la force n'est pas toujours gale; savoir, d'un psycliolria, d'un calicocca , et d'une violette; mais il s'agissait de d- terminer auquel des principes immdiats de ces racines appartient la vertu qui les a rendues si pr- cieuses, ce qui seul pouvoit donner les moyens d'assigner avec prcision leurs degrs respectifs de puissance, et de fixer les meilleures mthodes de les prparer jiour leur emploi en mdecine. C'est ce que MM. Magendie et Pelletier ont essay de RUrtON. COMPLM. T. 11. lO l46 PHYSIQUE, CHIMIE, faire par une analyse chimique trs soigne, et par d(\s expriences sur les animaux et sur les hommes. Aprs avoir enlev, par l ether, une matire hui- leuse, d'une odeur dsagrable, ils traitent l'ipca- cuanha par Talcohol, et en obtiennent de la cire et uue substance particulire qu'ils sparent de cette cire au moyen de leau. T^e rsidu ne contient plus que de la gomme, de l'amidon , et du ligneux. C'est la substance dissoluble dans l'alcohol et dans l'eau qu'appartient le pouvoir de faire vomir; ce qui Ta fait nommer mtine. Elle se prsente sous forme decailles transparentes, brun rou- getre, presque sans odeur, lgrement acres et amres; elle est dliquescente l'air, et offre plu- sieurs autres caractres qui paroissent lui tre par- ticuliers. A dose convenable de 2 4 grains elle a les effets de l'ipcacuanha, mais non pas son odeur nausabonde, qui rside dans la matire huileuse. Le vomissement qu'elle occasione est suivi de fortes envies de dormir. A dose plus leve, de 6 I -.1 grains par exemple, elle a fait prir les chiens , aprs des vomissements violents et plusieurs heures d'un assoupissement profond. I^a racine d'ipcacuanha brun (psjchotria enielica) contient 16 centimes d'mtine; mais la [)artie li- gneuse intrieure de la mme racine n'en possde qu'un peu plus dun centime. Il y en a i4 cen- ET MTOROLOGIE. l47 times dans 1 ecorce d'ipcacuanha gris (callicocca ifjecacuanlia) et 5 dans ia totalit de la racine d'ip- cacuanha blanc (viola emetica). L'opium, ou le suc de tte de pavots, dont Tu- sage est devenu si gnral dans Ja mdecine mo- derne, est aussi un compos de plusieurs principes; et, malgr les nombreux travaux dont il a t l'ob- jet, M. Sertiirner, pharmacien d'Eimbeck, en Ha- novre, y a dcouvert lcemmentun acide, et, ce qui est plus extraordinaire, un alcali nouveau, ou du moins une substance qui a toutes les propri- ts gnrales des bases salifiables. C'est elle qu'il attribue le pouvoir somnifre et vnneux de l'o- pium, et il lui a donn, j)ar cette raison, le nom demorpliine. Amre, cristallisalile, fusible la cha- leur, peu soluble dans l'eau mme bouillante, mais beaucoup dans l'alcohol et dans l'ther, elle forme, avec la plupart des acides, des sels neutres remar- quables, dont elle est prcipite par l'ammoiiiaque; elle se rsout au feu en oxygne, en carbone, en hydrogne , et peut-tre en un peu d'azote. L'a- cide auquel elle est unie dans l'opium a reu de M. Sertrner le nom de mconique; mais ce chi- miste n'a pas eu le loisir d'en faire un examen assez approfondi. M. Robiquet a repris et vrifi les dcouvertes de 10. l48 PHYSIQUE, CHIMIE, M. Serltirner par rapport ces deux substances; il a reconnu que Tacide mconique est trs soluble dans lalcohol et dans leau ; qu'il forme des sels di- versement solubles avec les alcalis; qu'il donne au su Ifate de cuivre une belle couleur d emeraude, etc. ; mais M. Robiquet s'est assur, contre l'opinion de M. Serturner, que le sel essentiel extrait de l'o- pium par M. Derne en 8i3 n'est pas la mor- phine, ni une combinaison de la morphine avec l'acide mconique; c'est, selon lui, une troisime substance qui existe dans l'opium en mme temps que ces deux-l. M. Sei tlirner avoit prouv de la morphine dis- soute dans l'alcohol des effets dltres assez vio- lents; mais quand on la donne seule elle agit peu. M. Orfila en a fait prendre sans effet des chiens, une dose o l'extrait aqueux d'opium auroit pro- duit un empoisonnement violent. Tous les sels so- lubles de morphine agissent au contraire avec la mme intensit que l'opium , et en dterminant les mmes symptmes, tandis que l'opium dont on a spar la morphine perd son efficacit. C'est donc la morphine qu'il faut tcher de re- trouver dans les vgtaux indignes, si l'on veut y dcouvrir quelque succdan de l'opium. M. Sage a publi, dans le courant de l'anne, quatre njmoires sur l'eau de mer; il y admet un ET MTOROLOGIE. 1 J^g gaz particulier, auquel il donne le nom de yaz nej> iunien, olagineux , alcalin, et inodore, qui, selon lui , doit empcher que la distillation ne puisse extraire de l'eau de mer une boisson salubre. On saura bien- tt quoi s'en tenir, d'aprs les expriences que le capitaine Freycinet a t char^^f de faire dans le grand voyage qu'il a entrepris. ANNE 1818. f^a chimie s'est enrichie cette anne de deux nouvelles substances doublement intressantes, en ce que l'une est -la-fois mtallique et alcaline, c'est- -dire que son oxyde est un nouvel alcali fixe, et en ce que l'autre est mtallique et acidifiable, et en mme temps plus analogue au soufre qu' aucune autre matire. On doit la premire M. Arfvedson, jeune chi- miste sudois , lve de M. Berzlius. Il Ta dcouverte dans une pierre non\raeptaliie,o\\ il n'en a trouv ({ue de 3 5 centimes ; mais il en a reconnu ensuite jusqu' 8 centimes dans une autre pierre appele Iripliane. Cette substance donne, avec la plupart des aci- des, des sels trs fusibles; son carbonate en fusion attaque le platine presque aussi fortement que les nitratesdes autres alcalis, etsedissoutdifficilement; son muriate est trs dliquescent; son sulfate cris- j 5o PHYSIQUE, CHIMIE, tallise sans eau de saturation. La capacit de cet alcali pour saturer les acides est plus grande que celle d'aucun autre, et il entre en plus grande quan- tit dans les sels qu'il forme avec eux. r/auteur de la dcouverte a donn sa nouvelle substance le nom de lithion, pour rappeler qu'elle a t dcouverte dans une pierre, tandis que les deux autres alcalis fixes ont t d'abord tirs des vgtaux. La seconde substancea t dcouverte par M. Ber- zlius lui-mme dans une fabrique d'acide sulfuri- (pie de Fnlun en Sude. Il se dpose au fond de la chambre o Ton brle du soufre retir des pyrites une masse rougetre,qui n'est elle-mme en grande partie que du soufre, mais (|ui donne en brlant une odeur acre de raifort. Cette odeur tant l'un des caractres d'un mtal dcouvert depuis ({uel- ques annes par M. Klaproth, et nomm tellure, ou pouvoit croire (ju'elle toit due au mlange de ce mtal avec le soufre. Cependant M. Berzlius et M. Galin, qui examinrent d'abord cette matire rouge, ncpurenien rctirerdc tellure. Lepremieren emporta Stockholm pour l'examiner de plus prs, et il y trouva une substance trs volatile, trs ais- ment rductible, et ne se laissant point prcipiter |)ar les alcalis. Sa couleur est grise, avec un grand rclat ; r Ile est dure, friable, et sa cassure ressemble ET MTOROLOGIE. l5l celle du souFre. Sa pesanteur spcifique est de 3.6. Elle donne une poudre rouge par la trituration , se ramollit la temprature de Teau bouillante, se fond un peu au-dessus, et reste quelque temps, mesure qu'elle se refroidit, molle, ptrissable, et filante comme de la cire d'Espagne. A un peu plus de chaleur encore elle bout et se sublime en un gaz jauntre, et se fixe en forme de fleurs d'un beau rouge, (jui cependant ne sont point oxydes. Dans l'air elle s'vapore en fume rouge, ou brle avec une flamme bleue , et en donnant une si forte odeur de raifort qu'un 5o^ de grain suffi roit pour empes- ter le plus vaste appartement. M. Berzlius a donn cette substance le nom (le slnium, d'aprs le nom grec de la lune, et pour rappeler le rapport qu'elle a avec le tellure ; rapport qui pourroit au reste ne tenir qu' la prsence mme du slnium dans les tellures examins jus- (ju' prsent. Les nouvelles de ces dcouvertes ayant t an- nonces l'Acadmie par M. Gillet-Laumont, et jjientt apis par une lettre de M. Berzlius lui- mme adresse M. BertboUet, M. Vauquelin s'oc- cupa aussitt de vrifier ce qui concernoit l'alcali ; et ses observations ajoutrent quelques dtails celles qu'a voit donnes M. Arfvedson. Quoique M. Vauquelin n'ait eu qu'une petite quantit de i:)2 PHYSIQUE, CHIMIE, ptalite sa disposition, il y a trouv jusqu' 7 pour cent de lithion. M. Beizlius a suivi avec tout le soin qu elle m- ritoit sa belle dcouverte du slnium. Il a soumis sa substance la plupart des agents de la cbimie, et reconnu comment ils se comportent avec elle; et, tant venu Paris cette anne , il a donn lui-mme son travail avec le plus g^rand dtail dans les An- nales de Chimie. Sous tous les rapports il montre dans le slnium une sorte d'intermdiaire entre les substances combustibles et les substances m- talliques. Il en fait sur-tout une comparaison, d'une part, avec le soufre et le tellurium, de l'autre, avec le cblore, le fluor, et l'iode; substances que beaucoup de cbimistes ont voulu placer, dans ces derniers temps, dans la mme classe que le soufre, parce- qu'ellcs donneroient, comme le soufre, des acides en se combinant avec Ihydrogne. On peut se rap- peler ce que nous avons dit ce sujet dans nos ana- lyses de 1 8 1 3 et de 1 8 1 4 , ^n rendant compte de la nouvelle thorie de M. le chevalier Davy, sur les acides qu'il croit forms sans oxygne. M. Berzlius trouvant que les combinaisons, soit du soufre, soit du tellurium, soit du slnium , avec les mtaux et les substances combustibles, ont en- tre elles une grande analogie; et trouvant d'un au- ET MTOROLOGIE. l53 tre ct que les combinaisons de l'iode et du chlore avec les mmes matires sont aussi trs analoj^ues entre elles et avec celles des acides oxygns, mais ne ressemblent point du tout aux prcdentes; ce savant chimiste en conclut que ce sont deux ordres bien distincts de substances, et il laisse entrevoir par-l qu'il ne regarde pas encore comme dmon- tre la thorie de M. Davy. Ce slnium est singulirement peu abondant; 5oo livres de soufre brl la fabrique de Falun n'en donnent qu'un tiers de gramme. Combien doit- il tre en proportion moins considrable encore dans la pyrite d'o ce soufre est extrait! M. Berz- lius la trouv depuis formant environ le quart d'un minerai d'argent et de cuivre extrmement rare, (jue l'on a voit regard, cause de son odeur, comme un minerai de tellure, et que l'on tiroit autrefois d'une mine maintenant abandonne de la pro- vince de Smolande en Sude. Il en a trouv aussi (juelques parcelles combines avec du cuivre sans argent. Plus on rflchit sur ces lments chimiques, qui seroient ainsi jets comme au hasard par la nature en petites parcelles de si peu d'effet dans l'univers que l'art le plus dlicat, la science la plus profonde suffisent peine pour les mettre au jour, plus on est port croire qu'une science plus pro- l54 PHYSIQUE, CHIMIE, fonde encore leur airacliera bientt leur qualit d'clnients. M. Gay-Lussac a fait en 1 8 1 1 sur le principe co- lorant du bleu de Prusse, ou ce que Ion nomme depuis quelque temps Vacide prussique, des recher- ches qui ont fait reconnotre cette substance, dans son tat de puret, des proprits fort remarqua- bles, et jusqu'alors entirement i[>nores; telles, entre autres, que la petitesse de Tintervalle qui spare pour elle le point de la conglation et celui de Tvaporation ,etson pouvantable influence sur fconomie animale. Ce savant chimiste , continuant ses recherches sur cet important sujet, a dcouvert, en 1 8 1 4, qie ce principe est un hydracide, c'est-- dire un de ces corps semblables aux acides quant leur action extrieure, mais o l'on ne peut d- montrer la prsence de Toxy^ne , et qui paroissent rsulter de la combinaison de l'hydrogne avec nn radical. L'acide prussirjuc est mme le premier hydracide dont on connoisse le radical quant ses lmens, et M. Gay-Lussac a trouv qu'il se coujpose de carbone et d'azote en proportions peu diffrentes. Il a nomm ce radical cyanogne, et l'acide qu'il fournit liydrocyanique, cause de sa pro[)rit de teindre l'oxyde de fer en bleu. Nous avons annonc toutes ces dcouvertes dans nos analyses de i8 1 i et de 1 8i4. ET MTOROLOGIE. l55 M. VaiKjuelin a travaill de nouveau sur cette malii e en suivant , comme il le dit avec sa modes- tie ordinaire, la route que M. Gay-Lussac lui avoit fraye; mais cette route avoit des embranchements qui ne pou voient chapper un homme tel que M. Vau({uelin. Le cyanofrne (^azeux se dissout dans environ quatre Fois et demie son volume d'eau , et hii donne une odeur et une saveur trs piquante, mais sans la colorer. Aprs quelques jours cette dissolution se teint en jaune, puis en hrun. dpose une ma- tire brune, prend l'odeur d'acide hydrocyanique, et dveloppe de Tammoniaque quand on y met de la potasse. Cependant elle ne peut encore donner de bleu de Prusse. Des expriences ultrieures montrent qu'elle contient de Thydrocyanate , du carbonatedammoniacpie, et de l'ammoniaque com- bine avec uu troisime acide que M. Vau(|uelin nomme cyanique^ sans avoir absolument diermin la couqiosilion de son radical. Il y a donc dcomposition de l'eau : son liydro- (;ne s'unit une j)artiedu cyanop,ne pour former de l'acide hydrocyanicjue; une autre ])artie s'unit de l'azote du cyanogne pour former l'ammonia- que; l'oxygne de cette mme eau avec une partie du carborie du cyanogne forme de l'acide carbo- nique. Le troisime acide rsulte de quelque coni- ,56 PHYSIQUE, CHIMIE, biiiaison du mme genre; et il reste cependant encore du carbone et de l'azote que cet oxygne ne suffit pas pour convertir en acide, et qui donnent la matire brune du dpt. Les oxydes alcalins produisent des effets sembla- bles, mais bien plus rapidement. Une multitude d'autres applications du cyano- gne aux oxydes , aux mtaux , aux substances com- bustibles, ont donn M. Vauquelin des rsultats non moins curieux. La question la plus intressante qu elles pouvoient rsoudre toit de savoir si le bleu de Prusse est un cyanure ou un hydrocyanate, c'est- -dire une combinaison de l'oxyde de fer avec le cy- anogne , ou bien avec son hydracide. M. Vauquelin ayant constat que l'eau imprgne de cyanogne peut dissoudre le fer sans le changer en bleu de Prusse , et sans qu'il y ait dgagement d'hydrogne, mais en laissant du bleu de Prusse dans la portion non dissoute, et que Facide hydrocyanique conver- tit le fer ou son oxyde en bleu sans le secours ni des alcalis ni des acides j il en conclut, contre l'opinion de M. Gay-Lussac, que le bleu de Prusse est un hydrocyanate, et que, lorsqu'on expose du fer l'eau imprgne de cyanogne, il s'y forme -la-fois de l'acide cyanique qui dissout une partie du fer, et de facide hydrocyanique qui en convertit une autre en bleu. ET MTOROLOGIE. 167 Il tablit mme une rgie gnrale, laquelle seroit que les mtaux qui , comme le fer, peuvent dcom- poser l'eau la temprature ordinaire forment des hydrocyanates; et que ceux qui n ont pas cette fa- cult, comme l'argent et le mercure, ne forment que des cyanures. Tout le monde sait que la plupart des acides r- sultent des combinaisons del'oxygne avec certaines substances auxquelles on a donn le nom de radi- caux, et que, suivant qu'il entre dans la combinai- son une quantit plus ou moins grande d'oxygne, l'acide form est diffrent en proprits, et prend des noms auxquels les chimistes modernes ont donn une certaine rgularit, en indiquant le degr d'oxygnation par le moyen de la terminai- son. C'est ainsi que l'azote produit, par des additions successives d'oxygne, le gaz nitreux, l'acide ni- treux, l'acide nitrique; et nous avons parl, dans notre analyse de 1816, de combinaisons encore diffrentes dans leurs proportions dcouvertes par MM. Gay-Lussac et Dulong. M. Thnard vient de faire des expriences d'o il rsulte que plusieurs acides peuvent admettre des proportions d'oxygne bien suprieures celle que l'on regardoit jusqu' prsent comme constituant leur tat le pins oxygn. En dissolvant avec pr- l 58 PHYSIQUE: CHIMIE, caution de la baryte suroxyde par de i acide nitri- que, et en la prcipitant par l'acide sulfurique, son excs d'oxygne reste uni au premier acide qui de- vient ainsi de l'acide nitrique oxyjqfn. Par des moyens que M. Thnard indique on peut le con- centrer assez pour qu'il donne par la chaleur onze fois son volume d'oxy^^ne; et, d'aprs les calculs de ce savant chimiste, il seroit une combinaison d'un volume d'azote contre troi^ volumes d oxy>o^ne. L'acide bydrochlorique s'oxygne par le mme pro- cd , et prend alors des proprits sin(;ulires. Ap- pliqu l'oxyde d'argent, il forme de l'eau et un chlorure, et son oxygne devenant libre produit une effervescence aussi vive que si Ton versoit un acide sur un carbonate alcalin. L'acide sulfurique, le fluorifjue, peuvent tre oxygns de mme, et on peut suroxygner encore tous ces acides une ou pkisieurs fois. Il en est aux- quels M. Thnard a ajout de cette manire jusfpr sept et mme jusqu' (]uinze doses successives d'oxy- gne, lia contraint ainsi de l'acide bydrochlorique en absorber jusqu' trente fois son volume. Rien n'gale alors l'effervescence <[u'y occasione le con- tact de l'oxyde d argent. Par le moyen de ces acides ainsi surchargs d'oxygne, et par des procds analogues, on j^eut aussi suroxygner des terres et des oxydes mtalliques. M. Thnard a mme sur- ET MTOROLOGIE. I Sg oxypn leau en versant peu peu de l'eau de baryte dans de l'acide sulfurique oxygn; l'acide sulfurique s'unit la baryte, se prcipite avec elle, et laisse l'eau son excs d'oxygne. Ainsi oxygne l'eau dans le vide se congle ou s'vapore sans per- dre son oxygne; il s'y concentre au contraire au point qu'elle en a absorb jusqu' quarante ou cin- quante fois son volume : mais l'buUition le lui en- lve ; le charbon , l'argent , l'oxyde d'argent , et ceux de plusieurs autres mtaux, le font jaillir avec une vive effervescence; et, ce qui est singulier, un pas- sage si rapide l'tat de gaz d'une quantit consi- drable de matire, loin de produire du froid, chauffe la li(jueur un degr trs sen8il)lc. M.Th- nard souponne qu'il y a quelque chose d'lectrique dans ce phnomne. Onsaitaujourd'hui, par les clbres expriences galvaniques de M. le chevalier Davy, tjue les alcalis fixes ne sont autre chose que des oxydes de m- taux excessivement combustibles; et par celles de MM. Thtnard et Oay-T.ussac (jue l'on peut les ramener l'tat mtallique au moyen du carbone et d'une trs haute temprature. Nous avons parl de ces grandes dcouvertes dans notre analyse de 1808. M. Vauquelin , ayant rduit dernirement de ^ l'antimoine par des flux alcalins, s'est aperu que l6o PHYSIQUE, CHIMIE, ce mtal, mis dans leau, donnoit une grande quan- tit de gaz hydrogne, et que l'eau devenoit alca- line. D'autres mtaux, rduits de la mme manire, lui ont offert le mme phnomne. Il en a conclu qu'une partie de l'alcali qu'il avoit employ s'toit pendant l'opration combine Fantimoine sous forme mtallique, et dcomposoit l'eau pour reve- nir l'tat d'oxyde ; mais il a t oblig d'en conclu re aussi que la prsence d'un mtal est favorable la rduction de l'alcali: car, autrement, l'alcali n'au- roit pu prendre la forme mtallique par une cha- leur si foible. Nous avons parl l'anne dernire des exp- riences de MM. Chevillot et Edouard sur cette singulire combinaison d'oxyde de manganse et de potasse , que l'on a nomme camlon minral cause de sa facilit prendre successivement des couleurs diverses. Ces jeunes chimistes ont donn suite leur tra- vail; ils ont reconnu que la soude, la baryte, et la strontiane, peuvent donner, comme la potasse, diffrentes sortes de camlons en s'unissant l'oxyde de manganse et en absorbant de l'oxygne. Mais, s'attachant principalement l'espce de ca- mlon de potasse dans lequel l'alcali est parfaite- ment neutralis, celle qui est d'une belle couleur rouge, ils ont observ que les corps trs combus- ET MTOROLOGIE. 6l tiblcs ag^issent sur elle avec beaucoup d'nerj^ie; qu'ils la dcomposent, et s'enflamment souvent avec une forte dtonation : le phosphore en produit mme une par le simple choc. D'un autre ct ce camlon rou^e, expos au feu, se dcompose, et donne de l'oxy^jne, de Toxi^de noir de manganse, et du camlon vert dans lequel la potasse domine. Ils conchient de ces faits que l'intervention de l'oxygne dans la formation du camlon a pour rsultat d'oxyder davantage le manganse et de le convertir en un vritable acide: en sorte que le camlon seroit un mangansiate de potasse; le camlon rouge, en particulier, en seroit un man- gansiate parfaitement neutre, et le vert un man- gansiate avec excs d'alcali. Cependant ils n'ont pu parvenir isoler cet acide, dont ils admettent l'existence; mais ils ont fait des expriences nom- breuses qui leur paroissent confirmer leur opinion nonce ds l'anne dernire que le camlon vert ne diffre du rouge que par plus d'alcali. Soit que Ton verse des acides sur du camlon vert, ou de l'alcali sur du rouge, on le fait passer galement d'une couleur l'autre; mais l'bullition et l'agitation peuvent aussi dgager l'excs de po- tasse du camlon vert et le changer en rouge. Plu- sieurs acides verss en excs dcomposent tout le camlon en s'emparant de la potasse, en dgageant BUFFON. COMPI.M. T. 11. I 1 \62 PHYSIQUE, CHIMIE, de roxygiie, et en prcipitant le manganse 1 tat tl oxyde noir. Le sucre, les gommes, et d'autres substances capables d'enlever l'oxygne, dcom- posent galement le camlon , et l'exposition Tan- produit un effet semblable; ce que les auteurs attri- buent aux corpuscules trangers qui flottent dans l'atmospbre, et qui, en tombant dans la dissolu- tion, lui enlvent aussi une partie de l'oxygne qui lui est essentiel. Le cobalt et le nickel sont deux demi-mtaux (}u'il est trs difficile d'obtenir purs, et sur-tout de sparer entirement l'un de l'autre; cependant cette prparation est ncessaire pour une dtermi- nation exacte de leurs proprits. M.Laugier, ayant suivi les mthodes le plus rcemment publies pour parvenir cet objet, a trouv encore dans le nickel des traces non quivoques de cobalt. Pour s'en d- barrasser il dissout le mlange dans l'ammoniaque, et prcipite par l'acide oxalique; il redissout l'oxa- late de nickel et de cobalt obtenu par cette opra- tion dans l'ammoniaque concentre, et expose la dissolution l'air. A mesure que l'ammoniaque s exhale, il se dpose de l'oxalate de nickel ml d'ammoniaque. Par des cristallisations rptes on dpouille le li(juide de tout son nickel; il n'y reste (pi'une combinaison d'oxalate de cobalt et d'am- moniaque, que l'on rduit aisment. Le peu de ET MTOROLOGIE. 1 63 ooljalt qui est demeur dans le prcipit de nickel s'en spare par quelques dissolutions successives dans l'ammoniaque: ainsi la mme opration donne les deux mtaux l'tat de puret. Le sucre de lait trait par l'acide nitrique donne un acide dont Sclieele fit la dcouverte, et qui de- puis a t nomm acide mucique, parcequ'il se pro- duit galement par l'action de l'acide nitrique sur les gommes et mucilages. Quand on expose cet acide la chaleur, il se sublime une matire saline brune trs odorante, brlant avec flamme sur les charbons , et dissoluble dans l'eau et l'alcohol. Tromsdorf, qui a fait un examen particulier de cette matire sublime, crut y trouver de l'acide succinique, du pyrotartarique, de l'actique, et diverses autres substances ; mais M. Houtou-Labil- lardire, s'tant aperu, la lecture du travail de Tromsdorf, qu'il attribuoit son acide succinique des caractres fort diffrents de ceux que cet acide offre rellement, a cru devoir reprendre ces re- cherches. lia lu l'Acadmie un mmoire o il prouve que ce prtendu acide succinique est un acide nouveau, auquel il donne le nom de pjromuckjue. Quand on l'a dbarrass de l'huile et de l'acide actique qui s'y mlent, il cristallise aisment, est blanc, inodore, d'une saveur acide assez forte, fond i Ho degrs 1 1. l(\\ PHYSIQUE, CHIMIE, centiprades, se volatilise au-del de cette tempra- ture, n'attire point Ihumidit, se dissout dans l'eau bouillanteen plus ^orande abondance que dans l'eau iVoide; et en le rsolvant en ses parties consti- tuantes on en obtient environ neuf volumes de vapeur de carbone, trois d'hydrogne, et deux d'oxygne. M. Houtou-Labillardire dcrit avec soin les combinaisons de cet acide avec diverses bases salifiables, et tous les phnomnes qu'il rapporte viennent l'appui de l'assertion de ce jeune et habile chimiste. M. Ghevreul a fait de nouvelles et importantes additions ses recherches sur les corps gras, dont nous avons dj plusieurs fois entretenu nos lec- teurs. Aprs avoir reconnu que la matire du calcul biliaire, qu'il liomme cholesterine , ne forme point de savon avec les alcalis, ce qui la distingue essen- tiellement des graisses , il avoit cru s'apercevoir que le spermacti, auquel il a donn le nom de ctine, se rduisoit, par l'action des alcalis, en un acide analogue l'un des deux que ces mmes alcalis produisent dans les graisses, savoir celui qu'il a \)\wAv margarujiie , mais (|ue cet acide du sperma- cti avoit une capacit de saturation beaucoup moindre. Il avoit donc jug ncessaire de donner a cet acide un nom particulier, et l'a voit appel ctiquc. Des expriences plus suivies l'ont convaincu ET MTOROLOGIE. l65 que ce n'est autre chose que deFacice inaigarique, dont les proprits sont masques par un reste de substance grasse non acide. Mais de 1 huile de dau- phin traite par la mthode de M. Ghevreul, c'est- -dire convertie en savon par les alcalis, lui a rel- lement donn, outre les deux acides que four- nissent toutes les graisses , un acide d'une troisime sorte, qu'il nomme delpl unique ; ce que ne fait pas rhuile de poisson ordinaire du commerce. Il est remarquer que l'oxygne ne peut se d- montrer dans ces nouveaux acides ternaires tirs des graisses, et qu'ils sont l'gard des acides vg- taux ordinaires, tels que l'actique, l'oxalique, etc. , ce que sont, dans le rgne minral, les hydracides de M. Davy l'gard des acides minraux ancien- nement connus, le nitrique, le sulfurique, etc. La cochenille, cet insecte singulier qui par la matire colorante qu'il fournit est devenu un ar- ticle si important de commerce, n'avoit point t encore tudie par les chimistes avec l'attention dont elle est digne. MM. Pelletier et Gaventou en ont fait l'objet de leurs expriences : ils ont reconnu que la matire colorante si remarquable qui en fait la partie principale v est mle une matire ani- male particulire, une graisse semblable la graisse ordinaire et diffrents sels. Aprs avoir enlev la graisse par l'tlier et trait le rsidu jar 1(56 PHYSIQUE, CHIMIE. lalcohol bouillant, ils laissent refroidir ou lente- ment vaporer l'acohol , et obtiennent ainsi la ma- tire colorante, mle seulement encore d'un peu de graisse et de substance animale, qu'on en spare en dissolvant encore par lalcohol froid qui laisse la matire animale, et en mlant la dissolution de ftherqui en prcipite la matire colorante dans un {^rand tat de puret. Chacun sait qu elle est du plus beau rouj^^e, et les chimistes dont nous parlons lui donnent le nom de carmin. Elle se fond So*', se boursoufle ensuite, et se dcompose sans donner d'ammoniaque ; elle est trs soluble dans l'eau , peu dans l'acohol, et point dans Tther sans l'inter- mde de la graisse. Les acides la font passer succes- sivement du cramoisi au rouge vif et au jaune ; les alcalis au contraire, et en gnral tous les protoxydes, la font tourner au violet; l'alumine l'enlve leau. Ces expriences expliquent plusieurs des proc- ds de l'art du teinturier et de celui du fabricant de couleurs, et particulirement ce qui se passe dans la teinture en carlatc et dans la fabrication du carmin et de la laque. La laque n'est forme que de carmin et d'alu- mine; elle a la couleur naturelle de la carmin, qui est le cramoisi. Le carmin est un compos triple de matire animale, de carmin, et d'acide qui en rehausse la teinte ; c'est l'action de l'acide muriatique ET MTOROLOGIE. 167 qui convertit le cramoisi de la cochenille en belle couleur d'carlate. Les causes les plus apparentes des phnomnes atmosphriques, la densit de Tair, son humidit, sa chaleur, et son lectricit, sembleroient devoir principalement dpendre de Faction du soleil : mais l'irrp^ularit de leurs effets dans nos climats prouve assez qu'elles prouvent encore d'autres influences, et qu'elles se compliquent avec des causes encore inconnues ; et c'est ce qui fait que jusqu' nos jours la mtorologie semble tre de toutes les branches de la physique celle qui s'est le moins rapproche de ce degr de certitude qui pourroitla faire con- sidrer comme une science positive. M. de Humboldt fait remarquer que, si l'on peut esprer d'en jamais dterminer les lois, c'est en l'tudiant dans les climats o ces phnomnes of- frent le plus de simplicit et de rgularit ; et c'est incontestablement la zone torride qui doit ce titre fixer le choix de l'observateur. Dj c'est entre les tropiques qu'il a t possible de reconnotre les lois des petites variations ho raires du baromtre ; c'est dans la zone torride que la scheresse et les pluies , que la direction des vents dans chaque saison, sont soumis des rgies inva- riables. l68 PHYSIQUE, CHIMIE, M. de Huiiiboldt a port son attention sur le rapport Je la dclinaison du soleil avec le commen- cement des pluies dans la partie nord de la zone. A mesure que le soleil s'approche du parallle d'un lieu, les brises du nord y sont remplaces par des calmes ou des vents du sud-est. La transparence de l'air diminue ; l'ingale rfringence de ses couches fait scintiller les toiles 20*" au-dessus de l'horizon. Bientt les vapeurs s'amassent en nuages; l'lectri- cit positive ne se manifeste plus constamment dans le bas de l'atmosphre; le tonnerre se fait entendre; des ondes se succdent pendant le jour; le calme de la nuit n'est interrompu que par des vents im- ptueux du sud-est. M. de Humboldt explique ces faits par le plus ou moins d'ingalit qui se trouve entre cette partie de la zone torride et la zone tempre voisine. Lorsque le soleil est au midi de l'quateur, c'est l'hiver de l'hmisphre boral. L'air de la zone tempre est le plus diffrent qu'il soit possible de celui de la zone torride. Il s'y coule sans cesse en brise frache et uniforme qui reporte l'air chaud et humide dans le haut de l'atmosphre, d'o il re- tourne vers cette mme zone tempre, y rtablit ltjuilibre, y dpose l'humidit: aussi la chaleur moyenne est-elle toujours moindre de 5 6" dans le temps de scheresse que dans le temps des pluies; ET MTOROLOGIE. 169 mais les vents de sud-est n'agissent point comme ceux du nord, parcequ'ils viennentd un hmisphre beaucoup pkis aquatique, et sur lequel le courant d'air suprieur ne se disperse pas de la mme ma- nire que dans l'hmisphre boral. M. Moreau de Jonns a communiqu quelques dtails extraits de sa correspondance sur le coup de vent qui a caus tant de dgts aux Antilles le 2 i septembre dernier; il a t prcd d'un calme plat : le vent est pass par le nord au nord-ouest, et c'est de ce point qu'il a souffl avec violence. M. de Jonns remarque ce sujet que Tanne prcdente le coup de vent du 20 octobre venoit du sud-est, et qu'il existe entre ces deux points un espace de 90'^ au sud et au nord d'o il ne souffle jamais de cou- rant d'air. L'agitation de l'air a t suivie d'un ras de mare violent qui a entran des navires; mais on n'a observ aucun mouvement extraordinaire dans le baromtre. Une remarque assez triste c'est (jue l'effet communment attribu ces ouragans d'assainir l'air des pays qu'ils dvastent ne s'est pas vrifi dans cette occasion, et que la fivre jaune n'a pas cess d'exercer ses ravages. Le mme observateur a donn aussi une notice des tremblements de terre prouvs aux Antilles cette anne, et qui ont eu cela de remarquable (ju'ils ont affect une sorte de priodicit. Il y en a l-jO PHYSIQUE, CHIMIE, eu huit depuis le mois de dcembre jusqu'au mois de mai, uu chaque mois, except en avril, o il y en a eu deux, et tous entre neuf et onze heures du soir. ANNE 1819. Le sjour que M. Berzlius, savant chimiste su- dois, correspondant de notre Acadmie, et nou- vellement nomm secrtaire-perptuel de celle de Stockholm, a fait Paris pendant une partie de cette anne nous a valu une traduction Franoise de son intressant ouvrage sur la Thorie des propor- tions c/iimicpies et sur l'influence chimique de ['lectri- cit, ouvrage o il cherche fixer les ides sur les deux points fondamentaux de la doctrine chimi- r(ue; savoir, la disposition relative des particules lmentaires des corps, lorsqu'elles sont arrives une combinaison fixe, et la force impulsive qui les conduit cet tat, ou qui les contraint en chan- ger et se runir en combinaisons nouvelles, soit entre elles, soit avec des particules d'autres espces. L'auteur part des lois rcemment reconnues par les chimistes sur les proportions d'aprs lesquelles se font les combinaisons diverses des mmes sub- stances. Il toit si naturel de croire que l'identit dans les ([ualits chimiques de chaque substance compose ET METEOROLOGIE. l'y! tient l'identit crespce et de proportion des l- ments qui la eomposent que cette opinion avoit t adopte bien avant que l'on pt en donner des preuves rigoureuses. On fut mme long-temps sans chercher ses preuves, parceque Ton se contenloit de cet aperu vague et gnral. Cependant les expriences de Bergman sur la prcipitation des mtaux les uns par les autres, celles de Wenzel, et sur-tout celles de Richter sur la dcomposition mutuelle de diffrents sels par double affinit, commencrent donner de la pr- cision cette manire de concevoir la composition des corps ; elles prouvrent que certains oxydes que certains sels neutres, n'arrivent un tat fixe et caractris que par des proportions fixes de leurs parties constituantes; mais un peu plus tard la plupart des chimistes, exclusivement occups des discussions que la nouvelle thorie de la combus- tion avoit occasiones , ngligrent ce genre de re- cherches. M. Berthollet fut le premier parmi nous qui s'en occupa srieusement dans son clbre ouvrage de la Stalifjue chimique. Il reconnut bien le principe qui rsultoit des expriences de Wenzel et de Rich- ter, que les acides et les bases salifiables possdent, chacun dans son espce, des capacits constantes tie saturation , et que si une base, par exemple, sa- ip PHYSIQUE, CHIMIE, tLire deux fois plus d'un certain acide que ne Fait une autre base, elle saturera aussi deux fois plus de tout autre acide, et rciproquement. Mais M. Ber- tboilet ne pensa point que deux substances dussent toujours s'unir d'aprs des proportions fixes : Si ces proportions sont fixes dans certains cas, disoit-il, c'est ([u'il survient des circonstances qui interrom- pent Faction chiniif^ue, telles que la tendance se solidifier ou prendre la forme fjazeuse ; bors de l cette action continue combiner les corps, et rien n'empcbe qu'elle ne les tienne unis dans toutes les proportions imaginables. Il s'leva, ce sujet, une discussion anime entre ce savant cbimiste et un autre de nos confrres, M. Proust. Ce dernier soutint qu'il n'en est ainsi (jue pour les simples solutions, telles que celles d'un sel neutre dans l'eau , mais que les vraies com- binaisons entre deux mmes substances n'ont lieu ({ue dans des proportions fixes; cjue si le contraire semble ciuelquefois rsulter des analyses, l'illusion vient d'un mlange qui se fiit de l'excdant de l'un des lments avec la masse vritablement combine; mlange trs diffrent d'une combinaison propre- ment dite, et qui s'en laisse aisment distinguer. 11 alla mme jusqu' soutenir que clia([ue mtal ne pouvoit se combiner qu'en deux propoitions avec '^^'^Y^ne; proposition trop exclusive, et qui fut ET MTOROLOGIE. l']^ combattue, en mme temps que celle de M. Ber- thollet, par M. Thnard. Les ides de M. Dalton sur la manire dont les molcules peuvent se combiner ayant excit en Angleterre des recherches encore plus prcises, les belles expriences deM.Wollaston tablirent en quelque sorte d'une manire dfinitive, non seule- ment que les diverses combinaisons caractrises entre des substances donnes ont lieu dans des proportions fixes, mais que les quantits de l'une, qui peuvent s'unir successivement l'autre pour former ces combinaisons, se laissent exprimer par des nombres entiers et par des nombrs assez petits. Peu de temps aprs, M. Gay-Lussac prouva que tous les gaz se combinent en volume dans des rap- ports simples, et de telle manire, que leur con- traction apparente est aussi en rapport simple avec leur volume primitif. Si les volumes sont en rap- ports simples, il en est de mme des poids. D'une autre part, comme on peut gazifier plusieurs li- quides et plusieurs solides , et qu'on les gazifieroit tous en les exposant une chaleur assez forte , il est tout naturel de penser que les lois de composition s'appliquent aussi ces sortes de corps. Ainsi de la dcouverte de M. Gay-Lussac Ion pourroit conclure toute cette doctrine des proportions multiples. M. Berzlius , qui a beaucoup contribu par j-y/^ PHYSIQUE, CHIMIE, ses propres expriences , augmenter le nombre des faits sur lesquels repose maintenant cette doc- trine, a cherch, dans rouvra(3fe dont nous rendons compte, en conclure une thorie, ou , ce qui re- vient au mme, les reprsenter par une thorie; car dans ces matires les thories ne peuvent tre que la reprsentation des faits recueillis. Adoptant cet effet le lan(>a{^e de la philosophie corpusculaire.^ il suppose les substances homognes formes d'atomes ou de particules de matires , non pas, sans doute, absolument ou mtaphysique- ment indivisibles, mais sur lesquelles aucune force mcanique ne pourroit produire de division ult- rieure. Lorsque les forces chimiques sont galement impuissantes, l'atome est ce que M. Berzlius ap- pelle simple; ce qui veut dire que c'est non seule- ment une particule de matire inscable, intritu- rable, mais encore indcomposable pour nous dans toute l'tendue du mot. Des atomes chimique- ment simples, mais d'espces diverses, en se com- binant ensemble forment des atomes composs. Dans le rgne inorganique, le premier ordre de composition ne rsulte que de l'union d'atomes de deux espces; dans le rgne organique au contraire il y en a toujours au moins trois. Les atomes com- poss du premier ordre s'unissent a leur tour en ET MTOROLOGIE. 17.5 atomes composs du second, et ceux-ci en atonies du troisime et mme du quatrime; mais la ten- dance des atomes s'unir diminue mesure que leur composition augmente. Il lui faut mme pour continuer d'agir, pass un certain degr de compo- sition, des circonstances dont l'homme n'est pas le matre; et bien que la nature ait form autrefois et forme peut-tre encore dans les entrailles du globe des minraux d'une composition extrme- ment complique, et cependant chimiquement ho- mognes , nous ne sommes en tat de rien pro- duire deseml)lable dans les oprations rapides de nos laboratoires. On comprend que cette manire de se repr- senter les lments des corps, ces atomes divers, supposs d'ailleurs, chacun dans leur espce, de figures et de grandeurs semblables, se groupant deux deux, trois trois, en un mot, formant des runions dans lesquelles ils entrent en nombre d- termin par l'espace qu'ils peuvent occuper d'aprs leur figure, s'accorde assez bien avec la rgle des proportions multiples, et en donne mme une sorte d'explication gnrale ; mais on comprend aussi que la rgle des proportions multiples elle-mme, et par consquent la thorie qui s'y rapporte, dpend de la dtermination de Ta tome simple, laquelle ne peut avoir lieu sans quelque mlange d'hypothse. l-iG PHYSIQUE, CHIMIE, Eu effet on prend pour base de cette dtermination celle de toutes les combinaisons connues ou le- lment dont on veut dterminei' l'atome simple existe dans la moindre qualit relative ; et l'on trouve f>nralement alors que les quantits addi- tionnelles de cette substance qui produisent des composs fixes ont lieu d'aprs la rgie des multi- ples par nombres entiers. Dans quelques cas rares, o l'on rencontre des nombres fractionnaires, on est obli[], pour ne pas faire d'exception la rgle, d'admettre qu'il existe des combinaisons incon- nues, o la substance fractionnaire se trouve en quantit encore j)lus petite que dans aucune de celles qu'on connot. On tablit ainsi un atome hypothtique dont les diverses combinaisons rixes rentrent en effet alors dans les multiples par nom- bres entiers. Parmi les combinaisons que le gaz azote forme avec l'oxygne, par exemple, il y en a , telles que l'acide nitreux et l'acide nitrique, o il entre pour i '/^ et 2 'Z^; mais si l'azote toit un corps compos, qui contnt dj moiti de son volume d'oxigne, ces nombres fractionnaires se changeroient dans les nombres entiers ^ et 6. Or pour ce cas particulier on est bien autoris, beau- coup d'gards, admettre cette composition : car plusieurs autres expriences, et nommment celles par lesquelles on dcompose l'ammoniaque au ET MTOROLOGIE. I77 moyen de la pile galvanique, semblent annoncer que l'azote est, comme les alcalis fixes, un oxyde mtallique. Du moment o Ton est convenu de la combinai- son dans laquelle on doit trouver l'atome simple de chaque substance, et en admettant tfu'ils sont tous de mme volume, il est ais de dterminer la pesanteur relative des atomes de chaque espce, et mme celle des atomes composs. M. Berzlius en a dress une table, o il prend pour unit l'atome d'oxy^^ne, et dans le lan^^age de laquelle il ne lui est pas difficile de traduire toutes les analyses connues. Pres(|uc par -tout il trouve alors des confirmations de la i^\e des pro- portions multiples. Dans le reste de son livre M. Berzlius cherche se rendre compte des causes qui rapprochent les atomes ou qui les sparent, c est--dire qu'il essaie de remonter au principe mme de l'action chi- mique. Il n'est oersonne aujourd'hui qui ne sache que toute la chimie se laisse ramener aux affinits, dont la plus puissante, la j)lus importante, est celle qui produit la combustion. Chacun sait galement que la thorie de Lavoisier, qui domine depuis trente ans, attribue toute combustion une combinaison de l'oxygne avec les corps; et la chaleur qui s'y BtTFFON. COMPLM. T. II. 12 I-yS PHYSIQUE, CHIMIE, produit au (lp^a^yement du calorique latent qui maintenoit cet oxygne l'tat de gaz avant sa com- binaison : explication qui, pour tre parfaitement juste, exigeroit que le produit de la combinaison et perdu prcisment autant de calorique latent qu'il s'en seroit manifest sous forme libre. Or il s'en faut beaucoup (jue l'exprience soit conforme ce calcul. Dans plusieurs combustions la cbaleur qui se manifeste, et celle qui reste latente dans le produit de la combustion , forment ensemble une quantit trs suprieure celle que contenoient et l'oxy- gne et le corps brijl. Il arrive mme quelquefois, comme dans la combustion du gaz hydrogne, que le produit de la combustion , c'est--dire l'eau , con- tient lui seul presque le double du calorique la- tent que possd oient la -fois les deux gaz dont l'union la compose. Cette combustion , d'aprs l'ex- plication reue, auroit donc d produire du froid; et cependant chacun sait qu'elle dvelojq^e une immense (juantit de chaleur. M. Beizlius rapproche ces phnomnes d'une multitude d'autres dans lesquels une combinaison chimique quelconque produit une chaleur consi- drable, sans qu'il y ait fixation d'aucun gaz, ni aucun changement d'tat, ou aucune autre des causes que l'on reconnot aujourd'hui comme pro- ET Mli i OROLOGIE. l-Ji) prs mettre en libert quelques parties de calo- rique latent. La magnsie, par exemple, en s'u- nissant l'acide sulfurique concentr, s'chauffe souvent au rouge; l'union du soufre avec les mtaux produit du feu, aussi bien que celle des mtaux et que celle du soufre lui-mme avec l'oxygne. I^a thorie de Lavoisicr admettoit aussi l'oxyg- nation comme la cause gnrale de la production des acides; et ce sujet M. Berzlius rappelle, ce que beaucoup d'expriences prouvent maintenant, que l'oxygnation non seulement n'est pas ncessaire pour produire des acides, mais qu'avec un grand nombre de corps elle donne au lieu d'acides des bases salifiables; qu'avec un seul et mme corps elle peut donner, soit un acide, soit une base, selon la quantit d'oxygne qui se fixe. On ne peut donc se dispenser, selon lui, de re- chercher, soit pour la production de la chaleu* dans les expriences de chimie, soit pour Vacidite, des causes plus gnrales et d'un ordre plus lev que celles qui ne tiendrorent qu' la fixation de Toxygne; causes dans la dpendance des(juelles les combustions et les acidifications par l'oxygne retomberoient elles-mmes comme des cas particu- liers. C'est par la dcouverte de l'action chimique de l'lectricit, dcouverte laquelle M. Berzlius a 12. l8o PHYSIQUE, GHIiMIE, eu hii-ninie tant de part, qu'il croit avoir t con- duit reconnotre ces causes. La pile galvanique rsout, comme on sait, toute combinaison chi- nii(jue en ses lments, en repoussant Tun d'eux vers le ple positif, et lautre vers le ple oppos. T/oxygne, les acides, les corps qui agissent comme eux, vont se dgager vers le ple positif; c'est le ple ngatif (|ui les repousse : ils se comportent donc, au moment o ils se dgagent, comme s'ils toient lcctriss ngativement. M. Berzlius ap- pelle ces substances lectro-ngatives. C'est l'inverse pour riiydrogne, pour les alcalis, pour les bases salifi;d)les, que M. Berzlius nomme lectro-positives. Assez gnralement ces effets se marquent d'autant mieux dans chaque substance que ses affinits sont plus nergiques dans le sens de la classe laquelle elle appartient; et comme un mme oxyde peut jouer alternativement le rle d'acide ou d'alcali, selon les corps l'action desquels on l'expose, de mme une substance peut tre lectro-positive par rapport une autre, et lectro-ngative par rapport a une troisime. L'oxygne, dont les affinits sont si gnrales et si fortes, est aussi le corps dont la qualit lectro-chimique est le plus marque; et il se montre lectro -ngatif par rapport tous les autres corps. Pour expliquer cette disposition constante ET MTOROLOGIE. l8l prendre un caractre lectrique dtermin, M. Ber- zlius a recours un phnomne observ il y a quelque temps par M. Erman, et que l'on peut appeler une partialit lectrique. Il arrive quelque- fois que la polarisation de l'lectricit se fait d'une manire ingale, et que l'un des ples Temporte sur l'autre. C'est de cette supriorit d'un ple sur l'autre dans les molcules de cette unipolarit, comme la nomme M. Berzlius, que dpendroient et leurma- niie de se comporter par rapport la pile et leur tendance s'unir entre elles , c'est--dire leur action chimique. Ainsi la combinaison, ou en d'autres termes la neutralisation mutuelle des agents chimiques, ne seroit pas seulement analogue, ressemblante celle des deux lectricits : selon M. Berzlius , elle en se- roit un effet direct; la chaleur, l'ignition que la combinaison produit, seroient de mme nature que celles que produisent leclair ou la commotion lec- trique,, et ce qu'on appelle affinit chimique plus forte ne seroit qu'une intensit plus grande de po- larisation. Dans les corps oxygns le caractre lectro- chimique dpend d'ordinaire du radical, et non pas de l'oxygne; et voil pourquoi l'oxygnation ne produit pas ncessairement des acides ; voil 1(Sj physique, chimie, pourquoi mme avec certains radicaux, tels que ceux de la potasse et de la soude, le plus haut de- ^r d'oxy(}cnation narriveroit pas jusqu' Fiicidit; enfin voil pourquoi il existe des combinaisons trs intimes de substances qui se comportent rcipro- quement comme feroieut des acides et des bases, bien que ni Furie ni Tautre ne montre sparment les qualits ordinaires d'un acide. Il y a dans cette manire de voir quelque ressem- blance avec les ides que feu Wintcrl, chimiste hongrois, avoit mises en avant vers le commen- cement de ce sicle, dans ses Prolusiones c/iimi seculi XIX; mais Wintcrl ne s'appuyoit que d'exo- riences fiusses ou de spculations mtaphysiques vagues, et qui n'toient pas de nature lui concilier les suffrages des hommes accoutums aune marche rigoureuse dans les sciences. M. Bfi'zlws a tabi sur des principes dont nous ^mons de rendre compte une classification des corps chimiques, laquelle il a adapt en mme tem|)S une nomenclature [perfectionne. Ce travail ssez difficile pour les corps simples ne ietoit pas autant pour les corps composs. On sait que la nomenclature chimique Franoise, devenue aujourd'hui -peu-prs universelle, repr- sentoit la composition des corps telle qu'on la sup- posoit a Fj)oque o l'on en cra les dnominations. ET MTOROLOGIE. l83 Depuis lors les dcouvertes chimi(|ues ont apjDort cie grands chanf^ements aux ides reues. Des corps (|ue Ion croyoit simples se sont trouvs composs ; d'autres, dans lesquels on ne distinguoit entre les lments qu'une ou deux variations de proportions, que l'on dsignoit parla terminaison, ont offert des proportions nombreuses, toutes trs caractrises, trs fixes, dignes de porter des noms particuliers: ainsi les substantifs et les terminaisons adjectives ont di tre multiplis. 11 a fallu trouver pour les sels des dnominations qui indiquassent non seu- lement lespce de leur acide et de leur base, le degr d'oxygnation de l'un et de lautre, mais en- core leur proportion mutuelle. Des moyens sem- blables ont d tre imagins pour les combinaisons (les corps combustibles. M. Thomson avoit dj entrepris un semblable travail; M. Berzlius en pisente un nouvel essai (jui lui parot plus mthodique: il fait remarquer cependant (jue, lorsque le nombre respectif des atomes de chaque lment sera connu, on y trou- vera pour les composs un principe de nomencla- ture encore [)lus simple et plus rigoureux. M. Berzlius a fait une application plus impor- tante encore de ses principes la classification des minraux. r^a silice et diffrents oxydes une fois considrs l84 PHYSIQUE, CHIMIE, comme participant au rle des acides , toutes les combinaisons terreuses viennent comme d'elles- mmes se ranger dans la classe des sels; et, d'un autre ct, les lois des proportions multiples vien- nent donner une sorte de rgfulateur et de pierre de touche aux analyses minralogiques, en aidant distin(>uer les parties essentielles d'un minral des mlanges accidentels qui troublent sa puret. M. Berzlius divise les substances qui composent la masse du globe en celles qui sont formes, sui- vant la loi de la nature inorganique, de l'union de plusieurs composs binaires, et en celles qui se for- ment de composs ternaires , suivant la loi de la nature organique. Toutes les circonstances acces- soires semblent en effet prouver que les substances de cette dernire classe doivent leur origine la vie. , La liste des substances chimiquement simples comprend trois ordres: l'oxygne, les corps com- bustibles non mtalliques, au nombre de huit, et les mtaux actuellement au nombre de qua- rante-deux, y compris ceux des alcalis et ceux des terres. M. Berzlius range toutes ces substances d'aprs leur degr d'intensit lectro-ngative, en sorte que chacune d'elles est lectro-ngative par rapport celles qui sont au-dessous, et lectro-positive par ET MTOROLOGIE. l85 rapport celles qui sont au-dessus dans la liste. Elles deviennent les chefs d'autant de fniilles mi- nralogiques que Ton peut former, soit en prenant toutes les combinaisons dans lesquelles celle que l'on fait chef de famille joue le rle de base, c'est-- dire o elle est lectro-positive, ou celles dans les- quelles elle joue le rle d'acide ou lectro-no^atif. L'auteur a fait connotre sa mthode dans un se- cond ouvrage, qu'il a galement fait traduire en franois pendant son sjour Paris sous le titre de Nouveau systme de Minralogie; et il y donne, outre ses vues gnrales et son tableau mthodique, quel- ques chantillons de la manire dont il se propose de traiter chacune des familles. De pareils crits , quelque peu tendus qu'ils soient, prennent une grande importance lorsqu'ils ouvrent une carrire aussi nouvelle , et qui peut de- venir aussi fconde. C'est pourquoi nous avons cru de notre devoir d'en donner l'analyse avec quelque dtail, MM. Gay-lAissac et Welther viennent d'ajouter la liste des substances dues aux diverses com- binaisons que les lments peuvent produire, en suivant la rgle des proportions multiples. Ils ont dcouvert un acide form par l'union du soufre et de roxy(;ne , et cependant diffrent et de 186 PHYSIQUE, CHIMIE, lacicle sulfiiikjuc et de lacide sulfureux entre les- quels il est intermdiaire. Aussi ces chimistes le nomment-ils acide hypo-sulfiirique, et ses sels hjpo- sulf cites. Il se forme quand on fait passer du gaz acide sulfureux dans de l'eau qui tient en suspension du peroxyde de manganse. On obtient ainsi du sul- fate et de l'hypo-sulfate de manganse; on dcom- ])0se ces sels par la baryte, et l'on a de l'hypo-sul- fate de baryte, qui est un sel soluble, enfin on fait passer dans la solution de l'acide carbonique qui s'unit la baryte et se prcipite avec elle. Cet acide est inodore; le vide, la chaleur, le d- composent en acide sulfureux et en sulfurique ; ses sels, avec la baryte, la chaux, etc., sont solubles. La chaleur en dgage de l'acide sulfureux, et les convertit en sulfates neutres. Son analyse donne deux proportions de soufre, cinq d'oxygne, et une certaine portion d'eau qui parot essentielle son existence. Ainsi le soufre, avec une proportion d'oxygne, donne l'acide hypo-sulfureux; avec deux le sulfu- reux ; avec deux et demi l'hypo-sulfurique ; avec trois le sulfurique. Nous avons annonc , dans notre analyse de Tan- ne dernire, les ingnieux procds par lesquels M. Thnard est parvenu augmenter considra- ET MTOROLOGIE. IcSy blement la quantit d'oxyjjne que les acides et leau peuvent absorber. Les rsultats de cet habile chi- miste sont principalement intressants en ce qui concerne 1 oxygnation de Teau. En multipliant les prcautions et les oprations dlicates, il a fait ab- sorber ce liquide six cent seize fois son volume de gaz oxygne, et Fen saturer ainsi entirement. Ij'eau , dans cet tat, contient une quantit d'oxy- gne double de celle qui entre essentiellement dans sa composition. Elle est de prs de moiti plus dense que l'eau ordinaire; et quand on en verse dans celle- ci , bien rju'elle s'y dissolve aisment , on la voit d'a- bord couler au travers comme une sorte de sirop; elle attaque Tpidernie, le blanchit, el cause des pi- cotements; la peau mme seroit dtruite par un .;ontact p^olon^^ au got elle pj'diiix. une sensa- tion qui se rapproche de celle de l'mtique; cha(jue goutte jete sur l'oxyde d'argent sec prouve une violente explosion, avec dgagement de chaleur et de lumire; beaucoup d'autres oxydes, divers m- taux , lorsqu'ils sont trs diviss, produisent des effets analogues: il y a toujours alors dgagement dcfoxygne ajoutleau; et quelquefois une partie de cet oxygne se combine avec le mtal , lorsque celui-ci est aisment oxvdable. Plusieurs matires animales, entre autres la fibrine et le parenchyme ie (juciques viscres, possdent, couime les mtaux t88 physique, chimie, nobles, la facult de dgager l'oxygne de l'eau sans prouver d'altration , sur-tout quand l'eau oxig- ne est tendue d'eau ordinaire. Cette dernire observation n'appartient pas seu- lement la chimie ordinaire ; elle est d'une grande importance pour la physiologie, puisqu'on y voit des solides, tels qu'il en existe beaucoup dans les corps anims, agir sur un liquide par leur seul contact, et le transformer en des produits nou- veaux , sans en rien absorber, sans lui rien cder, sans prouver, en un mot, aucun changement dans leur propre nature. Un esprit exerc aperoit sur- le-champ toute l'analogie de ce phnomne avec ceux des scrtions, lesquels embrassent pour ainsi dire leconomie vivante tout entire. _ Nous avons parl, dans notre analyse de iSiy, de la nouvelle base salifiable ou alcaline dcou- verte dans l'opium par M. Sertiirner, et laquelle ce chimiste a donn le nom de morphine, parceque c'est par elle que l'opium exerce sa vertu sopori- fique. MM. Pelletier et Gaventou , jeunes chimistes qui se livrent avec un zle soutenu reconnotre ceux des principes immdiats des substances phar- maceutiques dans lesquels rsident leurs propri- ts mdicales , ont dcouvert cette anne deux ET MTOROLOGIE. 189 autres matires du mme genre, et qui doivent ga- lement tre places dans la liste des alcalis. La premire, qu'ils ont appele strychnine , a t trouve d'abord dans la fve de saint Ignace, fruit d'une espce du genre stryclinbs ; et nos chimistes l'ont reconnue ensuite clans la noix vomique, qui est une autre espce de ce genre, ainsi que dans le bois d'une troisime espce, nomme commun- ment bois de couleuvre. On l'obtient en traitant ces matires par l'alcoho bouillant, et en prcipitant parla potasse caustique, ou mme en laissant re- froidir l'alcobol aprs l'avoir tendu d'eau , et l'a- bandonnant lui-mme. Elle se montre sous forme de crislal en petites cailles. Elle est presf[ue inso- luble dans Teau froide, trs soluhle dans l'alcobol ; sa saveur est d'une amertume excessive ; elle ramne au bleu les sucs vgtaux rougis par les acides, et jouit de toutes les proprits gnrales des alcalis. Sa dcouDosition donne de l'oxygne, de l'hydro- gne, et du carbone; on n'a pu y dcouvrir d'azote. Dans les vgtaux dont nous parlons elle se trouve unie un acide particulier, comme la morphine Test dans l'opium. MM. Pelletier et Gaventou ont dcrit avec soin les sels neutres que la strychnine forme avec divers acides; mais ils se sont attachs sur-tout observer son action sur l'conomie animale. Cette action est igo PHYSIQUE, CHIMIE, de mme nnture que'celedela noix vomique, mais porte une intensit pouvantable: les plus petites quantits avales ou insres sous la peau tuent en peu de minutes , avec ttanos et convulsions. Ce sont les mmes effets que ceux du suc d'upas, autre strychnos clbre par Tiisage quen font les babi- tants de Java pour empoisonner leurs armes, et surle<{uel MM. L.escbenaud, Magendie^ etDelile, ont fait, en i8i i, des expriences que nous avons rapportes dans le temps. La seconde de ces substances, de nature alcaline, dcouverte par MM. Pelletier et Caventou , s'extrait de lanfiusture (briicea antidyssenlerica). L'action de ce vgtal ressemblant beaucoup celle de la noix vomique, nos jeunes chimistes y recbercboient la strychnine; mais la substance qu'ils en retirrent se trouva un peu diffrente. Elle se dissout beau- coup plus aisment dans l'eau ; sa saveur amre est mle d'cret; son nergie est moindre. Nos chi- mistes ont nomm ce nouvel alcali brucine; et les expriences qu'ils ont faites sur les sels neutres dans la composition des(|uels il entre ne sont pas moins exactes ni moins remarquables que celles qu'ils ont faites sur la strychnine. Nous regrettons de ne pouvoir les mettre en d- tail sous les veux de nos lecteurs ; mais nous ferons du moins remarquer combien ce nouveau genre ET METEOROLOGIE. I91 d'alcalis produits par la vgtation, et composs doxYgne, d'hydrogne, et de carbone, est une acquisition importante pour la chimie, mme sous le rapport de sa thorie gnrale. On voit par-l que la nature peut arriver des effets semblables par les moyrns' les plus opposs. La potasse, la soude, la baryte, peut-tre toutes les bases sali fiables minrales, sont des oxydes mtalliques; Tammo- niaqueest une combinaison d'hydrogne et d'azote; et voici maintenant des basessalifiablesoil n'entre ni azote ni mtal, mais seulement de l'hydrogne, du carbone, et de l'oxygne, les mmes lments qui entrent, sans doute en d'autres proportions, dans vingt autres genres de principes vgtaux qui n'ont nulle ressemblance avec les alcalis. Aux trois espces bien constates, la morphine, la strychnine, et la brucine, il faudra ajouter en- core le ^)rincij(;e extrait de la coc^ue eu Levant par M. BowUai, et eeui qui M. TatirfuefA avait a|>erit dans le bois-joli (^dap/ine mezereum) ; car on doit dire ici que M. Vauquelin est le premier qui ait eu quelque soupon d'une substance de cette nature, et que, s'il avoit un peu plus insist sur la pense qu'il conut alors, ce seroit encore son nom que se rattacheroit cette nouvelle classe de compo.ss. M. Ghevreul continue avec une constance inal- 192 PHYSIQUE, CHIMIE, trable ses longues recherches sur les corps gras. Cette anne il a examin le beurre de vache. En le tenant fondu une temprature de 60 de- grs, on en s[)are encore des portions analogues au petit-lait ; la partie suprieure, qui est d'une trans- parence parfaite, est le vrai beuri'e Ftat de pu- ret; il se coagule 32 degrs. L'alcohol en dissout un peu, et prend quelquefois alors un caractre acide. La saponification le change, comme la graisse de porc, mais dans des proportions un peu diff- rentes, en acide margarique, en acide olique, et en principe doux. Ce savon a de plus une odeur dsagrable et tenace qui lui est particulire, et dont on peut enlever le principe par des lavages. M. Gbevreul y a reconnu deux acides spciaux. De la nombreuse suite d'exprijences qu'il a re- cueillies M. Chevieul arrive dj une sorte de classification des divers corps gras.; h^s uns, comme la cholesterine, n prouvent point de changement par l'action des alcalis; d'autres, comme la ctine, n'en sont acidifis qu'en partie; d'autres, tels que la statine et l'lane, sont transforms en principe doux, en acide margarique, et en acide olique. Enfin il en est comme le beurre et fbuile de dau- phin, qui donnent en outre des acides volatils. On a observ plusieurs fois dans les Alpes de la ET MTOROLOGIE. ig3 iiei^e teinte criin ronge plus ou moins vif, et l'on a beaucoup vari sur les causes qui lui donnent cette couleur. Ce phnomne s'tant reproduit sur les ctes septentrionales de la Baie-de-Baffin, visite Tanne dernire par les Anglois sous les ordres du capitaine Ross, on a rapport en Europe une certaine quan- tit d eau provenant de cette neige. Elle toit teinte d'un rouge fonc: on y voyoit au microscope de petits globules de cette couleur ; et M. Decandolle , qui en a prsent un flaconrAcadmie, l'a soumise des expriences d'o il croit j)ouvoir conclure que sa couleur est due une matire animale. ANNE 1820 M. Moreau de .Tonnes, qui considre les Antilles sous tous les rapports, a occup cette anne l'Aca- dmie de plusieurs objets relatifs la mtorologie de ces les. En prenant un terme moyen de six ans, on trouve qu' la Martmique et la Guadeloupe le nombre des jours de pluie est de 280, dont 35 ou 4^ ^^ pluies excessives. Ce nombre est celui des jours de pluie qui ont lieu Paris comme 5 3. Si Ton faisoit entrer toutes les Antilles dans la com- paraison, leur nombre de jours de pluie seroit celui de Paris comme 7 4- T^a quantit moyenne BUFFON. COMPLM. T. II. l3 jq4 physique, chimie, (Feau la Guadeloupe et la Martinique est de 216 centimtres (80 pouces), distribue assez irr- gulirenieut entre les diverses r(;ions et entre les divers mois de Tanne. Il pleut davantage dans les parties leves, ce que M. de Jonns attribue moins l'lvation en elle-mme qu'au voisinage des forts. C'est sous le vent de leurs montagnes qu'il tombe le plus de pluie, parceque ces monta- gnes ne sont point assez leves pour intercepter les nuages. La Martinique a prouv le 16 octobre un trem- blement de terre plus remarquable par sa dure que par sa force, et qui est arriv au milieu d'un coup de vent violent. Il na point caus d'accident; mais l'on a pu s'assurer cette occasion que la fivre jaune ne vient point, comme on l'a dit assez souvent, de vapeurs qui s'exhalent lors des tremblements de terre. Sainte-Lucie, qui est spare de la Martinique par un canal trs profond et de sept lieues de lar- geur, a participe ce tremblement. En mme temps des pluies abondantes, qui avoient dur pendant les trois jours prcdents, ont produit de grands boulements , fait glisser le long des pentes des terrains entiers avec les cannes dont ils toient plants, et dtach d'normes blocs de basalte dont la chute a fait prir plusieurs individus. ET MTOROLOGIE. I95 Quoique le nombre des pierres tombes de lat- niosphre soit assez (^rpand, et que l'on ait constat ce pbnomne avec assez de soin pour en mettre hors de doute la ralit, les observations de dtail que ces pierres ont offertes ne suffisent point encore pour qu'on puisse assigner exactement toutes les circonstances qui accompagnent leur chute. M. Fleurieu de Rellevue , ayant eu occasion d'exa- miner celles qui tombrent au mois de juin 18 19 dans les environs de Jonzac, dpartement de la Charente-Infrieure, a prsent l'Acadmie un mmoire o , aprs les avoir dcrites avec beaucoup de dtails et rapport tout ce que Ion a observ au moment o elles ont paru , il cherche expliquer les faits intressants qu'il rapporte; ce qui le con- duit combattre quelques unes des ides thoriques des physiciens qui se sont le plus occups de cette matire. Le ciel toit serein et le soleil lev depuis deux heures lorsqu'on entendit plusieurs dtonations c[ui partoient d'un mtore lumineux de forme irrgulire, mais alonge, qui parcouroit rapide- ment une ligne droite du N. N. O. au S. S. E. , et qui paroissoit lev de 5o 60'' au-dessus de l'ho- rizon. Au mme instant une chute de pierres eut lieu dans un espace de plusieurs milliers de toises. L'une de ces pierres pesoit six livres, et toutes i3. jy6 PHYSIQUE, CHIMIE, avoieiit des formes plus ou moins angulaires. Leur pesanteur spcifique toit un peu moindre que celle des autres pierres mtoriques, et elles en diff- roient encore par l'absence de nikel, comme M. Lau- rier, qui en a fait l'analyse, l'a constat. Elles se composent d'une agrgation cristalline de deux substances, l'une gnralement d'un blanc mat et fort tendre, l'autre d'un gris verdtre, opaque, plus dure , et en moindre quantit que la premire, dans laquelle elle est assez uniformment dissmine. On n'y aperoit aucune parcelle de fer, et elles ne sont que trs peu attirables l'aimant. Leurs carac- tres sont donc les mmes que ceux de l'arolithe tombe Stannern en Moravie, et elles lui ressem- blent encore par la couche vitreuse et brillante dont elles sont revtues. Cette espce de vernis prsente mme des particularits importantes qni font natre quelques ides sur le mouvement dont ces pierres toient animes dans leur chute; ce sont des stries qui paroissent natre d'un point commun, s'tendre en divergeant, et s'arrter sur les bords d'une des plus larges faces, nomme par M. Fleurieii grande face ou face infrieure, o elles se runissent pour former une arte uniforme et saillante. On croiroit voir un liquide pais qui s'est dessch aprs avoir coul le long des pentes que les faces obliques de la pierre lui prsentoient, et aprs s'tre arrt o ces ET MTOROLOGIE. 197 faces s'arrtoient elles-mmes. C'est principalement sur ce fait que M. Fleurieu s'appuie pour tablir la direction du mouvement de ces pierres. 11 pense, i" que la crote qui les enveloppe n'a pu prendre sa disposition ([ue lorsqu'elles toient en mouve- ment; 2" que ce mouvement toit simple; 3*^ qu'il toit perpendiculaire la f;rande face. Examinant ensuite l'origine de ces pierres, il est conduit combattre l'ide de M. Chadni, qui sup- pose que les arolithes prouvent en parcourant notre atmosphre un degr plus ou moins grand de fusion ; celle de M. Lman , qui attribue les effets du feu que leur crote vitreuse dmontre la com- bustion des substances combustibles qu'ils con- tiennent; et celle de M. Isarn , qui suppose les arolithes produites par la condensation subite de certains gaz. Il pense que ces corps arrivent sur la terre dans toute leur intgrit; que le feu qui les accompagne rsulte de rinflammation de l'atmo- sphre dont ils sont environns ; qu'ils clatent par l'action ingale de ce feu ; que le nombre des d- tonations qui accompagnent ordinairement leur chute prouve qu'ils ne se divisent que successive- ment par l'effet de causes extrieures, et non point par une cause unique et centrale, et que chaque portion de l'arolithe, prouvant son tour l'effet du feu, se vitrifie sa surlace; d'o rsultent ces ,q8 physique, chimie, stries dont nous avons rapport l'explication plus haut. Nous avons entretenu plusieurs fois nos lecteurs des belles dcouvertes de M. Gay-Lussac sur Facide du bleu de Prusse et sur ses combinaisons. Ce sujet intressant est loin d'tre puis, et chaque jour il enrichit la chimie de vrits nouvelles. Un chimiste an-oflois, M. Porrett, adcouvertque le sel connu sous le nom de prussiate triple de potasse, (|ue l'on repfardoit comme compos d'acide prus- sique, d'oxyde de fer, et de potasse, est rellement une combinaison binaire forme de potasse et d'un acide particulier qui renferme les lments de l'a- cide prussique et de loxyde de fer; acide dont les affinits ner(j,iques enlvent le peroxyde de fer aux acides les plus puissants pour donner immdiate- ment le bleu de Prusse. M. Robiquet est parvenu par un procd nou- veau obtenir pur et l'tat solide cet acide, que M. Porrett n'a voit eu que dissous dans beaucoup d'eau : en effet l'acide hydrochlorique concentr dcompose le bleu de Prusse en retenant le fer, et laisse prcipiter l'acide de M. Porrett sous forme de poussire blanche, que Ion purifie encore par de nouveaux lavapes avec l'acide hydrochlorique. liCs expriences multiplies et ingnieuses aux^ ET MTOROLOGIE. IQO quelles M. Robiquet a soumis cet acide de M. Por- rett ont prouv qu'il ne contient pas d'oxygne, et que le fer y est par consquent l'tat mtallique ; l'auteur le considre comme form d'acide hydro- cyanique et de cyanure de fer, et c'est son union avec le peroxyde de fer qui est le bleu de Prusse. MM. Pelletier et Gaventou , continuant leurs re- cherches surfanalyse vgtale, ont fait une dcou- verte de la plus grande importance : c'est celle du principe fbrifuge du quin({uina, qui appartient cette nouvelle classe d'alcalis vgtaux composs d'oxygne, d'hydrogne, et de carbone, dont nous avons dj annonc cinq espces dans notre analyse de l'anne dernire. Ce principe avoit t aperu par M. Goms, chimiste portugais, qui cependant n'en avoit pas reconnu la nature alcaline; il se trouve dans la matire colorante du quinquina uni un acide qui le rend soluble. En lavant cette matire avec de l'eau lgrement alcalise qui s'em- pare de Tacide, on fait prcipiter le principe fbri- fuge, qui ne conserve plus qu'un peu de matire grasse, dont on le dlivre en le dissolvant dans l'a- cide hydrochlorique foible et en prcipitant par un alcali. On peut aussi traiter immdiatement la ma- tire colorante par l'acide hydrochlorique et prci- piter par la magnsie. T^es auteurs nomment ce 200 PHYSIQUE, CHIMIE, principe cinchonine. Il est blanc, cristallin, amer comme le quinquina sans en avoir la qualit astrin- pente, indissoluble dans Falcohol et dans leau, mais foiblcment dissoluble dans l'tber ; il forme des sels solubles avec la plupart des acides, si ce n'est avec legallique, l'oxalique, etle carbonique. La cincbonine existe dans le quinquina gris; le quinquina jaune contient un principe trs sem- blable, bien qu'avec de petites diffrences, et que les auteurs ont nomm quinine; enfin le quinquina rouge les contient tous deux dans une proportion considrable. On conoit aisment toute l'importance d'une semblable dcouverte, sur-tout pour la recberche d'un succdan de quinquina dans les vgtaux indignes; le mmoire de MM. Pelletier et Caventou offre d'ailleurs plusieurs autres rsultats intres- sants, sur-tout relativement deux matires colo- rantes rouges qui se trouvent dans le quinquina , et dont l'une estsoluble dans l'eau et l'autre insoluble. Les mmes chimistes ont examin divers vg- taux de la famille des colcliiques trs employs en mdecine, tels que le veratrwn album, le veratrum sabaditla, etle colchique vulgaire lui-mme.; et ils y ont trouv une septime substance alcaline com- pose, qu'ils ont appele vratrine. ET METEOROLOGIE. 20f Elle est blanche, acre, et petite dose produit des terniimerits et des vomissements violents. Elle fond la chaleur, et prend par le refroidisse- ment l'apparence de la cire. Sa dcomposition ne donne point d'azote ; elle a peu de facult satu- rante, et elle donne avec les acides des sels non cristallisables. Les plantes d'o on Ta tire fournissent d'ailleurs d'autres substances intressantes connotre, mais pour le dtail desquelles nous sommes obligs de renvoyer l'ouvrage mme, qui est imprim dans les Annales de Cliimie. M. Gay-Tjussac a donn communication d'un procd qui empche les toiles sinon de brler, du moins de jeter une grande flamme en brlant, ce qui peut avoir de grands avantages pour les dco- rations des thtres et arrter une infinit d'incen- dies. Il consiste les enduire de sels neutres trs fusibles, tels que le phosphate d'ammoniaque et le borate de soude. M. Goldsmith a fait connotre un procd par lequel on applique sur le verre des espces de den- drites mtalliques qui ne sont pas sans agrment. On place sur le verre quelques grains de limaille de fer et de cuivre, sur chacun desquels on verse 'lO'2 PHYSIQUE, CHIMIE, une (goutte de nitrate d'argent. L'argent se prcipite 1 tat mtallique ; en mme temps le fer et le cuivre s'oxydent, et on arran^je selon l'effet qu'on veut produire les ramifications de ces diffrentes ma- tires au moyen d'une petite tig^e de bois. Enfin on expose le verre au-dessus d'une bougie, qui en va- porant la liqueur noircit le dessous de la plaque, et relve ainsi l'clat des dendrites appliques la face oppose. ANNEE 1821. M. Moreau de Jonns, toujours occup de YHis- loire physique des Antilles, a prsent de grandes suites d'observations sur leur climat, et paticuli- rement sur leur temprature. Les variations jour- nalires en sont renfermes d'ordinaire dans une chelle de dix degrs, et leur terme moyen est de cinq. Les variations annuelles ne donnest pas plus de vingt degrs de diffrence; et la Martinique elles n'en donnent pas quinze. La plus grande cha- leur n'y surpasse point celle du milieu del Russie; du reste les causes des variations, soit rgulires, soit irrgulires, les poques de leur maximum et de leur minimum^ sont -peu-prs les mmes qu'ail- leurs; mais comme les causes irrgulires, telles que les vents, les mouvements des flots, les nuages, les pluies subites, ont une grande activit, les mu- ET MTOROLOGIE. 2o3 tations, quoique peu tendues, y sont frquentes et rapides; en sorte que leur action sur le corps vivant ne laisse pas que d'tre violente. L'auteur dcrit une partie de ses effets, et entre aussi dans de grands dtails sur les relations relatives aux dif- frentes hauteurs, ainsi que sur la temprature des caves, des puits, et des sources. Une bouteille vide jete la mer par les 5"" 1 2' de latitude sud, et parles 26 6o'de longitude, l'ouest de Paris, a t porte en dix mois par les courants entre la Martinique et Sainte-Lucie; ce qui fait con- clure M. Moreau de Jonns qu'il existe un grand courant qui vient du sud de la ligne, et qui pntre jusque dans la mer des Antilles, au travers de ces nombreux dtroits qui sparent les les du vent; et c'est ainsi qu'il conoit que des plantes propres l'Afrique se trouvent aussi dans les les, o leurs graines auront t portes par la mer. Les tremblements de terre ont aussi t tudis dans ces les par M. de Jonns. Us tiennent en gn- ral des causes d'une nature volcanique ; bien que souvent la terre tremble sans qu'il y ait d'ruption , chaque ruption est accompagne d'un tremble- ment. IjCur propagation a lieu quelquefois des distances immenses et de la manire la plus rapide. Celui qui renversa Lisbonne, en 1765, se fit sentir moins de huit heures aprs la Martinique et la 204 PHYSIQUE, CHIMIE, Barbade, qui en sont plus de onze cents lieues, par des mouvements subits des eaux de la mer; c'est une vitesse six fois plus (grande que celle du vent le plus violent. Mais d autres fois cette propa- gation se trouve restreinte par des circonstances inconnues , et le mouvement n'affecte qu'une le ou un petit nombre d'entre elles. Le dsastre de Ve- nezuela, en 1812, dans lequel cinq villes consid- rables furent dtruites, ne fut pas ressenti dans les les. Ces tremblements de terre des Antilles sont aussi dsastreux que ceux d'aucune autre contre, et plusieurs de ceux qu'elles ont prouvs ne l'ont cd qu'aux horribles catastrophes de Lisbonne et de Messine. Ils sont moiti moins communs la Martinique, dont les volcans sont depuis long- temps teints, qua la Guadeloupe, o les foyers souterrains conservent encore quelque activit. Ni les saisons, ni l'heure du jour, ni les phases de la lune, n'ont de rapports apprciables avec ces ter- ribles phnomnes, et le baromtre n'en est pas non plus affect. C'est le plus souvent dun oura- gan que le tremblement de terre est accompagn, et avec qui il s'unit pour le malheur des habitants ; mais une augmentation d'lectricit s'y manifeste aussi presque toujours, et ils sont gnralement annoncs par le mugissement des bestiaux, par l'inquitude des animaux domestiques, et dans les ET MTOROLOGIE. '20^ honimes par cette sorte de malaise qui, en Eu- rope, prcde les orages dans les personnes ner- veuses. Parmi les pierres tombes de l'atmosphre, de- puis le petit nombre d'annes que les physiciens s'occupent srieusement de ce phnomne, il n'en est point qui approche de celle qui est tombe dans le dpartement de l'Ardche, le i5 juin 1821. Le temps toit serein. Cette chute fut annonce par une dtonation qui dura vingt minutes, et qui fut entendue huit et dix lieues de distance, au point d'y faire croire qu'elle provenoit de quelque trem- blement de terre. T^a pierre s'toit enfonce cinq pieds dans le sol, et pesoit 92 kilogrammes (i841iv.); ct d'elle en toit une de mme nature, mais beaucoup plus petite , d un kilogramme et demi. Malheureusement les paysans qui recueilli- rent les morceaux brisrent le premier en plusieurs pices. Ils sont du reste semblables pour l'essentiel toutes les autres arolitbes. M. le prfet de l'Ar- dche et quelques amis des sciences ont envoy l'Acadmie des chantillons de ces pierres, qui ont t analyss et dposs au Cabinet du roi. Nous avons parl plusieurs fois , depuis sept ou huit ans, des tudes de M. Chevreul sur les corps 2o6 PHYSIQUE, CHIMIE, gras, et particulirement du beau rsultat de ses recherches sur la saponification ou sur la formation du savon; opration qui ne consiste pas seulement dans l'union de l'alcali avec la graisse ou avec deux de ses principes immdiats, la statine ou l'lane, mais o les lments primitifs de ces principes, pour pouvoir contracter cette union , se combinent entre eux d'une manire nouvelle, et forment des com- poss (jui n'existoient pas auparavant, savoir, un principe doux, et les acides que M. Ghevreul a nomms margarique et olique. L'auteur a fait, cette anne, un grand travail pour dterminer avec prcision les dtails de cette mtamorphose, et savoir dans quelle proportion les lments primitifs, l'oxygne, le carbone , l'hy- drogne, se trouvent avant et aprs l'opration, soit dans la graisse entire, soit dans ses principes im- mdiats. Il a employ pour cet effet les beaux pro- cds imagins par M. Gay-Lussac pour analyser radicalement les substances organiques, en les br- lant par le peroxyde de cuivre. Le soin avec lequel il indique toutes les prcau- tions que ces procds exigent donne l'ide la plus avantageuse de l'emploi qu'il en a fait. La graisse d'homme et celle de porc, prises en masse, donnent -peu-prs les mmes proportions d'oxygne , de carbone, et d'hydrogne ; mais celle ET MTOROLOGIE. 207 de mouton a moins d'oxygne. Dans toutes les trois Je carbone est lliydrogne -peu-prs coninie dix dix-luit en volume; ce qui approche de leur rap- port dans l'hydrogne jiercarbur. L'analyse particulire des deux principes imm- diats , la statine et l'lane, donne encore -peu-prs le mme rapport pour la premire, mais il est plus foible dans la seconde. La somme des poids de la graisse saponifie et du principe doux, qui sont le rsultat de la saponi- fication, est plus forte que le poids de la graisse em- ploye; ce qui prouve que dans l'opration il s'est fix de l'eau. Il y a moiti plus d'oxygne dans l'acide marga- rique de l'homme et du porc que dans celui du mouton; en sorte que M. Ghevreul propose d'ap- peler ce dernier acide margareux. Les acides oli- ques de ces espces ont plus d'oxygne que leurs acides margariques respectifs; et leur composition pourroit tre reprsente par l'hydrogne percar- bur , plus l'oxyde de carbone. De ces analyses comparatives il rsulte que , dans l'action des alcalis sur les graisses, la plus grande partie du carbone et de l'hydrogne, en proportion trs rapproche de celle o ils sont dans l'hydrogne percarbur, retient une portion d'oxygne pour constituer les acides margarique et olique, tandis '2o8 PHYSIQUE, CHIMIE, ne, et de l'azote. Mais il restoit savoir comment ces lments y sont combins entre eux ; si 1 ammoniaque et l'eau y sont toutes formes; si le mtal y est l'tat d'oxyde , et de quel oxyde , etc. De nouvelles expriences faites cette anne par fauteur et par M. Gay-Lussac nous ont appris que cet acide , qu'on avoit d'abord nomm fulmi- nique, lorsqu'on le dbarrasse du reste de mtal qu'il contient, est de l'acide cyanique, c'est--dire une combinaison de l'oxygne avec cette combi- naison d'azote et de carbone qui a t nomme cya- nogne. M. Dbereimer, professeur Jna, est Fauteur d'une observation bien curieuse sur la proprit dont jouit le platine prcipit de sa solution nitro- muriatique (ce qui lui donne une forme et une consistance spongieuse), sur la proprit qu'il a, disons-nous, lorsqu'on fait passer sur lui un m- lange d'oxygne et d'iiydrogne , d'oprer la com- binaison de ces deux gaz et de produire une cha- leur qui le porte lui-mme au rouge. MM. Thnard et Dulong ont rpt et vrifi ces expriences, ls ont reconnu de plus que le palladium et le rhodium jouissent de cette proprit comme le platine la temprature ordinaire ; que l'iridium s'chauffe for- ET MTOROLOGIE. 225 tement cette mme temprature ; que losmium rougit, mais seulement quand on Ta un peu chauffe d'avance; enfin que pour donner au nickel et au cobalt la proprit de produire la combinaison i faut les chauffer 3oo degrs; ils ont de mme re- connu que, dans cet tat, le platine, la temp- rature ordinaire, dcompose le protoxyde d'azote. M. Chevreul, qui par sa dcouverte des acides qui se produisent lors de la saponification a fait faire de si grands pas la thorie de cette opration et ouvert un nouveau champ Ictiule des substan- ces organiques , a continu ses recherches et dter- min les caractres de plusieurs de ces acides, qui varient selon les diverses graisses avec lesquelles la saponification se fait, et qui sont les principes des odeurs des savons forms avec ces graisses et d'une partie de ces graisses elles-mmes, l^e beurre en fournit deux, le butirique et le capriciue ; la graisse de dauphin un, le phocniqiie ; et la graisse de mou- ton un autre , le /acique. Us sont tous incolores , plus lgers que Feau , mais de moins d'un dixime , diversement odorants , et donnent une saveur br- lante. Le caprique se solidifie i 5 degrs au-dessus de o ; les autres sont encore liquides 9. Us varient davantage par leurs capacits de saturation et les proprits de leurs sels. BUFFON. COMPLM. T. II. l5 220 PHYSIQUE, CHlMlE, TiC nombre des alcalis ou bases salifiables orga- niques et composes de plusieurs principes com- bustibles ou gazeux augmente rapidement, sur-tout depuis les rechercbes de MM. Pelletier etCaventou ; et les proprits remarquables dont ces substances sont doues rendoient intressant de connotre les compositions distinctives de cbacune d'elles. MM. Pelletier et Dumas leur ont appliqu la m- thode d'analyse imagine par M. Gay-Lussac , qui consiste en brler une quantit dtermine avec une quantit, galement dtermine, d'oxyde de cuivre, et recueillir les produits. Par les propor- tions de leurs lments ces substances ressemblent beaucoup aux rsines; elles ont un peu d'azote de plus; on doute mme qu'il y en ait dans la morphine; la cafine seule en contient jusqu' un cinquime, et plus, de son poids. La plupart ont une capacit de saturation (une alcalinit) - peu-prs propor- tionnelle leur quantit d'azote ; mais la mor- phine en a plus que n'indiqueroit l'excessivement petite quantit de ce principe qu'elle parot con- tenir. Ces expriences, faites avec toutes les prcautions qui pouvoient en rendre les rsultats rigoureux et prcis, conduisent des vues importantes , et qui intressent toute la chimie organique non moins que la matire mdicale. ET MTOROLOGIE. 227 Une espce particulire et trs rare de calcul de la vessie , dcouverte par M. Wollaston , et nomme par lui oxyde uriqiie, s'est retrouve pour la premire fois en France, dans le calcul d'un chien. M. Las- saij^ne , prparateur de chimie lcole vtrinaire, en a donn la description et les proprits caract- ristiques. Il l'a trouve compose de 36 parties d carbone, 34 d'azote, 17 d'oxygne, et 12 d'hydro- (j^ene. Le dahlia, grande et belle plante dont nos par- terres ont t rcemment enrichis, a des racines tubreuses comme le topinambour, qui est de la mme famille qu'elle. M. Payen a cherch si ces bulbes ne contiendroient pas aussi un principe ali- mentaire de bonne qualit, et pour cet effet il en a fait l'analyse. Il en a retir un sucre incristallisable ; un arme ressemblant celui de la vanille; une huile volatile; une huile Hxe; plusieurs sels base de chaux; et une substance nouvelle qu'il a nomme dahline, et dont les bulbes de dahlia contiennent un dixime de leur poids : elle a de l'analo^o^ie avec l'amidon et la glatine, mais elle en diffre sur-tout par la proprit de se prcipiter en niasse grenue, lorsque l'eau qui la tient en dissolution est vapore jusqu' former une pellicule. Sa pesanteur spci- fique est de 1 3 56 ; l'acide sulfurique la convertit en i5. 3:^.8 PHYSIQUE, CHIMIE, sucre incristallisable, plus sapide que celui qui pro- vient de l'amidon. ANNEE 1824. A la suite de la gele qui fit prir tant d oliviers dans rhiver de 1 82 i 1 822 , le ministre de l'int- rieur, dsirant connoitre si le climat de la France ou de quelques unes de ses parties avoit subi des changements, et les causes auxquelles ils pou voient tre dus, demanda aux prfets des mmoires sur l'tendue des dfrichements qui ont eu lieu dans les forts depuis 18 19, et sur l'influence que l'opi- nion de leurs dpartements attribue au dboise- ment des montagnes relativement la temprature, la diminution des eaux, la force et la frquence des vents. On a obtenu successivement des rponses de cinquante-six de ces magistrats; et, comme on pou- voit s'v attendre, les questions y sont traites sous des points de vue fort divers, et les rsultats n'en sont pas toujours bien concluants. Cependant il parot certain, par des documents crits, par le souvenir des vieillards, que dans des lieux o l'on cultivoit autrefois l'olivier, la vigne, le chtaignier, et d'autres vgtaux sensibles la gele, cette cul- ture ne s'est pas maintenue ou est mme devenue impossible. ET MTOROLOGIE. 229 Des dfrichements n'ont pas t aussi gnraux cju'on s'est plu le rpandre. Dans trente-quatre dpartements qui possdoient ensemble 3,439,943 hectares de bois , il n'en a t arrach que 204,092 ; mais ce n'est pas d'aprs l'tendue seule, mais par la nature des bois supprims que les effets de ces dfrichements doivent tre jugs: les forts d'arbres rsineux, les plus importantes comme abris, ont diminu plus gnralement; les futaies de chnes, de htres, de nos montagnes de second ordre, ont presque toutes t transformes en tailHs , et il fau- droit des lois svres et excutes pendant un sich? pour que les grands arbres propres aux construc- tions civileset navales redevinssent aussi abondants qu'ils l'toient en 1789. Ce n'est au reste que dans quatorze dpartements que l'on a pens que le dboisement des montagnes a caus le refroidissement de l'air ou du sol; l'opi- nion contraire a t exprime dans trente-neuf. On a reconnu dans trente -deux que les hivers sont moins froids et plus longs, et les ts plus courts et moins chauds qu'il y a soixante ans ; dans vingt-un autres on ne regarde pas ce fait comme constant. Dans vingt-sept dpartements on est persuad que les vents sont devenus plus violents, et dans vingt- six on soutient h; contraire. La dnudation des montagnes a'estmiseen doute 23o PHYSIQUE, CHIMIE, dans aucune des rponses, et il y a aussi beaucoup d'accord sur ses consquences actuelles et futures. L une des plus gnralement reconnues est la dimi- nution des sources, parceque l'eau des pluies, au lieu de s'infiltrer dans le sol avec lenteur, s'coule rapidement, et entrane les terres que les bois et les herbes ne retiennent plus ; toutefois , sur ce point mme, il s'en faut beaucoup que les rapports soient unanimes. Il n'y a que vingt-huit dparte- ments o l'on affirme la diminution des eaux per- manentes, et que vingt-cinq o louait reconnu que les inondations sont plus frquentes qu'en 1789. Nous ne parlerons pas des autres articles de m- torologie, tels que la neige, la grle, etc., sur les- quels les rponses ont t encore plus vagues et plus contradictoires. Les donnes fournies par ce pre- mier travail ne peuvent tre considres que comme un essai encore assez imparfait; et pour arriver quelque chose de plus positif, il seroit ncessaire de poser des questions plus prcises et de tracer avec plus de rigueur la mthode suivre pour les rsoudre. Nanmoins les mmoires fournis l'Acadmie contiennent des renseignements prcieux sur la statistique de plusieurs parties de la France, et sous ce rapport au moins leur utilit ne peut tre mconnue. ET MTOROLOGIE. 23 I M. Moreau de Jonns , qui a soin d'entretenir l'Acadmie de tous les phnomnes remarquables qui se manifestent aux Antilles, lui a fait part de deux tremblements de terre arrivs dans ces les, et qui ont t assez forts pour exciter lelfroi parmi la population. Le premier a eu lieu le 1 1 novembre , cinq heures quarante-cinq minutes du matin. Le deuxime s'est fait sentir la Martinique le i3 dcembre suivant, une heure du matin. Chacun de ces tremblements a consist en deux secousses ; celles du premier ont t les plus fortes et les plus prolonores. Il n'est personiie un peu au fait des travaux des chimistes qui ne connoisse les grandes discussions auxquelles ils se sont livrs dans ces derniers temps sur les causes et le mode prcis des combinaisons, et particulirement sur la question de savoir si elles se font en toutes proportions et pour ainsi dire en toutes nuances, ou si elles n'ont lieu que dans cer- taines proportions fixes qui puissent s'exprimer par des nombres entiers et assez petits. Cette dernire opinion semble prvaloir aujour- d'hui, malgr la longue opposition que lui a mon- tre ce grand chimiste feu M. Berthollet; cependant lopinion contraire a encore des dfenseurs, et 332 PHYSIQUE, CHIMIE, M. Longchamp a essay de lappuyer par de nou- veaux arguments. Il les cherche dans l'analyse de l'acide phospho- riqueetdesessels, genres de substances qui offrent de grandes difficults, puisque deux chimistes aussi clbres que MM. Davy et Berzlius sont arrivs leur sujet des rsultats trs diffrents. Il a d'abord acidifi le phosphore par l'acide ni- trique, et satur l'acide phosphorique parla chaux caustique. L'augmentation de poids de cette der- nire substance lui faitconnotre la quantit d'acide phosphorique correspondante au phosphore em- ploy, et par consquent la quantit d'oxygne qui entre dans l'acide phosphorique; mais ce procd donne des rsultats iovt discordants. Les carts sont moins considrables quand on emploie l'oxyde de cuivre au lieu de la chaux. Quant aux phosphates, l'auteur commence par dterminer la quantit d'acidequecontient le phos- phate d'ammoniaque cristallis en le calcinant avec un excs de carbonate de chaux; calculant ensuite les proportions des phosphates qui se forment quand on calcine avec celui d'ammoniaque les dif- frents selsbase de baryte, de soude, ou de chaux, il en dduit la quantit d'acide phosphorique que prennent les divers alcalis, et il arrive pour chaque base a des propoitions trs variables et peu d'accord KT MTOROLOGIE. 233 avec la thorie des combinaisons fixes et propor- tions simples. La mme conclusion se dduit selon lui des oprations dans lesquelles on dcompose les sels solubles de chaux et de baryte par le phos- phate de soude cristallis; mais les commissaires de l'Acadmie ont fait observer que dans ces sels liqufis par la chaleur il manque la circonstance la plus essentielle pour produire des proportions fixes, la cristallisation: le terme o s'arrte la d- composition varieroit probablement encore avec la temprature. Nous avons parl dans le temps des belles dcou- vertes de l'iode et du cyanogne, deux substances dont l'une est jusqu' prsent indcomposable- et se distingue minemment par la couleur violette de sa vapeur, et dont l'autre, forme d'une combi- naison de carbone et d'azote, donne, en s'unissant l'hydrogne , le principe colorant du bleu de Prusse. Ces substances peuvent s'unir quand on les prsente Tune l'autre l'tat de gaz naissant, ce qui arrive quand on chauffe un mlange de deux parties de cyanure de mercure et d'une partie d'iode; il se produit alors du prot-iodure de mer- cure et du cyanure d'iode. Cette dernire combi- naison, qui est trs volatile, s'lve sous la forme d'une fume paisse, et se condense en aiguiile? 234 PHYSIQUE, CHIMIE, extrmement lg^res. Elle a une odeur trs pi- quante, une saveur des plus caustiques, mais ne participe en rien des caractres des acides ni des alcalis. Elle se dissout dans l'eau et dans l'alcohol , , mais n'prouve aucune action du chlore ni de l'a- cide sulfureux quand ils sont l'tat sec : au con- traire Facide sulfureux liquide et les alcalis latta- quent, et il en rsulte divers composs. M. SeruUas, qui a le premier produit et tudi cette combinaison remarquable, n'a pu encore en dterminer les proportions que d'une manire ap- proximative; il y trouve 82,8 sur 102 d'iode, et 17,2 de cyanogne. Les accusations d'empoisonnement dont les tri- bunaux ont retenti l'anne dernire ont tourn les efforts de plusieurs chimistes vers la recherche des marques auxquelles on peut reconnotre dans les intestins la prsence de quelques uns des poisons nouvellement dcouverts. Si malheureusement les progrs des sciences fournissent quelquefois au crime des instruments nouveaux, ils donnent en gnral aussi les moyens d'en prvenir les effets, ou du moins ceux d'en apprcier les causes et d'assurer la punition des auteurs. C'est avec l'intention de remplir cette espce de devoir impos en quelque sorte aux chimistes par ET MTOROLOGIE. 235 leurs propres dcouvertes que M. Lassaignea cher- ch saisir clans une masse alimentaire les moindres traces de morphine ou d'acide hydrocyanique. Pour la morphine, il traite les matires qui la contiennent par lalcohol : aprs que Talcohol a dissous ce qu'il peut dissoudre, il Tvapore, et traite le rsidu par l'eau pure; il laisse vaporer cette eau spontanment, et si elle recle de l'actate de morphine cette substance dltre se cristallise en prismes diverfi^ents, que l'on reconnotleur saveur amre, leur dcomposition par l'ammoniaque, au dgagement d'acide actique qu'y produit l'acide sulfurique, enfin la couleur rouge orange qu'y fait natre le contact de l'acide nitrique. Quand c'est dans un corps solideque Ton soup- ;onne la prsence du poison , il faut le Faire bouillir dans l'eau et oprer sur la dcoction comme il vient d'tre dit. Si la matire toit alcaline, il faudroit ajouter leau et lalcohol une petite quantit d'acide ac- tique pour rtablir l'actate de morphine qui auroit pu tre dcompose. ' M. Lassaigne a retrouv par ce procd cette substance vnneuse dans les vomissements, dans l'estomac, et dans les intestins d'animaux morts aprs en avoir pris seulement i 2 et 18 grains. Les matires vomies en contiennent mme des quan- 236 PHYSIQUE, CHIMIE, tits considrables, mais il ne i^aroit point qu'il en passe dans lesanf> , et mme on n'en a plus retrouv de traces dans celui des chiens et des chevaux , dans les veines desquels on en a voit inject , et qui avoient survcu l'opration ; en sorte que dans les cas o l'animal rsiste l'action du poison la morphine se dcompose ou est expulse de quelque manire. Pour mettre encore plus de prcision dans ses procds, et craignant que quelque matire animale dont on nauroit pu entirement dbarrasser la morphine ne contribut la couleur orange qu'y produit Facide nitrique, il est parvenu supprimer cette cause d'incertitude en versant dans la solution aqueuse de l'extrait acoholique de sous-actate de plomb, qui prcipite les matires animales, mais non l'actate de morphine. M. Dublanc, pharmacien Paris, a trouve un procd trs utile pour reconnotre les plus foibles traces de morphine quand c'est dans de l'eau pure que cet alcali ou quelqu'un de ses sels est en disso- lution, mais qui n'a pas le mme avantage lorsqu'elle est mle des matires animales comme elle l'est toujours dans les intestins. Ce moyen est fond sur l'indiss'olubilit de la combinaison que la morphine forme avec le tannin. Une dissolution d'actate de niorphme, ([ui en contient seulement un quinze- ET MTOROLOGIE. 2?>^ millime, est sensiblement trouble par l'infusion alcoholique de noix de galle sature froid. L'au- teur croyoit pouvoir distinguer les tanntes de morphine de ceux des matires animales, parceque les premiers seroient plus solubles dans Talcohol; mais l'exprience cette proprit ne s'est pas trou- ve leur tre aussi exclusivement propre qu'il le croyoit, en sorte que son moyen pourroit conduire des erreurs funestes pour des accuss innocents. L'acide hydro-cyauique ou prussique, dltre si petite dose, et que des sclrats savoient em- ployer bien long^temps avant (jue les chimistes en eussent constat la nature, toit plus difficile re- connotre que la morphine. Cependant M. Las- saigne est parvenu aussi en saisir de bien foibles traces. Cet acide a la proprit, lorsqu'on verse du per- sulfate de fer dans sa dissolution sature de potasse, de produire une belle couleur bleue, qui, lorsque la proportion de l'acide hydrocyanique est trs foible, ne se montre qu'aprs quelques heures ; ce qui donneroit dj la possibilit de le dcouvrir dans un liquide o il n'y en auroit qu'un dix-mil- lime : mais une autre de ses proprits permet d'arriver encore une prcision double, et d'en saisir jusqu' un vingt-millime. C'est celle que lui a dcouverte M. Vauquelin de former avec le deu- i 2^8 PHYSIQUE, CHIMIE, toxyde de cuivre hydrat un compos jauntre qui devient blanc par l'addition de l'eau chaude, et qui est parfaitement insoluble dans ce liquide. Pour appliquer cette proprit la solution du problme, on alcahse lgrement par la potasse le liquide qu'on prouve; on y verse quelques (^fouttes de sulfate de cuivre, et ensuite assez d acide hydro- chlorique ( muriatique ) pour redissoudre l'excs d'oxyde de cuivre prcipit par lalcah. Si le liquide contient de l'acide hydrocyanique, il prend un as- pect laiteux qui disparot souvent au bout de quel- ques heures. - 'Ainsi les signes de poison que donne le sulfate de fer disparoissent avec le temps, et le temps d- veloppe ceux que fournit le sulfate de cuivre; en consquence il sera toujours avantageux d'employer comparativement les deux mthodes. M. Lassaigne , par leur moyen , a retrouv l'acide dans les intestins d'animaux qui en toient morts depuis dix-huit et mme quarante-huit heures; mais les autres organes, le cerveau, la moelle pi- nire, le cur, malgr l'odeur qu'ils rpandoient , n'en offroient aucune trace. On sait en effet que les corps empoisonns par l'acide hydrocyanique, sur-tout leur cerveau et leur moelle pinire, rpandent une odeur d'amandes amres, et que cette odeur peut mettre sur la voie ET MTOROLOGIE. 239 de ce genre d'empoisonnement. Mais ce premier indice ne suffit point, car M. Itard a observ que dans certaines maladies inflammatoires il se dve- loppe une odeur semblable. i s'agira d'examiner si. dans ces circonstances, c'est de l'acide hydrocyanique qui se produit par l'eFfet mme de la maladie; alors les moyens d'en reconnotre la prsence, loin de servir la justice, nepourroientque l'garer en lui signalant le crime lorsque la nature seule auroit agi. Quand on traite par l'acide nitrique ou par l'ai- cobol les substances organiques o il entre de l'a- zote, ou mme quand on les laisse dans la terre humide ou sous leau, on en obtient une matire grasse, et c'est une question assez importante de savoir si cette matire y prexistoit, ou si elle est produite par les oprations auxquelles on les sou- met. M. Chevreul, que son grand travail sur les ma- tires grasses, en gnral, conduisoit naturellement dsirer une solution de cette question, a fait de nombreuses expriences dans l'espoir de se la pro- curer. En soumettant des parties gales dtendons d'un animal l'action de l'alcohol, celle de l'acide nitrique, ou celle de l'acide hydrochlorique, il en a obtenu des quantits gales d'une graisse semblable 24o PHYSIQUE, CHIMIE, celle de laiiimal auquel les tendons avoient ap- partenu ; en les exposant sous Feau pendant un an on en retire del'adipocire forme d'acide margarique etolique, en quantit correspondante la propor- tion de graisse que fournissent lalcohol et les acides ; enfin en les dissolvant par la potasse , la liqueur d- pose des submarga rates de potasse, comme si l'on y avoit dissous de la f]^raisse. Le tissu jaune lastique qui forme certains li- gaments a offert les mmes phnomnes , si ce n'est que la proportion de la graisse y est plus abondante. La fibrine du sang donne aussi une matire grasse, mais d'une autre nature, formant avec de leau une sorte d'mulsion, et, ce qui est trs re- marquable, prsentant les mmes caractres, les mmes proprits que celle qu'on extrait du cer- veau et des nerfs. De ces expriences M. Ghevreul conclut que les matires grasses font partie constituante des sub- stances d'o on les extrait. Les enfants nouveau-ns sont sujets une mala- die presque toujours fatale ceux qu'elle atteint, et qui consiste en une induration et une coloration en jaune de la peau. Lorsqu'on incise la peau des enfants morts de cette maladie, il s'en coule un ET MTOROLOGIE. 2 j I liquide que M. Chevreul a trouv form d'albu- mine, d'un principe colorant orang, et d'un autre principe colorant vert; et examinant le srum de leur sang, il y a reconnu une composition chimi- que semblable. L'un et l'autre de ces liquides , aban- donn lui-mme, se prend en partie en une gele membraneuse, et les principes colorants demeu- rent dans les portions qui restent liquides. C'est cette disposition du srum du sang se coaguler que M. Gbevreul attribue la cause directe de la ma- ladie. M. Payen , qui avoit prsent Tanne dernire l'Acadmie une analyse des racines de dahlia, s'est occup plus rcemment de celle du topinambour. Il y a trouv une huile analogue celle de l'arti- chaut, et qui contribue la ressemblance de la sa- veur de ces deux vgtaux ; elle ressemble encore plus celle de l'orge, et se compose de deux prin- cipes gras, dont l'un forme un savon soluble avec la ])0tasse, et l'autre un savon presque insoluble. Ces tubercules contiennent de plus une huile vola- tile ; le principe nomm dahline , qui se dissout dans l'eau bouillante et se prcipite par le refroidissement eu une matire grenue qui forme avec les acides sulfurique et phosphorique un sirop trs sucr ; la fangine\f sorte de substance ligneuse signale dans BUFFON. COMPLM. T. II. l6 2/12 PHYSIQUE, CHIMIE, les champignons par M. Biaconnot; une matire j^latineuse; un sucre cristallisnble, mais qui fer- mente aisment et founit de Teau-de-vie analogue celle de grain ; enfin l'acide gallique, auquel pro- bablement le topinambour doit, comme l'artichaut, la proprit de bleuir Tair quand il est cuit. Selon M. Payen, la quantit de matire sucre feroit le cinquime du tubercule , bien que la saveur en soit moins douce que celle de la betterave ou de la canne. Si cette assertion se vrifie , le topinambour seroit le vgtal qui donneroit le plus d eau-de-vie, proprit de nature attirer l'attention des cultiva- teurs, d'autant que sa tige a aussi l'avantage de don- ner beaucoup de potasse, et que sa feuille nourrit bien les moutons. On emploie avec avantage le charbon pour d- colorer les sirops et autres solutions que l'on veut rendre plus limpides; et les substances charbon- neuses minrales, telles que les empelites, les schis- tes bitumineux , jouissent de ce pouvoir dans la proportion du charbon qu'elles contiennent: mais M. Payen, ayant essay cet gard certains char- bons fossiles mls de pyrites, trouvs dans la plaine de Grenelle, s'a perut que les sirops en toient bru- nis au lieu d'en tre dcolors; ce ne fut qu'aprs avoir t traits par un grand excs d acide hydro- ET MTOROLOGIE. 243 chlorique et par leau bouillante que le rsidu cal- cin reprit ses proprits naturelles. M. Payen cherche la cause de cette diffrence dans le proto- sulfure form par la calcination de la pyrite, et que Ton enlve par l'acide hydrochlorique. On a beaucoup parl pendant quelque temps de certains grs trouvs dans la fort de Fon tainebleau, et qui offroicnl une ressemblance extrieure, mais assez grossire, avec un corps humain et une tte de cheval encore revtus de leur chair et non r- duits en squelette, comme le sont toujours les restes fossiles ou ptrifis d'animaux; et Ion avoit an- nonc que l'analyse chimique confrmoit la sup- position que c'toient en effet des corps qui avoient eu vie. MM. Vauquelin et Thnard se sont donn la peine de rpter cette analyse sur des fragments pris de divers points de ces pierres figures; ils n'ont trouv de phosphate de chaux que dans le fragment pris la partie que l'on considroit comme une main , et sa proportion n'toit que d'un ou deux centimes; le reste de la masse n'toit form que de grs, mais donnoit la distillation quel- que peu de produits acides et ammoniacaux, qui ne paroissent venir que des matires dont la sur- face toit enduite. Les parties du rocher qui en- i6. 244 PHYSIQUE, CHIMIE, touroient ces concrtions donnoient les mmes produits. Quelques personnes ont conjectur que cette portion minime de phosphate de chaux trou- ve dans un seul point pouvoit venir de ce que des abeilics maonnes avoient fait leur nid dans cette partie. Une des applications les plus utiles que Ton ait faites dans ces derniers temps des connoissances chimiques leconornie publique et domestique est bien celle de l clairage par le gaz hydrogne, retir de la distillation de la houille ou de Fhuile; mais quelques explosions arrives dans des endroits ferms o il s'toit introduit de ce gaz, et ou il s*- toit ml l'air atmosphrique dans la proportion ncessaire la dtonation, avoient inspir des craintes contre lesquelles il convenoit de rassurer le public , et qu'il importoit sur-tout d'empcber de se raliser. L'Acadmie a t charge de s'occuper d'un objet aussi intressant, et c'est d'aprs le rap- port qu elle a soumis au gouvernement qu'a t rendue l'ordonnance royale qui fixe les prcau- tions suivre dans la disposition des ateliers o l'on produit le gaz et o on le dbarrasse des Drin- cipes qui nuiroient son emploi, des rservoirs o on l'emmagasine, et des tuyaux par lesquels on le conduit aux diffrents points o il doit tre consomm. ET MTOROLOGIE. 2.45 On est parti clans ce travail du fait que le gaz hydrogne seuJ peut bien brler comme toute autre substance combustible, mais non pas dtoner; et que, pour qu'il puisse s'y faire une explosion, il est ncessaire qu'il soit ml d'air atmosphrique dans une proportion au moins quadruple de la sienne, mais qui ne soit pas plus que dodcuple. Il est physiquement impossible, moins que tous les employs d'une usine ne conspirent pour un pareil forfait, que cette proportion se ralise dans le rservoir, et ce n'est que dans le lieu o aboutissent les conduits et o s'ouvrent les robinets qu'elle pourroit avoir lieu ; mais dans ces endroits mme il faudroit qu'il n'y et aucune ouverture, aucun courant d'air pour qu'il pt s'y accumuler une quantit de ce mlange dtonant , suffisante pour produire des effets considrables. Nous n'entrerons pas dans le dtail des prcau- tions prescrites relativement aux autres parties de l'opration, attendu qu'elles sont suffisamment connues du public par l'ordonnance qui les con- cerne. Il se forme sur l'eau minrale de Vichy une ma- tire verte dont M. Vauquelin a cherch recon- notrela nature. tendue sur le papier, elle devient bleue l'air: l'alcali caustique fait disparotre sa 246 PHYSIQUE, CHIMIE, couleur ; mais Tacide nitrique affoibli la restitue , et aprs quelque temps la change en rose. Il prcipite de sa dissolution alcaline des flocons verts , qu'un lger excs d'acide rend bleus , et qui se comportent peu -prs comme Talumine. Le chlore et l'acide nitrique concentr changent le vert en jaune. Il se produit dans cette matire de l'acide actique et des actates de soude et de potasse. Tous ses lments sont si compliqus et leur nature est tellement fu- gace que ce seroit une vaine tentative que de vou- loir en imiter la combinaison ; aussi M. Vauquelin est-il bien loign d accorder ce que quelques chi- mistes prtendent, que Fart de fabriquer les eaux minrales est devenu un mule parfait de la na- ture. ANNEE 1825. M. Moreau de Jonns a lu une notice sur les derniers tremblements de terre qui ont eu lieu aux Antilles. Le 3 octobre 1824 il y en a eu un la Martinique, une heure du matin, de deux secousses assez fortes pour veiller les habitants des villes de Saint-Pierre et du Fort-Roy ah Le 3o novembre 1824, trois heures trente minutes aprs midi, aprs plusieurs jours d'une chaleur extraordinaire qui cessa subitement, il y ET MTOROLOGIE. ll\n eut une secousse trs violente accompagne d'un bruit trs (jrand. Des pluies diluviales commen- crent immdiatement, quoiqu'on fut dans la saison sche; et il y eut un raz de mare trs fort. Le 1 3 janvier 1 82 5 , une heure trente minutes du matin, deux secousses se firent sentir Saint- Pierre; la temprature toit demeure trs leve jusqu'au moment de ce phnomne. Le 26 aot Fouragan qui a dvast la Guadeloupe, et dont on ne connot que trop les affreux dtails, se fit sentir la Martinique, mais sans y causer de grands ravages. Le vent souffla fortement ds six heures du matin; une pluie prodigieuse qui tomba jus(ju' deux heures aprs midi sembla diminuer sa violence. Il y eut de grands dbordements de toutes les rivires. Les beaux rsultats obtenus par M. Ghevreul de ses recherches sur les corps gras ont excit les chi- mistes examiner ces corps sous d'autres rapports et par d'autres moyens. M. Dupuy et MM. de Bussy et Le Canu y ont appliqu l'action de la chaleur. On avoit cru jusqu' prsent que la distillation les transfornioi t en eau , en acide carbonique, en acide actique ou sba- cique, en charbon, et en huile altre et trs odo- rante; mais M. Dupuy a obtenu par la distillation I.j8 PHYSIQUE, CHIMIE, lente des huiles de pavot et de lin un produit solide (jui ne rcnti oit dans aucun de ceux que nous venons de nommer; et MM. de Bussy et Le Canu, ayant pouss l'examen plus loin, ont constat qu'outre ces produits ou en obtient plusieurs autres, et sur- tout ces acides que M. Ghev reul a nomms marcja- riqiieet olique. En oprant sur le suif on retire plus des trois diximes de son poids d'acide margarique, et les auteurs ont cru cette observation suscep'tible d'applications assez utiles pour se l'approprier par un brevet d'invention. Ils pensent c[u'il se passe fjuelque chose de semblable dans la distillation du succin , et que l'acide succiuique est produit par l'opration mme. On savoit, par les expriences de Priestley et de (juelques autres physiciens, que les charbons faits avec le mme bois, mais divers degrs de temp- rature, n'ont pas les mmes proprits physiques; que celui qui a t chauff trs fortement, par exemple, devient un bien meillei:ir conducteur de l'lectricit que celui qui a t fait un feu doux. M. Cheuvreusse, professeur de chimie l'cole royale d'artillerie de Metz, a repris ce sujet, et l'a trait d'une manire beaucoup plus tendue. Non seulement il a refait avec beaucoup de prcision les <'\j>riences relatives la ([ualit ciniductrice de ET MTOROLOGIE. 246 Flcctricit, mais il a reconnu et constat des pro- prits toutes semblables relativement au calo- rique : le charbon fortement chauff en est un bon conducteur; ce n est que le charbon fait une basse temprature qui le conduit mal ; et i on se trompoit beaucoup lorsque, pour empcher le refroidisse- ment dm appareil, on se contentoit de l'envelop- per de charbon sans distinguer de quelle manire ce charbon a voit t fait. Il sera ais l'avenir d'viter cette faute en es- sayant auparavant le charbon relativement l'lec- tricit, puisque la facult del conduire est conco- mitante celle de conduire le calorique. La proprit hygromtrique du charbon est en raison inverse. Moins il a t chauff, pkis il absorbe d'eau ; et s'il a t prpar avec un bois tendre, s'il est en morceaux et non en poudre, sa facult ab- sorbante se renforce encore. La combustibilit du charbon , qui est sa qualit la plus importante pour les arts, ne peut manquer de dpendre aussi beau- coup du mode de carbonisation; mais Fauteur r- serve ce sujet pour un autre mmoire, dans lequel il examinera galement l'influence de la tempra- ture sur les proprits chimiques du cliarbon. il sera intressant de rechercher de quelle faon la chaleur produit ces diversits, et si c'est par le plus ou moins de dissipation de l'hydrogne, par 25o PHYSIQUE, CHIMIE, une raction des seis contenus dans le charbon, ou seulement par une autre disposition des molcules charbonneuses. La production de l'alcohol, ou ce que Ton nomme fermentation vineuse, s'tablit dans un mlanf^^e de matire sucret d'eau par le moyen d'agents d'une nature particulire, connus sous le nom de levures; mais on savoit aussi que le gluten pouvoit y exciter ce genre de mouvement, et M. Seguin a dcouvert la mme proprit dans l'albumine. M. Gollin vient d'tablir par des expriences sui- vies que toutes les matires animales peuvent produire le mme effet; mais elles n'agissent que foibiement, au bout d'un temps assez long, et une temprature de 26 degrs et plus, tandis que la levure de bire produit son effet presque instanta- nment et la temprature de 10 degrs. Cepen- dant, lorsque cette premire fermentation est ame- ne par une matire animale quelconque, il se forme un dpt beaucoup plus actif, et qui a quel- quefois tous les caractres de la levure ordinaire. On souponie mme que l'action des matires animales pourroit bien n'tre pas immdiate, mais provenir de ce qu'en se dcomposant elles auroient produit de la levure. M. Collin, ayant observ que la pile galvanique ET MTOROLOGIE. ^5 l acclre beaucoup la fermentation, croit que c'est l'aide de ielectricit que les matires animales exercent leur action. ANNE 1826. M. Moreau de Jonns a communiqu l'Acad- mie la notice des tremblements de terre qui ont eu lieu aux Antilles en 1826. Le premier s'est fait sentir la Martinique le y janvier, sept heures du matin; il s'est form de deux secousses conscutives ; la dernire a t trs violente. Le second a eu lieu le 2 mai, minuit trente-cinq minutes; le mouvement d'oscillation du sol a t long et assez fort. Le dernier tremblement de terre est arriv le 12 aot, cinq heures du matin. On n'a ressenti au Fort -Royal qu'une seule secousse trs pro- longe. Des vents de nord de la plus grande force ont commenc souffler en janvier 1826 dans la mer des Antilles, et leur domination a dur plus de deux mois et demi. Ils ont tellement abaiss la tem- prature que l'Archipel a prouv un hiver singu- lirement froid. Nous avons parl l'anne dernire des exp- i52 PHYSIQUE, CHIMIE, riences de MM. de Bussy et Le Ganu sur la distilla- tion des corps gras, qui leur ont fait connotre que Ion obtient par ce moyen, comme par la saponifi- cation, les acides margarique et olique. Cette an- ne ils ont gnralis leurs observations, et sont arrivs ce rsultat remarquable que les corps gras susceptibles d tre changs en savon par les alcalis sont aussi ceux qui donnent des acides par la dis- tillation, et que ceux qui ne peuvent tre saponifis ne donnent point d'acides par cette voie. Dans un travail particulier sur l'huile de ricin ils ont reconnu qu'elle donne des acides, et mme qu'elle en donne de trois sortes , et en la saponifiant ils les ont retrouvs; mais les acides leur ont paru diffrer de ceux de tous les autres corps gras. Le premier, qu'ils nomment ricinique, est fusible 22 au-dessus de la conglation de l'eau ; un autre, qu'ils appellentsearo-ncm/(ye, se cristallise en belles paillettes, et ne se fond qu' 1 3o ; le troisime, qu'ils appellent olo-ricinkjue , demeure au contraire li- quide plusieurs degrs au-dessous du point de la conglation de Feau. Les acides sont volatils, plus ou moins solubles dans l'alcohol, et compltement insolubles dans l'eau. Ils forment avec diverses bases, sur-tout avec la magnsie et l'oxyde de plomb, des sels dont les caractres sont trs distincts. L'huile de ricin, qui ne donne ni acide olicjue ni acide ET MTOROLOGIE. 253 margarique , ne contient donc ni oline ni starine , et elle est d'une nature particulire. En effet, soit qu'on la distille ou qu'on la conver- tisse en savon, elle donne des rsultats qui lui sont propres. Lorsqu'on l'a distille par exemple aprs que les huiles volatiles et les acides ont pass dans le rcipient, il reste dans la cornue un acide solide quivalant aux deux tiers de son poids, blanc jau- ntre, boursoufl, semblable de la mie de pain, qui brle aisment sans se fondre , qui n'est soluble que dans les alcalis , et qui forme avec eux une sorte de savon. Les auteurs croient qu'on pourroit en tirer un vernis propre tre employ sur les tles qui doivent subir une assez forte chaleur. On se souvient de la dcouverte de l'iode faite en 8 1 3 dans le varec par M. Courtois, et des proprits remarquables que MM. Gay-Lussac et Humphry- Davy ont reconnues cette substance. M. Balard, prparateur de la facult des sciences de MontpelUer, en traitant par le chlore la lessive des cendres de fucus et l'eau -mre des salines, et en y ajoutant de la solution d'amidon, comme on le fait pour y reconnotre l'iode, s'aperut qu'outre la matire bleue produite par l'union de l'iode et de la solution d'amidon il se montroit une matire d'une odeur vive et d'un jaune orang d'autant plus 254 PHYSIQUE, CHIMIE, intense que le liquide qu'il observoit toit plus con- centr. En versant sur le mlange de l'acide sulfu- rique tendu d'eau, enfin en recueillant encore les vapeurs qui se dgagent, ses proprits semblent annoncer un principe particulier. On peut obtenir sparment celte matire, soit en distillant l'eau- mre aprs l'actton du chlore et en condensant par le froid les vapeurs rutilantes qu'elle fournit, soit par un procd plus compliqu mais plus productif, en l'enlevant l'eau par lether, l'ther par la po- tasse, en mlant cette potasse avec du peroxyde de manganse. En masse elle parot d'un rouge fonc; sa liquidit se conserve jusqu' i8 au-dessous du point de conglation ; elle est trs volatile, et bout 47? son odeur ressemble beaucoup celle du chlore; sa densit est triple de celle de l'eau; dis- soluble dans l'eau, dans Talcohol, dans l'ther, elle dtruit les couleurs comme le chlore , et se comporte de mme avec l'hydrogne et avec l'oxygne, avec les oxydes alcalins. Combine avec le gaz hydrogne percarbur , elle produit un liquide olagineux d'une odeur thre trs suave. L'auteur lui a donn le nom de brome y tir de ppw(xo;, mauvaise odeur. Il l'a soumise des essais analogues^ ceux que M. Gay-Lussac a faits sur l'iode. M. Dumas a obtenu des composs dans lesquels ET MTOROLOGIE. 255 entre cette substance, et de nature assez semblable ceux que l'on obtient de Tiode, entre autres des brmites mtalliques et des hydrobrmates alcalins. M. Srulias, continuant suiv re la mme marche, a obtenu de Thydrocarbure de brome et de 1 ether hydrobrmique. M. Liebi(T a retir cette mme substance de Peau- mre de quelques salines d'Allema^o^ne, et en a aussi fait Tobjet de quelques expriences. En i8i3, l'poque o M. Gros entreprit de dcorer la coupole de Sainte- Genevive de la ma- gnifique composition dans laquelle il a dploy un talent si admirable, MM. Thnard et Darcet furent consults sur la mthode suivre pour fixer la peinture l'huile sur la pierre et prserver des chefs-d'uvre d'une prompte destruction: ils ju- grent que le moyen le plus sr toit de faire pn- trer dans la pierre un corps (>ras liqufi par la chaleur, qui en se refroidissant rempliroit tous les pores et offriroit au pinceau de l'artiste un fond de la mme nature que les couleurs qu'il avoit y ap- pliquer. 11 composrent cet enduit d'une partie de cire jaune et de trois parties d'huile cuite avec un dixime de son poids de htharge. On chauffa suc- cessivement et fortement toutes les parties de la coupole au moyen d'un [j^rand rchaud de doreur. 256 PHYSIQUE, CHIMIE, et l'on y appliqua le mlange chauff lui-mme la temprature de l'eau bouillante. A mesure que la premire couche s'imbiboit, elle toit remplace par une autre, jusqu' ce que la pierre refust d'en absorber: les murs une fois bien impr(^ns, bien unis, et bien secs, furent recouverts de blanc de plomb dlay dans l'huile, et c'est sur cette couche blanche que le grand peintre a exerc ses pinceaux. Onze annes d'preuve ont prouv que les vues de ces chimistes avoient t heureuses : leur enduit ne met pas seulement la peinture l'abri de l'humidit, il prvient encore l'embu, ou cette ingalit d'clat qui est occasione par le plus ou moins d'absor- ption de l'huile, et il dispense ainsi le peintre de vernir son tableau. On a prpar de mme les quatre pendentifs del coupole infrieure qui doivent tre peints par M. Grard. L'enduit les a pntrs trois et quatre millimtres et demi. Ce procd peu t tre employ sur le pltre comme sur la pierre, et il le prserve mme, lorsqu'il est expos au-dehors, de l'action de l'air et de l'humi- dit. Un bas-relief en pltre enduit moiti de la composition de MM. Thnard et Darcet a t ex- pos pendant trs long-temps sous des gouttires; tout ce qui toit enduit s'est conserv, tandis que le reste a t rong, dissous, et que les figures y sont devenues mconnoissables. ET MTOUOLOGIE. 257 On a parfaitement assaini par des enduits sem- I)lables des appartements au rez-de-cliausse que le salptre avoit rendus inhabitables mme en t ; on y a employ de la rsine au lieu de cire, ce qui rend le mlange beaucoup moins cher. En mlant lenduit des savons mtalliques on peut donner au pltre telle couleur que Ion veut. Il n'est pas douteux que l'on pourra s'en servir pour des statues de pltre, et les rendre presque aussi inaltrables par les lments que si elles toient de rnarbre ou de bronze. Une des industries les plus profitables qui aient t donnes la France par les chimistes est celle d'extraire la soude du sel marin: toutes nos fobri- ques de savon, nos verreries, obliges autrefois d'importer pour beaucoup de millions de soude tire de plantes marines qui croissent sur les ctes d'Espagne, l'obtiennent maintenant de fabriques places ct d'elles et qui exploitent le produit inpuisable de nos mers. A la vrit l'impt dont est charg le sel qui se consomme dans l'intrieur auroit ananti cette in- dustrie ds sa naissance, puisque le sel lui-mme avant toute prparation auroit t plus cher que la soude trangre; aussi le gouvernement livre-t-il depuis long-temps en franchise aux flibricants de HUFFON. COMPLEM. T. Il 2:)S PHYSIQUE, CHIMIE, soude les sels qui leur sont ncessaires: on com- prend que des hommes peu dlicats ont d tre tents d'abuser de cet avantage ; Tnormit de l'im- pt fait qu'il y a plus de profit revendre en fraude ce sel qu' l'employer sa destination ; et l'adminis- tration auroit voulu obtenir un moyen qui, sans empcher que le sel qu'elle livre ne fournt de la soude, le rendt cependant impossible dtourner pour la consommation ordinaire, et la dispenst ainsi de la surveillance qu'elle est oblige d'exercer sur ceux auxquels elle l'a livr. Il y avoit une autre question fort intressante pour l'art de la verrerie. On peut employer pour faire le verre le sulfate de soude rsultant de la premire opration que l'on fait sur le sel marin au moyen de facide sulfu- rique, et sans avoir besoin de dcomposer ce sul- fate et d'en extraire la soude, extraction qui exige des travaux compliqus et beaucoup de combustible et de main-d'uvre. L'conomie s'lveroic -yo pour cent de la dpense que le fabricant de verre fait maintenant pour se procurer la soude pure, et la diminution de prix qui en rsulteroit pour le verre de vitre iroit 3o pour cent; mais le sulfate de soude peut aisment tre converti en sel marin au moyen de muriate de chaux, et il s'agissoit encore ET MTOROLOGIE. 25q de savoir si Fimp; sur le sel ne rendroit pas cette conversion plus lucrative que l'emploi du sulfate dans la verrerie. Les calculs de MM. Thnard et Darcet ont prouv que le profit seroit trop peu considrable pour ten- ter les fabricants, tandis que la permission accor- de depuis long -temps aux fabricants de soude d'exporter le sulfate donnoit aux verriers trangers un grand avantage sur les ntres. Le seul moyen avantageux de fraude auroit t que les fabricants de soude eussent livr au commerce du sulfate de soude qui auroit contenu encore une quantit no- table de sel marin en nature. Mais il est ais de constater ce fait en dcomposant jusqu' une cer- taine proportion le sulfate de soude par le muriate de chaux, et en essayant le rsidu par le sulfate de baryte. Les commissaires de l'Acadmie ont indi- qu des moyens prcis de s assurer qu'il n'y reste pas un dixime de sel, proportion dans laquelle la fraude ne seroit plus profitable. Sur ce rapport le gouvernement a accord aux fabricants de verre des facilits que l'on rclamoit pour eux. Une troisime question de chimie, qui intressoit beaucoup le commerce dans ses rapports avec le fisc, toit de dterminer par des moyens srs les 17. a()0 PHYSIQUE, CHIMIE, pio}3ortions respectives de laine et de fil, de coton ou de sole, qui entrent dans les toffes mles de ces substances ; le motif de cet intrt est pris de la loi des douanes (jui accorde des primes trs diff- rentes l'exportation des tissus de laine pure ou uiianp^s des autres substances. SU ne s a(jissoit que d toffes blanches et compo- ses d'une part de laine, et de l'autre de fil ou de coton , Tbullition prolonge dans la soude caus- tique en dissolvant toute la laine donneroit un moyen simple de rsoudre le problme; mais la soie, matire animale, se dissout comme la laine dans les alcalis caustiques, et le coton ou le fil de- viennent solubles lorsqu'ils ont t teints par cer- tains procds. On n'a donc point encore dcouvert de procd qui rponde tous les cas. Lors de la reconstruction du thtre del'Odon aprs son dernier incendie, l'administration exigea, pour retarder ou amoindrir les effets d'un nouvel accident, que le thtre ft spar de la salle par un gros mur qui n'auroit d'ouverture que celle de la scne; et Ton avoit propos de complter cette mesure au moyen d'un rideau de tle que l'on pourroit baisser au moment o soit le thtre, soit la salle, prendroit feu. L'on esproit de pouvoir ET MTOROLOGIE. 26 I prserver ainsi Fune des deux moitis du btiment ; mais M. Darcet fit observer que ce rideau prendroit bientt une chaleur rouge, qu'il deviendroit ainsi lui-mme un moyen de propager l'incendie, qu'en mme temps il empclieroit de jeter de l'eau de la partie intacte de l'difice dans la partie enflamme ; enfin, et sur- tout, qu'il empcheroit un courant d'air qui se manifeste d'ordinaire quand c'est le thtre qui prend feu de la salle vers le thtre, et qui en refoulant les flammes du ct o elles ont commenc est trs favorable soit la sortie des spectateurs, soit mme la prservation de la salle. 11 proposa d'y substituer un rideau de toile mtalli- que qui, sans avoir aucun de ces inconvnients, suffiront pour empcher les flammches et les dbris enflamms de tomber d une partie de l'difice dans l'autre. Cette mesure, adopte en partie dans le temps rOdon, vient de l'tre compltement au thtre de la Nouveaut, et il est dsirer qu'elle le soit bien- tt dans toutes les salles de spectacle. Dans le cas o un incendie clateroit de manire ce que Ton dsesprt de sauver la partie incendie, M. Darcet recommande d'y ouvrir lair autant d'issues qu'il sera possible, afin de dterminer plus puissamment le courant dont il attend un effet si favorable pour la partie oppose. MINRALOGIE ET GOLOGIE. ANNE 1809. M. Guy ton nous a fait connotre une nouvelle forme cristalline du diamant. On sait que celles que prsente le plus souvent cette pierre prcieuse sont loctadre rg^ulier et le dodcadre faces rhom- bodales. La varit que notre confrre a dcouverte est forme de deux demi-sphrodes dont la position retourne, imparfaitement termine l'une de ses extrmits, prsente de fautre des angles rentrants trs prononcs qui caractrisent la forme nomme hmitrope par M. Hatiy. Le mme membre, ayant port ses recherches sur la tnacit des mtaux, a t conduit de nou- velles expriences sur la diminution de pesanteur spcifique du plomb par lecrouissement constate par Muschembroeck , et dont la cause toit reste inconnue. Des flans de ce mtal ont t frapps en viroles; et lorsque les coins et les viroles toient assez justes pour qu'il ne pt s'chapper aucune bavure, et pour que le plomb ne pt pas obir la facilit qu'il a de se ramollir, on l'a vu, comme tous les autres mtaux, augmenter de pesanteur spci- fique par cette opration. MIINRALOGIE ET GOLOGIE. 263 M. Saj^e a fait part rinsttiU de ses recherches sur lemeri et sur les substances qui pourroient le suppler dans le polissage. Il rsulte de ses observa- tions que la chrysolithe de volcans pulvrise peut remplacer lemeri; tous les artistes qui l'ont em- ploye ont t satisfaits des effets qu'ils en ont obtenus. Les observations d'o la golo^jie peut tirer les plus grands rsultats sont sans contredit celles qui ont pour objet les animaux fossiles, mais particu- lirement les animaux terrestres. M. Guvier a con- tinu les travaux qu'il a entrepris sur cette impor- tante matire. Il a termin conjointement avec M. Brongniart la gographie minralogique des environs de Paris, dont il a dj t donn un aperu dans le rapport des travaux de l'Institut fait l'anne dernire. Il a ensuite port ses recherches sur les brches osseuses des ctes de la Mditerra- ne. Ces roches singulires, qui se trouvent Gi- braltar, prs de Terruel en Aragon, Cette, An- tibes, Nice, prs de Pise, en Corse, sur les ctes de la Dalmatie, et dans l'le de Crigo, ont t for- mes dans des fissures du calcaire compacte qui constitue le sol principal de ces divers lieux, et el'ies sont toutes composes des mmes lments: c'est un ciment de couleur rouge de brique qui lie con- 264 MIINRALOGIE tusment de nombreux fragments d'os et de dbris du calcaire o ces brches sont renfermes. Les os contenus dans ces rochers appartiennent tous des animaux herbivores la plupart connus, et mme encore existants sur les lieux; ils sont mlangs des coquilles de terre ou d'eau douce: ce qui por- leroit penser que ces brches sont postrieures au dernier sjour de la mer sur nos continents, mais fort anciennes cependant relativement nous, puisque rien n'annonce qu'il se forme encore au- jourd'hui de ces brches, et que mme quelques unes, comme celles de Corse, renferment des ani- maux inconnus. Les terrains d'alluvion contiennent aussi des os de rongeurs; on en a dcouvert dans les tourbires de la valle de la Somme avec des bois de cerf et des ttes de buf, et dans les environs d'Azof, prs de la mer Noire. Ces os ont appartenu des espces de castors: les premiers ressemblent assez ceux du castor commun; les autres, qui forment une tte complte, proviennent d'une espce beaucoup plus grande que celle que nous connoissons ; et M. Fi- scher, qui a dcouvert cet animal, lui donne le nom de Irogontheriiim, que M. Cuvier adopte comme nom spcifique. Des dbris de rongeurs ont aussi t trouvs dans les schistes. On en a dcrit de trois espces. M. Cu- KT GOLOGIE. 265 vier en a vu la f[>ure d'une que quelques auteurs regardoient comme ayant appartenu un cochon- d'Inde, et d'autres un putois, M. Guvier a bien reconnu sur ce dessin les caractres d'un rong^eur ; mais il n'a pu en dterminer le genre, et cons- quemment Fespce. Parmi les os fossiles de ruminants trouvs dans les terrains meubles M. Guvier a reconnu une es- pce d lan diffrente de celle que nous connoissons aujourd'hui. Les dbris de cet animal ont t re- cueillis en Irlande, en Angleterre, prs du Rhin, et aux environs de Paris, dans des lits de marne peu profonds, et qui paroissent avoir t dposs dans l'eau douce. D'autres bois, dcouverts abondam- ment aux environs dtampes dans du sable sur- mont par du calcaire d'eau douce, ont montr l'existence d'une petite espce de renne qui parot ne plus se trouver actuellement. M. Guvier a de plus observ des restes de bois de chevreuil, de daim , et de cerf, qui ne lui ont point paru diffrer essentiellement des bois de nos espces connues. Kien, dit l'auteur, n'est plus abondant: les allu- vions rcentes en ont toutes fourni; et, si l'on ne trouve pas sur ces bois fossiles beaucoup de tmoi- gnages, c'est que nese montrant qu' de trs petites profondeurs ils n'ont rien prsent d'assez remar- quable pour tre nots. " 266 MINRALOGIE Dans les fossiles de ruminants cornes creuses il a reconnu des crnes d'aurochs dcouverts sur les bords du Rhin, sur les bords de laVistule, dans les environs de Cracovie, en Hollande, et dans l'Amrique septentrionale : seulement ces crnes surpassent en grandeur ceux de Taurochs ; mais, comme Fobserve M. Guvier, cette diffrence pour- roit bien tre due labondance de nourriture qu'avoient autrefois ces animaux lorsqu'ils dispo- soient leur gr des vastes forts et des gras ptu- rages de la France et de l'Allemagne. Il existe une autre sorte de crne fossile qui ne diffre du crne de nos bufs domestiques que par une taille plus grande et par des cornes autrement diriges. Ces crnes ont t trouvs dans la valle de la Somme, en Souabe, en Prusse, en Angleterre, en Italie. Si Ion se rappelle, dit M. Cuvier, que les anciens distinguoient en Gaule et en Germanie deux sortes de bufs sauvages, lurus et le bison, ne sera-t-on pas tent de croire que Tune des deux toit celle de cet article, qui, aprs avoir fourni nos bufs domestiques, aura t extirpe dans son tat sauvage, tandis que l'autre, qui n'a pu tre dompte, subsiste encore en trs petitnombredans les seules forts de la Lithuanie? On rencontre aussi dans les terrains meubles des os de chevaux et de sangliei s : les premiers accom- ET GOLOGIE. 267 pa(^nent presque toujours les lphants fossiles, et se sont trouvs avec les mastodontes, les ligures, les hynes, et les autres os fossiles dcouverts dans les terrains d'alluvions ; mais il n'a point t possible de reconnotre si ces os appartenoient une espce de cheval diffrente de notre espce domestique. Les os de sangliers ont t tirs pour la plupart des tourbires, et n'offrent aucun caractre qui les distin[|ue des os du sanglier commun. On a encore trouv d'autres os que M. Guvier a reconnus avoir appartenu une espce inconnue de lamantin : ils ont t dcouverts dans les couches de calcaire marin grossier qui bordent les rives du Layon dans les environs d'Angers, et ils toient mls d'autres os , dont les uns paroissent provenir d'une grande espce de phoque et les autres d'un dauphin. Les squelettes de trois espces de quadrupdes ovipares fossiles, conservs dans des schistes cal- caires , ont aussi fait l'objet des recherches de M. Guvier. Le premier a t trouv dans les schistes d'Oe- ningen , situs sur la rive droite du Rhin , sa sortie du lac de Constance. Il avoit t dcrit et figur comme le squelette d'un homme antdiluvien; mais cette erreur avoit t rfute. M. Guvier a recherch le genre auquel il appartenoit, et il a prouv par 908 MINRALOGIE une suite d'observations ostologiques que ce rep- tile avoit de l'analogie avec les salamandres, et qu'il devoit entrer dans le g^enre prote. Le second, trouv galement dans les schistes d'Oeningen, parot avoir appartenu au genre cra- paud et se rapprocher du bufo calamita. Le troisime et le plus singulier, qui a t dcou- vert dans les carrires deTAltHiuld, prs d'Aichstedt et de Pappenheini en Franconie, et qui avoit t dcrit et figur par Golini dans les Mmoires de l'Acadmie de Manheim,est regard par M. Guvier connue ayant appartenu une espce de saurien. La longueur de son cou, celle de sa tte, son long bec arm de dents aigus , ses longs bras , indiquent que cet animal se nourrissoit d'insectes, et qu'il les attrapoit au vol; enfin la grandeur de ses orbites doit faire supposer qu'il avoit de trs grands yeUx, et qu'il toit un animal nocturne. Il n'existe actuel- lement sur le globe aucun reptile connu des natu- ralistes qui ait le moindre rapport avec cet habitant de l'ancien monde. M. Guvier a publi en outre un supplment ses mmoires sur les fossiles de Montmartre, dans le- (|uel il donne la figure et la description d'un orni- tholithe beaucoup plus complet que ceux qui ont t publis juscju' prsent. 11 est probable qu'il appartenoit la classe des };allinacs, et respce ET GOLOGIE. 269 de ce pays-ci avec laquelle il a le plus de ressem- blance par la grandeur est la caille commune. M. Sa^^e nous a donn la description de quelques carpolithes ou fruits ptri fis. L'un toit une amande de noix devenue calcaire, et trouve Lons-le- Saulnier; un autre parot avoir t le fruit d'un muscadier sauvage qui crot Madagascar et dans quelques unes des Moluques, sa substance toit aussi devenue calcaire; le troisime parot avoir appartenu un genre voisin du durion, il s'est transform en jaspe. A ces faits nouveaux M. Sage joint quelques unes des observations qui avoient dj t faites sur les carpolithes, et il conclut que les fruits ptrifis qu'on trouve dans nos climats sont exotiques. Il entre de plus dans des dtails chimi- ques au moyen desquels il explique comment ces ptrifications se sont opres. ANNE 1810. ^ MM. Brongniart et Guvier, dans leur travail g- nral sur les terrains qui environnent Paris, dont nous avons rendu compte il y a deux ans, avoient dcouvert autour de cette ville des couches trs tendues de pierres, qui ne reclent que des co- ([uilles d'eau douce , et qui paroissent avoir t d- poses dans des lacs et des tangs , tandis que l'on croyoit jusqu' prsent que tous les terrains secon- ll-jO MINERALOGIE daires avoient t forms dans le sein des mers; une partie de ces couches est mme spare de l'autre par des bancs marins intermdiaires, ce qui sem- bleroit prouver que la mer a fait une irruption sur les continents qu'elle avoit prcdemment aban- donns, et confirmeroit les traditions de dluge si universellement rpandues parmi les peuples. M. Brongniart tendan t ses recherches a reconnu ce terrain form dans l'eau douce en beaucoup de lieux de France trs loigns de Paris ; il a prsent les caractres minralogiques qui le distinguent, et les caractres zoologiques des coquilles qu'il re- cle; il a fait voir qu'un grand nombre de ces co- quilles, quoique appartenant des genres connus et certainement d'eau douce, sont cependant d'es- pces inconnues; et comme il se trouvoit dans le nombre quelques coquilles dont les analogues ont t rapportes jusqu' prsent des genres marins, il a fait voir que ctoit faute d'attention qu'on les avoit laisses dans ces genres, et que les coquilles connues qui portent les mmes caractres vivent au moins aux embouchures des fleuves. Enfin comme dans un trs petit nombre de lieux quel- ques coquilles vritablement marines sont mles des coquilles d'eau douce, M. Brongniart a mon- tr que c'est toujours au plan de runion des deux terrains que ce phnomne arrive, et il n'y a rien ET GOLOGIE. 9/7 1 (1 tonnant qu'immdiatement aprs les rvolutions qui changrent la nature des eaux les derniers restes de la mer aient pu tre mlangs avec les premiers produits de Teau douce, ou rciproque- ment. Ce mmoire tablit d'une manire invincible un fait entirement nouveau pour l'histoire du globe. M. Guvier l'a appuy par un autre mmoire sur * les os fossiles de reptiles et de poissons des carrires pltre des environs de Paris. Ses recherches, qui terminent le travail qu'il continue depuis dix ou douze ans sur les ossements dont nos pltrires sont remplies, lui ont appris que, parmi les nombreux quadrupdes de genres inconnus qui ont fourni ces os, il y avoit aussi une espce de ces tortues molles, appeles depuis peu trionyx, par M. Geof- froy, et qui vivent toutes dans les rivires; deux autres espces de tortues d'eau douce ordinaire; une sorte de petit crocodile, et quatre espces de poissons, dont trois sont certainement de genres qui vivent dans l'eau douce, et dont le quatrime pourroit aussi trs bien y avoir vcu. On n'a jamais trouv' aucun dbris de reptile ni de poisson dis- tinctement marins. Or sur les bancs de gypse et de marne qui rec- lent ces ossements, et o l'on trouve aussi des co- quilles d'eau douce et des troncs ptrifis de pal- 272 MINRALOGIE miers, reposent des bancs considrables remplis d'une quantit innombrable de produits de la mer; et sur ceux-ci l'on trouve d'autres bancs d'eau douce, mais dont les os et les coquilles ne sont pas les mmes que dans les bancs infrieurs. l est im- possible d'avoir des indices plus manifestes et plus clairs d'une rvolution. De toutes les pierres formes dans l'eau douce la plus remarquable est celle que Ton appelle mar- bre de Chleau-Landon , et dont on construit l'arc de triompbe de l'Etoile. M. Bron^niart y a reconnu les caractres minralogiques de cette formation, et, en y regardant de prs, il a fini par y en trou- ver les coquilles. En Auvergne , M. Brongniart a observ le ter- rain d'eau douce recouvert par les produits des vol- cans teints , si nombreux dans ce pays-l. En Alsace et auprs d'Orlans, MM. Hammer et Bigot de Morogues ont trouv dans ce terrain les ossements des mmes genres de quadrupdes que M. Guvier a dtermins aux environs de Paris. MM. Sage et de Cubires ont rappel l'attention de l'Institut sur un fait particulier de gologie , dont beaucoup de savants se sont dj occups, et qui a donn lieu des conjectures sans nombre. Il s'agit d'un petit temple auprs de Pouzzoles, dont il reste trois colonnes, perces toutes les trois ET GOLOGIE. 2n3 la mme hauteur, et trente pieds au-dessus du ni- veau actuel de la mer, par des dails ou pholades, sorte de coquillag^es qui savent pntrer dans l'- paisseur des pierres plonges sous l'eau. Ces colonnes ont-elles t tires d une carrire place pendant quelque temps sous les eaux? Mais pourquoi auroit-on choisi des pierres caries,, t comment les trous seroient-ils tellement de niveau? Le temple a-t-il t successivement ahaiss et relev, dans ce terrain volcanique sujet tant de mouve- ments irrguliers , de manire rester quelque temps haign par la mer? Mais comment aprs de semblables secousses ces colonnes seroient-elles res- tes debout ? Enfin les ruptions volcaniques n'ont-elles point produit quelque digue qui, retenant les eaux, aura enferm pendant un temps ce temple dans un petit lac , et qui , s'tant rompue , aura rendu le terrain sa scheresse naturelle? Il y a des difficults toutes ces explications. La plus grande, relativement aux deux dernires, est de savoir comment de telles rvol u lions ont pu avoir lieu depuis la construction du temple sans laisser de traces dans la mmoire des hommes; car l'on parle bien d'une ruption arrive en 1628 , o se forma la colline appele encore aujourd'hui Monte- Nuovo, et o la mer envahit une partie du rivage; BUFFON. COMPLM. T. II. l8 274 MINRALOGIE mais on ne fait pas mention de deux rvolutions successives. M. de Gubires a trouv prs de ce temple des fragments d'une varit particulire de marbre, dont il a lu l'Institut la description et l'analyse; il est blanc, demi-transparent, reoit un beau poli, se dissout difficilement par l'acide nitrique, laisse jaillir des tincelles par le choc, et contient 22 cen- times de magnsie. M. de Gubires, qui le nomme marbre grec magn- sien, penseque c'est celui dont les anciens se servoient pour construire les temples sans fentres , o l'on ne recevoit le jour que par la transparence des murs. M. Sage a donn des expriences propres faire connotre la composition de la plombagine, ou de ce minral avec lequel on fabrique les crayons an- glois. Selon ce chimiste , elle ne contiendroit point de fer, mais seulement une matire charbonneuse, mle d'un dixime d'alumine, et le cinder ou char- bon fossile de Saint-Symphorien , prs de T^yon , se- roit, de tous les minraux connus, celui qui s'en approcheroit le plus. M. Daubuisson, ingnieur des mines, ayant pr- sent l'Institut un mmoire sur certaines com- binaisons naturelles de l'oxyde de fer avec l'eau , M. Sage a rappel diverses analyses , o il avoit prouv que l'hmatite brune et l'ocre ou bol jaune ET GOLOGIE. 275 contiennent, lune 1 2 centimes, Tautre un dixime de leur poids d'eau. Le mme M. Daubuisson a fait connotie un fji- sement singulier d'une mine de plomb. C'est une couche trs tendue de galne ou plomb sulfur, contenue dans un terrain coquillier de formation que cet ingnieur regarde comme rcente, tandis que les matires mtalliques sont plus ordinaire- mentdanslesterrainsd'ancienneformation. M. Dau- buisson a observ cette mine prs de Tarnowitz, en Silsie. Pour connotre rellement l'ge des couches calcaires qui la renferment, il faudroit dterminer les espces de coquilles qui les remplissent. ANNE 1811. Feu M. Abildgaard , professeur Copenhague , a dcouvert, il y a quelques annes, une combinai- son d*alumine et d'acide fluorique, inconnue jus- qu'alors des minralogistes. M. Bruun-Neergardt , gentilhomme de la chambre du roi de Danemarck, a prsent une note historique sur cette substance trs rare, originaire de Groenland: il dcrit des morceaux o elle est entoure d'autres minraux qui font prsumer le genre de terrain qui la recle. M. Lelivre, membre de l'Institut, a donn une autre note sur la dcouverte d'un corindon gris , qu'il a faite dans quelcjues morceaux de roches gra- 18. 276 MINRALOGIE nitiques qui lui ont t envoys de Pimont par M. Muthuon, ingnieur des mines. M. Brongniart, correspondant, a complt la description minralogique des environs de Paris, qu'il avoit entreprise avec M. Cuvier, par un nivel- lement des principales hauteurs du canton qu'il a dcrit. On en trouvera les rsultats dans l'ouvrage que ces deux naturalistes viennent de publier en commun sur ce sujet, et qui entrera aussi dans la collection des recherches sur les ossements fos- siles que M. Cuvier doit mettre au jour d'ici quel- ques mois. M. Dauxion-Lavaysse, ancien colon de Sainte- Lucie, a prsent une description gologique de la Trinidad et des autres les voisines de l'embouchure de rOrnoque. Ces dernires sont basses, et sou- vent inondes par le fleuve dont elles paroissent des alluvions. La Trinidad a un lac qui produit beaucoup de bitume, et vers la cte mridionale la mer vomit aussi de cette substance en deux en- droits. Deux monticules voisins ont de petits cra- tres , et rpandent des vapeurs sulfureuses. On y trouve du soufre, de l'alun, et du vitriol cristalli- ss. Dans une autre partie de l'le est une mine de plombagine et de charbon de terre. Du reste la Tri- nidad ressemble tellement la partie voisine du continent, par la nature de ses roches, qu'il y a ET GOLOGIE. 277 tout lieu de croire, suivant M. Lavaysse, qu'elle y a tenu autrefois. Tout y est schiste gris ou argile ; le calcaire et le gypse , si abondants aux Antilles , y sont fort rares. ANNE 1812. Les dpouilles fossiles des corps organiss occu- pent toujours les naturalistes. M. Traull, d'Abbeville, a prsent l'Institut la tte ptrifie d'un petit ctac qui parot avoir appartenu au genre de la baleine , et que Ton a d- terre dans les fouilles du bassin d'Anvers ; M. le comteDejean,snateur,en a adress unesemblable, et du mme lieu, l'administration du Musum d'histoire naturelle. On y a trouv aussi une grande quantit de vertbres d'animaux de la mme classe, et beaucoup de coquilles. M. Traull a encore prsent urie portion de m- choire infrieure de rhinocros, trouve dans les sablonnires de la valle de la Somme, dans les en- virons d'Abbeville. M. Daudebart de Frussac, jeune militaire, trans- port successivement par les devoirs de son tat dans les parties les plus opposes de l'Europe, a pro- fit de ses moments de loisir pour en observer les fossiles ; et comme il a fait une tude particulire des coquilles de terre et d'eau douce, il s'est atta- 278 MINRALOGIE ch de prfrence cette sorte de terrain dcou- verte aux environs de Paris par MM. Bron^niart et Guvier, laquelle ne contenant que des coquilles d'eau douce a paru ces naturalistes ne point de- voir son origine la mer , comme la plupart des autres terrains secondaires. M. de Frussac a trouv des terrains semblables, renfermant les mmes coquilles et composs des mmes substances , dans le midi de la France, dans plusieurs provinces d'Espagne, en Allemagne ,* et jusqu'au fond del Silsie; en sorte qu'il n'est gure douteux qu'il ne s'en soit form par-tout. M. de Frussac, pour donner plus de prcision ses observations, s'est occup des coquilles elles- mmes , en a dtermin les espces avec beaucoup de rigueur, et a donn de bonnes observations sur les variations qu'elles peuvent subir, et plusieurs ides heureuses sur les caractres qui peuvent en distinguer les genres. M. Guvier vient de mettre au jour, en quatre volumes in-4", avec beaucoup de planches , le Re- cueil de tous ses mmoires sur les Ossements Fos- siles de quadrupdes. Il en dcrit soixante-dix-huit espces , dont quarante* neuf sont bien certaine- ment aujourd'hui inconnues des naturalistes , et dont seize ou dix-huit sont encore douteuses. Les autres os trouvs dans des terrains rcents parois- ET GOLOGIE. 279 sent appartenir des animaux connus. Dans un discours prliminaire l'auteur expose la mthode qu'il a suivie , et les rsultats qu'il a obtenus. Il lui parot suivre des faits qu'il a constats que la terre a prouv plusieurs grandes et subites rvolutions, dont la dernire, qui ne remonte pas au-del de cinq ou six mille ans , a dtruit les pays habits alors par les espces actuellement vivantes , et offert pour habitation aux foibles restes de ces espces des con- tinents qui avoient dj t habits par d'autres tres qu'une rvolution prcdente avoit abyms, et qui reparurent dans leur tat actuel lors de cette dernire rvolution. ANNE 1813. La mthode de l'observation positive devient de plus en plus dominante en gologie, et l'on acquiert chaque jour des notions plus prcises sur les ter- rains qui composent les divers pays, sur les lois gnrales de leur superposition, et sur les corps organiss dont ils renferment des restes. Les couches pierreuses qui ne reclent que des coquilles d'eau douce, dont MM. Cuvier et Bron- gniart ont dcouvert une si grande tendue aux environs de Paris, et que MM. Brongniart, Omalius de Halloy, Marcel de Serres, Daudebart de Frus- sac , etc. , ont retrouves dans une infinit d'autres j8o iMINKRALOGlK coTifrrs, ont particnliomiiont oxcitrattontion, vt ont onj;aj;r 1rs iiaf ur;listos faire des rochcrches pou!' (lis(iii};iier K\s ('(Xjnillos ilraii tloiico de colles (les (\Hi\ SMuiiitres et des eaii\ sales. INIM. de F- riissae et Ma rel de Serres ont donn eliaenn ini mnu^iresnr eefte ipiestion. Les espces senles,dit le premier, j>envent tre alK^'^nccs imi prenve, et non les j;enres, car la plnpart des (;enres ont des esptVes marines c\ llnvi itiK^s ; les varits mme ne sont pas induit rent(^s etndiei', ciw la mnieespcc, d aprs lt\s observadcMis de lantenr, chanj;e qnel- ipielois de forme an point de tlcNcnir nic(Minois- saMt^ pcnir tpviici>ni]ne n'anrc^it pas observe sesdil- fVM'(Mits j)assa;es, ci la diliicnltc^ anj;ment(^ (piand il s'aj;it de dterminer les coipiilles l tat fossile, o r(^pidernu\ les jH^ils, vi tons les antres caractres de pen le soliilitcMMit disparn. Il est des espces, snr-tont parmi les opercnles, qni vn ent dans K\s deux canx , c{ (pie l'on f ronve en eonsi^puMiceplnsaboiuLunmcnt vers l\Mnboncluire des llenves; et \ou o\i>cv\c parmi les fossiles des traces de cette babitndc, car nos bancs d ean douce conticnniMit en certains (MuliiMts nnc csjhh'C de /)e/(?////(/c, j;cnr(^ (]ni a conlnnic de se tenir ainsi vers les end)oncbnres. M. MarccKle Serres a visite exprs les etan[;s d'eau 5anmtrc des bistc, (|ui avoit coidondn ces paludines avec un des bulinies de nos terrains deau douce, en avoit conclu ([ue ces derniers son! aussi marins (jue les auties; mais M. de Sojres relve cette mprise, et montre qu'il s'aj;it non senlement d'espces, mais de (jenres dillerents. Cet observateur a jccbercb les limites de ces voya{{es des animauv et des plantes de Teau sale vers l'eau douce, et rciprotpicment: il a reconnu qn'aiicnn animal ni mme ancune plante ne r- siste nn( salure de buit de{;rs; il a distin(;n, soit parmi les animaux, soit paiini les |)lantes, les esp(*(s ([ui ne se plaisent aux bords de la mer (ju' cause du sable (jui s'y tronve, et (pii peuvent vivre aussi dans d'autres endroits sablonneux; celles qui n'y sont attires et retenues que par le sel, et qui vivent trs bien prs ou dans les lacs on tan^js sals de l'intrieur des terres; et enfin celles qui ont besoin de la mer telle tjuelle est, et s'en cartent pen . Ces observations prou vent (pi'il n'est pas toujours facile de dcider si une coquille est marine ou d'eau douce: juais elles n'infirment en rien le fait des 282 MINRALOGIE couches immenses o il n'existe que des coquilles bien reconnues pour tre d eau douce ; elles expli- quent mme comment l'on trouve aussi de ces co- quilles parses dans des bancs marins. M. de Serres range les lignites ou bois bitumi- niss parmi les fossiles qui sont le plus souvent mls de ccquilles de terre et d'eau douce; ce qui achve de rendre vraisemblable que ces bois ont cr dans les lieux mmes o ils sont aujourd'hui en- fouis, et s'accorde avec tous les autres faits qui montrent que la surface actuelle du globe toit sec et peuple d'animaux et de vgtaux terrestres avant la dernire irruption des mers. Deux jeunes et habiles naturalistes, MM. Des- marets et Lman, ont retrouv dans les terrains d'eau douce de nos environs jusqu' des coquilles de ces petits entomostracs qu'on a nomms cy pris , et jusqu' des graines du genre de plante connu sous le nom de cliara. Avant eux on prenoit ces graines pour des coquilles, et on leur avoit impos le nom de gyrocjonites. Le systme gologique des environs de Paris, qui a fait l'objet principal des observations et des d- couvertes de MM. Brongniartet Guvier, est aujour- d'hui tudi avec une grande attention par beau- coup de savants naturalistes. MM. de Tristan et Bigot deMorogues en ont dcrit avec soin les parties ET GOLOGIE. 283 qui avoisinent la Loire; et M. Omalius de Halloy, ingnieur des mines , en s'aidant de leurs recher- ches et de celles qu'avoit faites plus anciennement notre confrre M. Desmarets , s'est occup d'en tracer exactement toutes les limites et d en dresser une carte. Les couches de ce systme, dposes sur la craie, reprsentent un trapze irrgulier et cur- viligne dont le ct mridional , parallle la.Loire, longe -cette rivire au sud depuis Gosne jusqu'au- dessous de Blois; le ct oriental passe prs des villes de Montargis , de Nemours , de Montereau , de Villenoxe , de Szanne , d'pernay, de Laon , de Grpy, de La Fre; le ct septentrional prs de celles de Chauny, de Noyon, de Gompigne, de Glermont, deBeaumont, deGhaumont, et de Gi- sors; enfin le ct occidental descend par Mantes, Houdan, pernon, Anneau, et longe le Loir jus- qu'auprs de Vendme, d'o il va rejoindre la Loire Blois. Tout cet espace est entour de craie; et la craie, dans laquelle M. de Halloy a reconnu trois modifications hien distinctes , est entoure elle- mme, except vers la mer, d'un calcaire compacte plus ancien qu'elle qui forme une grande partie du Berri , de la Bourgogne, et de la Lorraine jusqu'aux Vosges, et qui reparot au-del de la Fort-Noire , jusqu'en Franconie et en Hesse. Les formations du systme de Paris tendent sur cette craie diverses 284 MINRALOGIE ramifications; et la^riculture, l'industrie, toutes les ressources de chaque lieu, sont souvent dter- mines par l'ordre gologique de son sol. M. de Halloy n'a pas mis moins de courage que de sagacit recueillir les matriaux de son travail, car il a parcouru tout ce pays pied, visitant les lieux les plus inaccessibles quand il pouvoit en esprer quelque instruction, et ne se laissant effrayer ni par le mauvais temps ni par les mauvais gtes. M. Brongniart, correspondant de Tlnstitut, a visit une partie de la France galement fort intres- sante pour la gologie, celle qui forme aujourd'hui le dpartement de la Manche; et M. de Halloy, qui s'y est rendu aprs lui, a confirm et complt une partie de ses observations. De la description que M. Brongniart donne des roches de ce pays et de leur position mutuelle, il rsulte que ce que l'on y regardoit comme des granits proprement dits appartient cet autre genre de roche nomm synitepar M. Werner, et caractris par lamphi- hole qui entre dans sa composition aussi bien que par sa formation beaucoup plus rcente que celle du vrai granit. Ces synites de la Manche reposent sur des schistes et sur d'autres roches bien post- rieures au granit; il parot mme qu'en certains endroits elles ont sous elles du calcaire contenant des dbris de corps organiss, fait qui seroit ana- ET GOLOGIE. 285 logue ceux que M. de Buch a observs en Norwge, et d'o Ton poui roit conclure qu'il y a encore eu des prcipitations de roches cristallises aprs la manifestation de la vie dans les eaux qui envelop- poient anciennement le globe. M. Brongniart, qui s'occupe d'un trait gnral de gologie, a prsent le plan d aprs lequel il se propose d'y distribuer les roc/tes, c'est--dire ces agrgations de minraux qui composent la crote actuelle du globe telle que nous la connoissons. Y appliquant les principes reconnus aujourd'hui par tous les naturalistes, il veut que les bases et les d- tails de toute sa mthode reposent sur des carac- tres pris dans les roches mmes et qu'elles portent avec elles, et il rejette tous ceux que l'on pourroit prendre de leur j)osition mutuelle sur le globe, laquelle appartient leur histoire mais non pas leur division systmatique; il spare des roches et laisse avec les minraux simples les matires min- rales qui paroissent simples l'il nu , et dont l'htrognit ne se manifeste que par des lavages et d'autres oprations qui , sans pouvoir tre appe- les des analyses chimiques, altrent cependant l'apparence et le tissu de ces matires : tels sont les schistes, l'argile, etc. Les roches ainsi rduites, ou, comme s'exprime M. Brongniart, les roches mlanges, se subdivisent en cristallises et en agr- 286 MINRALOGIE (jes; les premires ont leurs parties en proportions -peu-prs gales , ou bien l'une de ces parties y domine sur les autres : dans le premier cas on tablit les genres selon les substances essentielles, c'est-- dire qui s'y trouvent constamment ; dans le second selon la base, c'est--dire la substance dominante: et dans l'un et l'autre cas le nombre des substances composantes et la structure rsultante de leur mode d'union servent distinguer les espces. Les roches agrges se divisent selon que le ciment qui les unit est plus ou moins apparent, et selon la nature de ce ciment et celle des grains qu'il empte. Dans ce travail si important pour servir de base l'histoire proprement dite des roches l'auteur a conserv presque par-tout les noms que leur a don- ns M. Hay dans l'arrangement qu'il en a fait au Musum d'histoire naturelle. M. Brongniart a aussi donn connoissance l'In- stitut de la division qu'il croit devoir tablir entre les roches considres par rapport aux poques de leurs formations et aux restes de corps organiss qu'elles renferment, et qui sont les indices les mieux marqus de ces poques. Au-dessous de tous les autres se trouvent les terrains granitiques sans corps organiss, les plus anciens que nous connois- sions ; les terrains qui les recouvrent ne contiennent encore des dbris d'tres organiss qu'en petit nom- ET GOLOGIE. 287 bre et presque tous de la classe des zoophytes; une troisime srie, celle des terrains synitiques, n'en prsente plus, comme si leur production avoit t momentanment interrompue ; dans la quatrime commencent parotre les coquilles, et principa- lement celles que Ton a appeles cornes dammon, et qui appartiennent la famille des sches; les cinquime et sixime classes de terrains se carac- trisent par les gryphites et les crites, qui domi- nent parmi leurs coquilles. Enfin il est des terrains dont la distribution est tellement irrgulire qu'on ne peut les classer dans l'ordre des temps; ce sont les roches trappennes d'une part, et de l'autre celles qui rsultent des jections des volcans. Dans tous ces groupes sont mls des terrains de transport, produits des mouvements violents qu'occasionoient les rvolutions successives , et indicateurs assez justes du moment o chacune a commenc. ANNE 1814. Les chutes de pierres de l'atmosphre , depuis qu'on est averti de leur ralit, s'observent si sou- vent que ce qu'elles auront bientt de plus ton- nant sera la longue incrdulit o l'on a t leur gard. Encore cette anne il y en a eu une trs re- marquable dans le dpartement de Lot-et-Garonne , le 5 de septembre , comme l'ordinaire par un 288 MINRALOGIE beau temps, avec une forte explosion et un nuage blanchtre. Le nombre des pierres a t consid- rable ; on dit qu'il y en avoit une du poids de dix- huit livres. Elles se sont disperses sur -peu-prs une lieue de rayon. Leurs caractres extrieurs et leur composition sont absolument comme dans les autres pierres de mme origine; seulement leur cas- sure a des teintes un peu moins marbres. Des rap- ports fort bien faits , par deux habiles observateurs d'Agen, MM. de Saint-Amans etLamouroux, adres- ss par le prfet du dpartement, n'ont rien laiss dsirer sur les dtails du phnomne. M. le comte BerthoUet a prsent l'Institut , de la part de M. Tennant, une des pierres tombes en Irlande l'anne dernire, et qui ressemblent toutes les autres, except qu'elles contiennent un peu plus de fer. On sait, et nous avons eu plusieurs fois nous- mmes l'occasion de dire dans nos rapports , que la pierre nomme arragonile fournissoit la plus forte objection que l'on pt faire contre l'emploi de la cristallisation dans la classification des minraux, parceque les chimistes n'avoient pu trouver aucune diffrence de composition entre cette arragonite et le spath calcaire ordinaire ou carbonate de chaux, quoique leurs formes cristallines fussent essentiel- lement distinctes. Cette objection parot leve au- ET GOLOGIE. 289 jourd'hui. M. Stromeyer, professeur de chimie Gottingen, a dcouvert la prsence constante de trois centimes de strontiane dans larragonite , et il n'y en a point dans le spath calcaire. M. Laugier , professeur au Musum d'histoire naturelle, a r- pt cette analyse, et en a obtenu le mme rsultat. Il reste savoir comment l'addition d'une si petite quantit de matire composante peut changer aussi compltement la forme de la molcule primitive d'un minral. On avoit retir , il y a plus de cent ans , des car- rires d'OEningen, prs du lac de Constance, un squelette ptrifi, que Scheuchzer, naturaliste de Zurich, avoit pris pour celui d'un homme, et qu'il avoit fait graver sous le nom (/iomnie tmoin du d- luge. Des naturalistes plus rcents avoient cru y voir un poisson. M. Guvier, d'aprs la simple inspection de l'estampe publie par Scheuchzer, l'avoit jug d'une espce inconnue et gigantesque de salaman- dre. Ayant fait un voyage Harlem , o ce fossile clbre est dpos dans le musum de Teiler, et ayant obtenu de M. Vanmarum , correspondant de l'Institut et directeur de ce musum , la permission de creuser la pierre pour mettre nu les parties du squelette qui s y trou voient encore enveloppes , M. Cuvier a dcouvert des pattes avec leurs os , leurs doigts , de petites ctes , des dents le long des BUFFON. COIVIPLM, T. II. ly ji^O MIINRALOGIE deux lares mchoires , en un mot toutes les par- ties caractristiques qui ne peuvent plus permettre personne de douter que ce squelette n'ait en effet appartenu une salamandre. Il a fait voir l'Insti- tut le dessin de ce fossile ainsi compltement mis dcouvert, qu'il doit adresser avec sa description l'Acadmie de Harlem. Le mme membre a fait voir une tte rcemment dj^age du gypse de Montmartre de l'espce d'ani- mal perdu qu'il a nomme palot/ierium mdium. Cette tte toit complte, et confirmoit tout ce que l'on avoit pu conclure jusqu'ici d'aprs des frag- ments isols. M. de Humboldt, associ tranger, a communi- qu l'histoire vraiment tonnante du volcan de Jo- ruUo, qui s'ouvrit en 1759, au Mexique, sur un plateau uni, bien cultiv, o couloient deux ri- vires d'eau froide, et o, de mmoire d'homme, il ne s'toit pas mme fait entendre un bruit sou- terrain. La catastrophe fut annonce ({uelques mois d'avance par des secousses et des mugissements qui durrent quinze ou vingt jours. Il y eut ensuite une pluie de cendres et des mugissements plus violents qui dterminrent les habitants la fuite. Des flammes s'levrent sur une tendue de plus d'une demi-lieue carre ; des fragments de roche furent lancs de grandes hauteurs ; la crote du terrain ET GOLOGIE. 291 seevoit et s'abaissoit comme les ondes; il en sortit une multitude innombrable de petits cnes de six neuf pieds qui brissrent la surface du plateau comme des ampoules , et qui subsistent encore; il s'leva enfin dans la direction du S. S. E. au N. N. E. une suite de six collines, dont la principale, qui conserve encore aujourd'hui un cratre enflamm, n'a pas moins de 1600 pieds de hauteur. Ces ef- frayantes oprations de la nature durrent depuis le mois de septembre i -y 5c) jusqu'au mois de fvrier suivant. Des tmoins oculaires attestent que le bruit galoit celui qu'auroient pu produire des mil- liers de pices de canon, et qu'il fut accompagn d'une chaleur brlante, dont une partie se con- serve encore prsent ; car M. de Rumboldt a trouv la chaleur du sol de 20 degrs suprieure celle de l'atmosphre. Tous les matins des milliers de filets de fume s'lvent des cnes et des crevasses de ce grand plateau ; les deux rivires ne roulent plus que de l'eau chaude imprgne d'hydrogne sulfur, et la vgtation ne fait que de renatre sur ce terrain boulevers. Ce volcan est 46 lieues de la mer, et une dis- tance -peu-prs pareille du volcan actif le plus voi- sin ; et cette occasion , M. de Humboldt remarque que plusieurs volcans du Nouveau -Monde sont aussi loigns de la mer que celui-l; tandis que 292 MINERALOGIE dans Fancien on n'en connot aucun qui s'en loi- gne jjlus de douze lieues , et que la plupart sont sur ses bords. Ce savant voyap^eur nous apprend aussi que tous les grands volcans du Mexique se trouvent non seulement -peu-prs sur une mme lip^ne transversale la direction des Gordilires , mais encore, quelques minutes prs, sous le mme parallle, comme s'ils avoient tous t sou- levs sur une crevasse souterraine c[ui aboutiroit d'une mer l'autre. Il s'est assur de tous ces faits par des mesures et des dterminations de position aussi exactes que pnibles. Le public en verra tout le dtail dans la continuation du clbre ouvrage o M. de Humboldt a consign les rsultats de son grand voyage en Amrique. ANNE 1815. Entre les questions que les savants occups de la thorie de la terre agitent ordinairement il en est peu de plus difficile ni qui ait occasion des dis- putes plus longues et plus opinitres que celle de l'origine des basaltes et des vakes, sortes de ro- ches que les uns considrent comme des produits d'anciens volcans , tandis que d'autres les regardent comme dposs dans le liquide gnral o se sont formes les roches ordinaires, et comme analogues aux trapps des terrains primitifs. ET GOLOGIE. 2g3 M. Gordier, inspecteur- divisionnaire des mines et correspondant de l'Acadinie , ayant port aussi son attention sur ce grand problme, a imagin, pour le rsoudre, des moyens entirement nou- veaux. Ses premires rflexions lui firent apercevoir que lapins grande difficult pour comparer les matires d'une nature conteste, avec celles dont l'origine, soit volcanique ou non volcanique, est incontesta- ble, tient ce que les unes et les autres se compo- sent souvent de particules tellement mlanges, rduites en pte d'apparence tellement homogne, qu'il est impossible l'il de les discerner. La chimie ne peut venir ici au secours des sens, parcequ'elle confond toutes ces particules dans ses analyses, et ne donne en rsultat que la liste totale de leurs l- ments primitifs, au lieu de distinguer ceux qui appartiennent chacune de leurs espces. M. Gordier imagina donc un nouveau mode d'analyse mcanique, qui consiste rduire d'a- bord en parcelles les espces minrales dont on peut souponner l'existence dans les roches que l'on veut exaininer; bien dterminer les carac- tres physiques de ces parcelles et ieur manire de se comporter au chalumeau; pulvriser ensuite les roches dont on fait l'objet de son tude ; tirer, au moyen du vannage ou du lavage, les diverses 294 MINRALOGIE sortes de particules que cette pulvrisation a dta- ches les unes des autres, et les soumettre aux mmes preuves que Ton a fait subir aux parcelles de substances bien connues. Cest, comme on voit, une sorte de minralogie miscroscopique dont M. Cordier a tir un excellent parti. Les ptes pierreuses, reconnues pour des la- ves, et historiquement constates pour telles, se sont fort bien prtes cette nouvelle analyse : leurs particules se sont assez aisment spares; elles ne lui ont offert qu'un petit nombre de combinaisons, dans lesquelles dominoient tantt le feldspath , tantt le pyroxne, et o ils s'allioient en diverses proportions au fer titane; ces trois lments con- stants se mloient, mais d'une manire moins g- nrale, l'amphibole, l'amphigne, le mica, le p- ridot, et ie fer oligiste. Les ptesbasaltiquesd^une origine plus ou moins conteste n'ont pas t plus difficiles diviser dans leurs parties constituantes, et ces parties ne se sont pas trouves diffrentes. Toutes ces ptes anciennes ou modernes, reconnues ou non pour des laves, sont donc, selon fauteur, des granits microscopi- ques dans lesquels l'uniformit du tissu entrelac n'est interrompue que par de trs petits vides, un peu moins rai'es dans certaines laves que dans d'autres, et qui paroissent, l'il nu, des masses ET GOLOGIE. iS homognes o dominent, soit les caractres du pyroxne, soit ceux du feldspath, et qui ne peu- vent plus alors tre distingues qu'en deux sortes. Une partie des scories qui accompagnent les laves pierreuses, et qui sont les premiers produits de la coagulation des matires en fusion, se com- pose aussi de grains^divers, mais plus fins, moins rgulirement entrelacs, et cependant des mmes espces que les masses qu'elles recouvrent ; une autre partie plus altre par l'action du feu se rap- proche davantage de l'tat vitrifi: d'autres enfin sont compltement cet tat, mais il leur reste toujours assez de traces de leur origine pour qu'on ne puisse les inconnotre. Elles se rapportent tou- jours l'un des deux ordres principaux de combi- naisons, reconnus parmi les laves pierreuses. M. Gordier cherche expliquer, par la diffrence d'tat des scories, ce phnomne quia frapp plu- sieurs voyageurs, que certains courants de laves restent ternellement striles, tandis que d'autres se parent promptcment de la plus belle vgtation. C'est que les premiers, plus vitrifis que les autres, se dcomposent moins aisment. L'auteur examine aussi les obsidiennes ou verres volcaniques; et, en comparant toutes les nuances de leur plus ou moins de vitrification, il y trouve toujours quelques traces de ce pyroxne ou de ce igS MINRALOGIE fieldspatli, principes dominants des deux ordres de lave, et les obsidiennes qui fondent en verre noir lui ont montr des transitions parfaites jus- qu'au basalte le plus dense; en un mot, les obsi- diennes, les scories, les laves, les basaltes, ne dif- frent point en composition, mais seulement par les accidents de leur tissu. Il n'est pas jusqu'aux sables et cendres volcaniques o Ton ne retrouve , par le lavage, les mmes matriaux dont l'agrga- tion forme les laves voisines. M. Cordier a suivi ces matriaux dans les diverses substances aprs {u'elles ont t altres par le temps , et les y a dga- gs des substances nouvelles qui les ont envelopps ou qui se sont infiltres dans leurs intervalles; en un mot il n a nglig l'examen d'aucune des modi- fications des produits volcaniques vrais ou contes- ts, et il n'a trouv nulle part ses rgies gnrales en dfaut ; mais lorsqu'il est pass enfin ces trapps, ces cornennes, ces ptrosilex, en un mot, ces anciennes rocbes auxquelles on avoit voulu rapporter les basaltes, il n'y a plus reconnu au- cun de ces caractres si marqus qui tablissent entre les laves et les basaltes des rapports incontes- tables. La masse de ces anciennes roches n'a point de vides apparents ; peine y a peroit -on des grains , et ils ne diffrent point entre eux pour la couleur; ET GOLOGIE. 297 011 ne peut pas les isoler ni en faire l'analyse mca- nique. Par consquent, si une partie de ces roches se compose de matriaux htrognes, il n'est pas possible de dterminer les espces minralogiques auxquelles ces matriaux appartiennent. Leur analyse chimique donne aussi d'autres r- sultats, sur -tout parcequ'elle n'y montre aucune trace de fer titane. Ainsi l'analogie prtendue entre les trapps et les basaltes ne supporteroit pas un examen rigoureux. Quant l'origine des laves , et aux causes de leur fusion , M. Gordier ne se permet aucune conjecture ; mais, considrant leur masse comme coagule par une cristallisation instantane, il rsout aisment le problme particuher long -temps dbattu : si les cristaux renfermes dans les laves ont t enlevs tout forms aux entrailles de la terre, et envelopps par elle, ou s'ils se sont forms aprs coup dans leurs vides, ou enfin s'ils ont cristallis au mme instant que le reste de leur niasse s'est durci ; et l'on comprend aisment que c'est ce dernier parti qu'il adopte. Il termine ce grand et beau travail par une nu- mration mthodique des basaltes et des produits des volcans, rangs d'aprs leurs matriaux d'agr- gation, et sous les bannires des deux substances jiii y prdominent, le feldspath et le pyroxne. 298 MINRALOGIE Cette nature si mystrieuse des volcans, ces foyers immenses de chaleur, loin de toutes les conditions qui entretiennent la chaleur la surface de la terre, seront lon^-temps encore un des grands objets de la curiosit des physiciens, et exciteront leurs efforts tant qu'il leur restera quelque espoir de succs. Un jeune minralogiste, aussi zl qu'instruit, M. Mes- nard de La Groye, d'Angers, ayant eu occasion en 1 8 1 2 et 1 8 1 3 d'observer de prs plusieurs des ph- nomnes du Vsuve, en a dress un journal d'une exactitude singulire, qu'il a entreml de beaucoup d'ides et de suppositions originales. Depuis l'norme diminution que le cne du vol- can a prouve en 1 794 7 o il s'affaissa de plus de 4oo pieds, toutes les ruptions se sont faites par son sommet, ce qui parot les avoir empches d'tre aussi abondantes et aussi destructives que celles qui peroient ses flancs. Le fond du cratre s'est relev, et il ne seroit pas impossible qu'il vnt se remplir : d'o M. de La Groye tire cette con- clusion, qu'il ne faudroit pas toujours refuser une montagne la qualification de volcanique, par- eequ elle n'auroit pas de cratre. Les coules de laves sont d'autant moins abon- dantes qu'il y a un plus grand nombre de scories et de lapillis lancs par l'ruption. Tout le cne est couvert de ces petites pierres qui y sont bientt alt- ET GOLOGIE. 299 res par les vapeurs acides, et prennent ces cou- leurs vives et varies qui les font prendre de loin pour des gazons en fleur, et qui ont du moins donn croire, mme des naturalistes, que le cratre est rempli de soufre; ce qui est si peu vrai qu'il est mme rare d'y sentir des vapeurs sulfu- reuses : il s'y lve au contraire de fortes et conti- nuelles exhalaisons d'acide muriatique, et le sel marin y est par-tout en concrtion. M. Mesnard de La Groye prend de l occasion de diviser les volcans en deux classes ; ceux o le sou- fre joue un rle essentiel, et ceux o domine l'a- cide muriatique. C'est parmi ces derniers qu'il range le Vsuve. Il fait aussi remarquer les fumes continuelles qui s'lvent des coules de laves, et qui y annon- cent une grande humidit : elles sont en effet pure- ment aqueuses. On ne voit point de flammes, mais les sables et les pierres embrass, et la rverbra- tion du foyer intrieur sur les vapeurs qui en sortent, produisent cette illusion. La lave marche lentement; ses bords refroidis lui forment un ca- nal, et la tiennent leve au-dessus du terrain toute couverte de scories ; i'I est d'une difficult extrme de voir sa partie fluide. On sait d'ailleurs que sa chaleur n'a rien qui approche de celle du verre fondu; oar lorsqu'elle enveloppe des troncs d'ar- 3oo MINRALOGIE bres, elle ne les cai bonne pas jusqu'au centre. Aussi M. de LaGroye croit-il que la lave doit sa flui- dit quelque principe qui se consume par le fait mme de la fusion, et que c'est cela que tient la difficult de refondre celle qui est refroidie. La pleine masse, la partie non boursoufle en scories, a l'aspect tout pierreux ; c'est ce que les Allemands appellent graustein. L'auteur compare les priodes de la fusion des laves ceux par o passent les sels qui fondent aprs s'tre boursoufls ; il rapporte des faits curieux sur la prodigieuse dure de leur cbaleur, et en conclut qu'elles portent en elles- mmes le principe de leur chauffement , et qu'elles n'ont pas simplement une cbaleur communique. A toutes ces remarques, M. de La Groye joint une relation fort dtaille de la (grande ruption de i8i3, qui produisit une infinit de lapillis et de cendre, mais dont les laves n'arrivrent pas jus- qu'aux terrains cultivs. Aprs avoir tudi avec tant de soin les volcans brlants, M. de La Groye a voulu aussi se rendre compte des motifs que Ion peut avoir pour ranger diverses montagnes parmi les volcans teints, et il en a visit une que de Saussure et d'autres grands gologistes a voient dj place dans cette classe, mais o les neptunistes obstins trouveioient en- core bien des pn'textes pour appuyer leurs doutes. ET GOLOGIE. 3oi C'est la montag^ne de Beaulieu , trois lieues en- viron d'Aix en Provence. Les ingalits du sol qui l'environne reprsentent des tranes comparables aux courants de laves ; son tendue est de 1 200 toises de longueur sur 6 y 00 de largeur, son lvation moyenne au-dessus de la mer de 200; ce qui l'en- toure est calcaire une distance indfinie : vers l'est sont les battes basaltiques, qui semblent former le noyau de tout le systme ; mais dans la partie ba- saltique mme il y a aussi des coquilles marines et beaucoup de calcaire. Les amygdalodes et les ba- saltes en sont recouverts en plusieurs endroits ; en d'autres, leurs fragments en sont empts, et com- posent avec ce calcaire une sorte de brcbe; il a souvent pntr dans les cellules des amygdalodes. Cependant la roche principale est le grnstein secondaire des Allemands, compos de feldspath et de pyroxne, quelquefois en si gros grains qu'il ressemble du granit. Il forme une longue trane, et l'on passe de cette roche par des intermdiaires comparables des trapps proprement dits jusqu'au basalte ordinaire contenant du pridot, et dont de Saussure a vu quelques parties divises en prismes. Il y a aussi de la vake qui sert de base l'amyg- dalode , et qui , lorsque ces cellules sont vides , ressemble tout--fait une lave poreuse, mais o elles sont le plus souvent remplies de calcaire, 3o2 MUNRALOGIE comme dans le mandelstein des Allemands. On trouve enfin un tuf basaltique rempli de petits ga- lets calcaires et contenant des pyroxnes, des pri- dots, des micas, et ces autres espces minrales si communes dans les laves. M. Mesnard voit Beau- lieu jusqu' un enfoncement qui lui parotun reste de cratre. Enfin fauteur, aprs avoir donn quel- ques raisonnements gnraux contre les objections des neptunistes, conclut que cette montagne est le produit d'une ruption sous-marine, et que la mer o elle s'est faite a continu long-temps aprs d- poser du calcaire. De Saussure avoit dj paru favo- rable cette opinion ; M. Faujas l'a regarde comme incontestable, et M. Mesnard croit y voir un moyen de concilier toutes les opinions sur les prtendus trapps secondaires, objets de si longs dbats. Parmi ces nombreux dbris d'organisations in- connues qui remplissent les couches de la terre, il se trouve des empreintes d'animaux d'une singu- lire forme, composs d'une sorte de corcelet et d'un abdomen form de plusieurs segments, dont chacun est divis en trois lobes. Les naturalistes leur ont donn les noms d'entomolit/ies et de trilobites; mais ils ne les avoient pas assez distingus entre eux, et ne s'toient pas occups de dterminer quel ordre de couche chaque espce appartient. M. Brongniart, correspondant et directeur de la ET GOLOGIE. 3o3 maniilacture de Svres, que l'Institut vient d'ac- qurir au nombre de ses membres pour sa section de minralogie, la place de feu M. Desmarets, a prsent un travail sur ce sujet, o, d'aprs une comparaison exacte des chantillons qu'il s'est pro- curs, ainsi que les auteurs prcdents, il montra qu'il existe au moins sept espces de ces trilobites; que leurs formes principales sont assez diffrentes pour les rpartir dans quatre (genres, lesquels doi- vent tous tre rangs dans la classe des crustacs, et dans l'ordre de ceux dont les branchies sont d- couvert. La plupart de ces trilobites appartiennent aux plus anciens, c'est--dire aux plus profonds, des terrains qui reclent des dpouilles animales; ils doivent doncavoirtdu nombre des premiers tres vivants; et en effet mesure ([u'on aj)proche de la surface on trouve des crustacs plus semblables ceux que la mer nourrit aujourd'hui ; mais les tri- lobites disparoissent entirement. M. Giliet-Laumont, membre du conseil des mines et correspondant de l'Institut, a fait voir des a^jates o de petits cercles blanchtres, disposs en quinconce, simuloient quelque ptrification de la classe des polypiers ; mais ils toient le produit de l'artifice. M.Laumont, qui avoit remarqu pr- cdemment que des coups, mnags d'une certaine manire, dtachoient d'un bloc de grs des cnes 3o4 MINRALOGIE trs r^uliers, a appliqu des coups pareils des ap^ates, et y a produit de iiinie des fissures coniques dont la coupe a offert des cercles entirement sem- blables ceux qui avoient d'abord fait illusion. M. Gordier a publi un mmoire sur les mines de houille de France, et sur les prop^rs que leur exploitation a faits depuis vingt-cinq ans. Il prouve que dans cet intervalle les produits ont plus que quadrupl. Cet ouvrage, trs important pour l'ad- ministration , est accompagn d'une carte qui d- signe l'tendue de nos terrains houillers, les fosses principales qui s'y exploitent, et la direction de leurs divers dbouchs : il a t insr dans le Journal des Mines. Il est encore tomb cette anne des pierres de l'atmosphre aux environs de Langres, avec toutes les circonstances accoutumes. M. Pistollet, m- decin de cette ville, en a recueilli; elles ressem- blent en tout aux autres pierres de mme origine, except que leur cassure est peut-tre un peu plus blanche. M. Vauquelin^ qui avoit t charg l'anne der- nire d'examiner les arolithes d'Agen, a prsent quelques rflexions sur l'tat o se trouvent les principaux lments de ces sortes de pierres. Une partie de la silice lui parot y tre en combinaison avec la magnsie ; il y a du soufre uni au fer, car il ET GOLOGIE. 3o5 donne du gaz hydrogne sulfur en se dissolvant dans les acides; quant au chrome, il parot tre isol, et se montre quelquefois en molcules assez grosses pour loigner toute ide de combinaison. ANNE 1816. Le Groenland a fourni, depuis quelques annes, une pierre en petits cristaux dodcadres d'un vert cladon , que Ton a nomme sodalithe, parcequ elle contient prs d\in quart de son poids de soude unie avec de la silice et de ralumine. M. le comte Dunin-Borkowsky , gentilhomme gallicien et minralogiste aussi zl qu'instruit , a dcouvert une varit incolore et en gros prismes de cette mme pierre , dans cette partie de la pente du Vsuve appele Fosso-Grande , si clbre par le nombre et la varit des minraux qu'elle a offerts aux collecteurs. La composition de ceux-ci , fort analogue celle du verre , auroit pu frapper dans des cristaux rejets par un volcan, s'ils n'toient accompagns d'une multitude d'autres espces qui n'ont rien de commun avec le verre , et si les soda- lithes du Groenland ne se trouvoient pas dans des terrains o Fou n'aperoit nulle trace de feux sou- terrains. La gologie, dans la forme scientifique laquelle elle s'est leve dans ces derniers temps, a moins BUFFON. COMPLM. T. II. 20 ~ 3o6 MINRALOGIE pour objet d'imaginer, comme autrefois, des sys- tmes sur les tats par o le globe a pass , que de dcrire exactement son tat actuel , et la position relative des masses qui composent son corce. On sait que, sous ce dernier rapport, on a distingu ces masses en primitives, c'est--dire dans les- quelles on ne voit point de traces de corps o^^gani- ss , et que l'on croit antrieures la vie ; et en se- condaires, qui toutes sont plus ou moins remplies des dbris de ces corps , et qui doivent en cons- quence avoir t formes depuis qu'ils existent. Ces masses sont en outre gnralement diffrentes par leur nature et par les matires qui les composent; l'on a cru mme Ion g- temps que ces matires s'- toient succd et remplaces d'une manire ga- lement tranche ; en sorte qu'aucune de celles qui se dposoient avant l'existence des corps or- ganiss ne se seroit dpose depuis , et rcipro- quement. G'toitl une assertion prmature que des obser- vations plus exactes ont dmentie. On s'est aperu qu'entre ces deux genres de terrains il en existe de mlangs, en quelque sorte, o d'anciennes ma- tires se reproduisent aprs que des matires nou- velles se sont montres ; o quelques corps organiss sont recouverts par des masses de la mme nature que celles qu'on croyoit avoir cess de se dposer ET GEOLOGIE. J07 depuis que la vie s etoit montre sur le g^lobe. Ces monuments du passage d'un tat de chose un au- tre ont t appels terrains de transition. Il nVst pas toujours facile de les reconnotre pour tels; et M. Brochant, dans un mmoire publi il y a quelque temps, avoit eu besoin de toute sa saga- cit pour rappeler cette classe intermdiaire les plus grandes portions de la valle de Tarentaise , d'autant que l'on n'avoit point dcouvert alors quel- ques coquilles dont l'existence dans ces roches a confirm, de la manire la plus flatteuse, les con- jectures et les raisonnements de ce savant golo- giste. Il a tendu depuis ce genre de recherches , et les a portes principalement, cette anne, sur les gypses anciens qui se trouvent en abondance dans certaines parties des Alpes, et dont tous les voya- geurs qui traversent le Mont-Gnis ne peuvent man- quer de remarquer d'normes masses. Aprs avoir dcrit, avec une scrupuleuse exactitude, toutes les circonstances de leur gisement, et avoir souvent contourn les montagnes, sur les flancs desquelles ils se prsentent, Fauteur montre leurs rapports de situation et d nature avec les terrains de transition , et prouve que l'on doit les ranger dans cette classe. Les terrains primitifs eux-nimes ne sont pas toujours faciles caractriser : l'irrgularit de leur an. [\oS MINRALOGIE position, lenormit des espaces oli il faut (pielque- fois poursuivre leurs rapports , et les variations nuances de leur composition, offrent de jurandes difficults. Ainsi M. Brochant a reconnu, par de lonf^s voyaf]^es et de pnibles examens , que les hau- tes cimes des Alpes, depuis le Mont-Cnis jusqu'au Saint-Gothard, et notamment le Mont-Blanc, ne sont point, comme on lavoit cru , de g^ranit propre- ment dit, mais d'une varit plus cristalline et plus abondante en feldspath , d'une roche talqueuse et feldspathique qui domine dans une assez g^rande partie des Alpes , et qui contient souvent des mine- rais mtalliques en couches; il s'est assur, en mme temps, qu'un vritable terrain de g^ranit rgne sur la bordure mridionale de la chane; et, d'aprs l'analog^ie , il regarde comme trs vraisemblable que ce terrain granitique supporte le terrain tal- queux ; d'o il conclut que les hautes cimes des Alpes ne sont point la partie relativement la plus ancienne de ces montagnes. Nous avons rendu compte, dans le temps, d'une disposition fort analogue, dcouverte dans les Py- rnes par M. Bamond. fi'on doit toutefois remarquer que la primordia- lit du granit, parmi les roches connues, souffre des exceptions. M. de Buch a constat en Norwge que des granits, videmment reconnoissables pour ET GOLOGIE. 3o9 tels, sont superposs des terrains que Ton croyoit plus modernes, et mme des terrains ptrifica- tions. Ce fait a t observ galement en Saxe et jusque dans le Caucase. M. de Bonnard , ingnieur des mines de France , qui, par une singularit honorable pour nous, a donn la gologie la premire description com- plte de l'Ertzgeburg , de cette province de Saxe (jui est en quelque sorte la patrie de la gologie; M. de Bonnard s'est attach, dans cet ouvrage, dterminer les lieux o le granit est infrieur aux autres terrains, et ceux o il est suprieur quel- ques uns. On ne peut douter, d'aprs ses rechei'ches, que le granit de Dohna ne soit dans ce dernier cas , ainsi que Tavoient annonc des observateurs saxons ; mais , en d'autres endroits , et sur-tout prs de Frey- berg, on s'est trop empress de conclure la sup- riorit du granit, de quelques irrgularits dans la forme de ses masses, dont les parties saillantes se font quelquefois jour au travers des roches qui le recouvrent, il parot, au reste, que la chane qui spare la Saxe de la Bohme a aussi les granits d'un ct de sa crte, du ct mridional. Cet crit de M. de Bonnard contient beaucoup d'autres dtails prcieux sur la nature et la position des terrains de la province clbre qu'il a tudie, ainsi que sur les riches filons mtalliques qui la par 3lO MINRALOGIE courent clans tous les sens, et sur lesquels Findustrie des mineurs s'exerce depuis si long-temps. Sous ces rapports, il est d'un gal intrt pour la gologie et pour l'art de l'exploitation des mines. M. Hron de Villefosse , aujourd'hui associ libre de l'Acadmie , a rendu ce mme art un bien grand service , par son ouvrage intitul de la Richesse Minrale. Le premier volume, qui avoit pour objet l'administration des mines , imprim ds 1 8 lo , est connu et apprci depuis long-temps. Le second , o il est trait de leur exploitation , a t prsent en manuscrit rAcadmie. L'auteur y runit, toutes les directions que donnent les sciences nombreuses d'o drive la thorie, une immense quantit de faits pratiques qu'il a recueillis dans ses voyages et dans l'exercice de ses fonctions, en sorte que les prceptes y sont appuys d'exemples qui n'ont rien d'imaginaire, mais qui sont tous ralissen quelques lieux. Un magnifique atlas offre l'il tout ce que ces exemples ont de sensible : on y voit des cartes gologiques de Hartzwald et de la Saxe, les pays les plus clbres par l'anciennet de leurs mines; des plans et des coupes de toutes les manires d'tre du minerai dans le sein de la terre, ainsi que des voies que l'art a su ouvrir pour len retirer, et des mca- niques de tous genres que l'on emploie cet effet; et presque tous ces matriaux sont indits et ras- ET GOLOGIE. 3l l sembls sur les lieux par Fauteur. On ne peut met- tre en doute la grande utilit d'un tel ouvrage pour un pays o lart dont il traite est encore si peu flo- rissant. La dcouverte si importante en gologie, faite par MM. Brongniart et Guvier, de certaines couches pierreuses qui ne contiennent que des coquillages de terre et d'eau douce , et qui ne ne peuvent pai' consquent avoir t formes dans la mer comme les autres couches coquillires , a excit de nom- breuses recherches dans toute FEurope. Nous avons rendu compte dans le temps de celles de MM. Mar- cel de Serres et Daudebart de Frussac sur les terrains d'eau douce de diverses contres de France, d'Espagne et d'Allemagne; on en a fait d'analogues et fort tendues en Angleterre. Cette anne, M. Beu- dant , professeur Marseille , a considr cette ma- tire sous un nouveau rapport. Gomme on trouve en quelques endroits des coquilles d'eau douce m- les des coquilles marines, il a cherch dcou- VFir par l'exprience jusqu' quel point les mollus- ques d'eau douce peuvent s'habituer vivre dans l'eau sale, et rciproquement jusqu' quel point les mollusques marins peuvent supporter Feau douce. Il a trouv que tous ces animaux meurent promptement quand on change subitement leur sjour, mais qu'en augmentant par degrs la salure 3l2 MIINRALOGiE de l'eau pour les uns, et eu la diminuant par de- grs pour les autres, on les habitue, pour la plu- part, vivre dans une eau qui ne leur est pas na- turelle. Quelques espces rsistent cependant ces tentatives, et ne supportent point de variations dans l'eau qu'elles habitent. La nature indiquoit d'avance ces rsultats; cer- taines hutres, certaines crites, la moule commune, remontent assez liant dans les fleuves, et Ton voit quelques limnes dans des endroits o l'eau parti- cipe beaucoup de la salure de la mer. M. Marcel de Serres a donn la suite de ses pre- mires recherches sur ces terrains d'eau douce , dont nous avons rendu compte dans notre analyse de i8i3. l a fait connotre principalement, cette anne, une formation de ce genre, qu'il regarde comme plus nouvelle que toutes les autres, et qu'il a dcouverte dans sept lieux diffrents des environs de Mont])ellier. Ses observations se rattachent en partie celles de M. Beudant: il distingue les es- pces des environs de Montpellier en celles qui ne paroissent pouvoir vivre que dans les eaux douces ; celles qui peuvent subsister dans des eaux saum- tres, dont le maximum est de 2 y 5 ; enfin celles qui les eaux marines paroissent ncessaires. Il ex- plique par-l quelques mlanges fort rares des d- bris de ces tres. ET GOLOGIE. 3l3 Le terrain qu'il dcrit se compose d'abord en quelque sorte de deux tag^es renfermant des co- quilles diffrentes. Le suprieur en contient de terrestres en mme temps que d'aquatiques. La for- mation nouvelle est applique la surface de terrains divers, et principalement sur le haut des collines ou des plateaux. On y voit beaucoup de coquilles terrestres et d'empreintes de vgtaux parfaitement semblables aux espces qui vivent actuellement sur le mme sol. A mesure que l'on approfondit en Europe les m- thodes d'observation j^olorjique , il se trouve des naturalistes zls qui les appliquent aux pays plus loif^ns, et qui y retrouvent la nature fidle aux mmes lois. Nous avons parl plusieurs fois des immenses travaux de M. de Humboldt sur la structure et lel- vation respective des montagnes des deux Am- riques. Ce savant voyageur a sembl prluder des travaux non moins importants par un tableau des rsultats obtenus dans l'Inde, sur la hauteur de di- vers pics de cette immense chane connue des an- ciens sous le nom d'Imaiis, et o les Indous ont plac les principaux faits de leur mythologie. D'aprs les mesures trigonomtriquesdeM.Webb, ingnieur anglois, quatre de ces pics seroient plus levs que le Ghimborao, et l'un d'eux, la plus 3l4 MINRALOGIE baute montagne connuejusqu a cejour sur leglobe, auroit4oi3 toises, ou -7821 mtres; et mme, selon d'autres calculs, 4^01 toises, ou 818^ mtres. M. de Humboldt fait dans ce mmoire un usage beureux des lois de la gograpbie vgtale, pour suppler aux mesures de b auteur de certains pla- teaux que Ton n'a point encore pu prendre imm- diatement ; et , lorsque telle ou telle plante se cultive dans un lieu, il dtermine, d'aprs la latitude ^ quelle bauteur le plateau sur lequel ce lieu se trouve ne peut avoir dpasse. Ce sera un sujet curieux de vrification pour les voyageurs, qui, d'aprs les nom- breux rapports qui s'tablissent, vont sans doute de plus en plus visiter ces valles et ces montagnes de rimaus, ce Tbibet , ce Boutan , ce Npaul , les contres les plus intressantes peut-tre du monde pour l'bistoire du genre bumain, si comme tout l'annonce c'est de l que notre race est descendue. Dans un espace plus born , M. Moreau de .Ton- nes, nomm depuis peu correspondant, n'a pas laiss que de faire des observations utiles. Il a pr- sent l'Acadmie une carte gologique d'une par- tie de la Martinique o sont marques avec un grand soin les bauteurs des montagnes et des col- lines qui la brissent., et principalement du volcan teint qui parot avoir donn naissance ces inga- lits qu'il domine. ET GOLOGIE. 3l5 L'auteur a tendu ses recherclies la ^oologie d'une grande partie des Antilles. Des pics volcani- ques occupent les centres levs de ces les, et se nomment mornes ; les crtes de laves qui en sont dcoules s'appellent barres, et l'on dsigne par la dnomination de plainiers les plateaux qu'elles ont forms en s'talant leur partie infrieure. Les les o il ne se trouve qu'un pic et un seul systme de djections, telles que Saba , Nives , Saint-Vincent , sont plus petites , moins importantes pour l'agriculture. Elles n'ont point de bons ports, parceque ces ports ne sont que l'extrmit des val- les laisses entre deux ou plusieurs systmes, tels qu'il s'en voit la Guadeloupe , la Martinique, la Dominique, Sainte-Lucie, la Grenade, etc.; la Martinique, en particulier, parot devoir son ori- gine six foyers volcaniques , et montre encore six pics auxquels tout son terrain se rapporte. C'est la topographie et la minralogie exactes de l'un des six, celui de la montagne Pele, que nous donne M. de Jonns. Il croit cette nature volcanique si gnrale qu'il suppose qu'elle sert de base mme celles des Antilles , qui n'offrent l'extrieur que des calcaires manifestement coquilliers, telles que la Barbade et la grande terre de la Guadeloupe. La Guadeloupe proprement dite est forme de quatre systmes d'ruption, un desquels, la Soufrire, a 3l6 MINRALOGIE conserv encore quelque activit. M. de Jonns en donne aussi une description soigne dans une sta- tistique gnrale de cette le. ANNE 1817. Les minraux, considrs sous un point de vue gnral, n'occupent essentieilenjcnt que les natu- ralistes ; mais les rapports particuliers d'un grand nombre de leurs espces avec les besoins et les agr- ments de la socit sont pour ainsi dire iniinis. Les moins importants de leurs usages, ceux qui n'int- ressent que la vanit, produisent encore dans le commerce et dans les relations mutuelles des peu- ples des mouvements que la politique tudie, et que la philosophie ne doit pas ddaigner, car elle en tire toujours quelque profit. Le plus puril de tous les luxes est bien certainement celui des pierres prcieuses, et cependant nous lui devons la pre- mire connoissance de contres loignes, et plu- sieurs faits de phvsique dignes de toute notre atten- tion. M. Hatiy, dont les travaux ont donn h la grande minralogie une face si nouvelle en la sou- mettant aux procds d'une physique dlicate et aux calculs d'une gomtrie rigoureuse, a voulu que ces minralogistes pratiques, qui ne s'occupent que des minraux de luxe, participassent aussi aux ])rogrs del science. Il vient de publier un trait ET GOLOGIE. Siy des caractres physiques des pierres prcieuses, o il donne les moyens les plus srs d'en distin- guer les espces, malgr les altrations que Fart leur a fait subir en les taillant, en les chauffant, ou de toute autre manire; et ce qui toit plus diffi- cile, malgr toutes les diversits de couleur et de transparencequela nature leur imprime. Genesont l que des accidents ; lessen ce de chaque espce con- siste dans la forme de sa molcule intgrante, dan s la disposition de ses lames, et dans la nature de ses lments ; mais on ne pourroit constater ces carac- tres dans une gemme sans la dtruire ; on est donc rduit ceux qui drivent des premiers et en sont en quelque sorte les indicateurs; savoir, la du- ret, la pesanteur spcifique, la double rfrac- tion, et lelectrisation, soit par le frottement, soit par la chaleur. C'est sur ceux-l que M. Hauy in- siste dans un ouvrage qui sera galement avanta- p^eux et ceux qui travaillent les pierres prcieuses et ceux qui aiment s'en parer. Nous avons parl plusieu^ fois de la grande question leve entre les cristallographes et les chi- mistes, sur la prfrence que mritent les carac- tres offerts par leurs sciences respectives pour la distinction de minraux, et nous avons cit quel- ques exemples de substances dont la composition 3l8 MINRALOGIE chimique varie un dfr tonnant , quoique leur forme cristalline et plusieurs de leurs proprits physiques restent les mmes. On en est rduit croire que dans ces sortes de cas il se fait un m- lange purement mcanique, une interposition de substances tranj^res entre les molcules du vri- table cristal, lesquelles conservent leurs rapports comme si ces matires htrognes netoient pas survenues ; mais dans cette hypothse on est oblig de reconnotre un fait bien extraordinaire : c'est la puissance prdominante dont certaines substances jouissent, et en vertu de laquelle elles en contrai- gnent d'autres se plier leurs formes, se sou- mettre leurs lois, quoique ces autres substances aient aussi des formes et des lois cristallines qui leur sont propres, et qu'elles entrent dans le mlange (si Ion veut l'appeler ainsi) en quantit incompa- rablement plus grande que celle laquelle elles sont ainsi obliges d'obir. C'est ce que M. Beudant vient de constater par des expriences trs exactes qu'il a soumises l'A- cadmie, n Aprs avoir reconnu que deux sels s'unissent ra- rement dans les mmes cristaux, moins d'avoir un principe commun , il a ml diffrents sulfates pour dterminer lequel l'emporteroit sur les autres. Le sulfate de fer exerce un pouvoir, on oseroit ET GOLOGIE. 3l9 dire un despotisme, tout--fait tonnant. Il suffit, par exemple, que dans une dissolution de sulfate de fer et de sulfate de cuivre il y ait un dixime du premier pour que la totalit cristallise sous la forme qui lui est propre, et pour que celle du sulfate de cuivre ne s'y montre nullement. Avec du sulfate de zinc il faut un dixime et demi de sulfate de fer pour dominer; enfin, si Ton mlange un quart de sulfate de zinc et trois quarts de sulfate de cuivre, il suffira d'y ajouter deux trois centimes de sul- fate de fer pour que le tout cristallise comme si c'toit du sulfate de fer pur. Pour montrer quel point ce rsultat est fait pour tonner il suffit de se rappeler que la mol- cule intgrante du sulfate de cuivre est un parall- lipipdeobliquangle irrgulier; que celle du sulfate de fer est un rhombode aigu; que M. Haliy soup- (^onne celle du sulfate de zinc d'tre un octadre r- gulier, et que les formes secondaires ordinaires de ces trois substances ne se ressemblent pas plus que leurs lments mcaniques. Gomment ce petit nom- bre de molcules rhombodales se rangent-elles fa- cette facette pour former le cristal gnral sans tre troubles dans leur tactique ordinaire par ce nombre prodigieusement suprieur de molcules tout autrement figures? comment celles-ci peu- vent-elles tre contraintes de se presser, de s'empi- 320 MINRALOGIE 1er dans les vastes intervalles des premires, sans aucun ordre relatif l'attraction de leurs propres facettes? Il v a certainement l des mystres dip^nes de toutes les recherches des physiciens, et d'un ordre bien au-dessus de la question de savoir si l'on doit classer les minraux par leur analyse ou par leur forme. M. Lelivre, qui avoit trouv en 1-786 dans une mine de plomb des Pyrnes une substance d'un aspect particulier, qui lui parut d'abord une sorte de calcdoine , en a donn l'analyse faite par M. Ber- thier, ingnieur des mines , qui y a reconnu 44?^ d alumine, 5 de silice, et 4o,5 d'eau. En cons- quence, M. Lehvre la nomme alumine hydrate silicifre. Sa cassure est un peu rsineuse; elle happe la lanfjue; roussie au feu , elle devient friable, et perd 4o pour 1 00 de son poids ; elle ne fond pas au chalumeau ; les acides nitrique et sulfurique la con- vertissent en magma salin. On avoit dj remarqu plusieurs ressemblances entre les arolithes et cette clbre masse de fer natif, observe la surface de la terre en Sibrie par feu Pallas ; M. Laugier vient d'en complter l'ensemble dans l'analyse qu'il a donne d'un frag- ment de cette masse. Non seulement il y a retrouv ET GOLOGIE. 321 le nickel; mais le chrome, dont il a le premier d- couvert l'existence dans les arolithes, s'est aussi offert lui , ainsi que le soufre. Il se fait en quelques endroits de l'Italie et de la Sicile des ruptions d'une vase argileuse et froide, qui sort de terre , s'lve et coule -peu-prs comme la lave ; et l'on a donn cette espce de volcans les noms desalsa, de gorgogli, et de boUilori. C'est de l'un d'eux, situ Sassuolo dans le Modenois, que paroissent tre sorties de violentes djections, ac- compagnes de flammes et de tremblements de terre, dont Pline fait mention. Des auteurs beau- coup plus modernes parlent aussi de flammes, de boue , et de pierres lances de grandes hauteurs. Mais Spallanzani , qui en a donn dans ses voyages une description fort tendue , Ta trouv beaucoup plus tranquille; et M. Mesnard LaGroye, qui l'a visit encore plus rcemment, l'auroit presque m- * pris, si des phnomnes singuliers de la nature pou voient jamais parotre mprisables un physi- cien. Un petit tertre de terre argileuse est perc d'une ouverture assez troite, remplie d'une vase molle , sur laquelle on voit quelques filets de p- trole. Il s'en exhale continuellement des bulles d'un gaz inflammable, qui est un hydrogne carbon ml d'acide carbonique, et il s'en dgage des on- BUFFON. COMPLM. T. II, 2 1 322 MINRALOGIE des d'une eau sale. Tout autour de cette petite bouche, un grand cercle strile et sal est le vestige des anciennes ruptions, et montre qu'elles ont d tre considrables. Mais elles n'arrivent que de temps en temps , comme celles des volcans ordi- naires: L'auteur compare cette salze avec deux ou trois autres qu'il a vues dans les environs; avec celle de Macaluba en Sicile, qu'a dcrite Dolomieu ; avec une autre plus grande de Grime, dont a parl Pallas; et en gnral avec toutes celles dont il a trouv des traces dans les diffrents auteurs. Sans prtendre assigner la cause de ces phnomnes re- marquables, M. Mesnard La Groye se borne faire remarquer qu'ils sont toujours placs dans le voi- sinage des sources de ptrole, des fontaines ar- dentes, des feux naturels, et prs de la limite du dernier calcaire marin. Au reste il dit, ce que l'on voit assez, que les salzes ne supportent aucunie comparaison relle avec les vritables volcans. Les cavernes dont un si grand nombre de mon- tagnes sont creuses appartiennent aussi aux phno- mnes remarquables qui occupent le gologiste. M. de Humboldt , qui a voit observ depuis long- temps celles des chanes calcaires d'une partie de l'Allemagne, n'a pu manquer de porter son atten- ET GOLOGIE. 323 tion sur celles de la grande chane porphyritique et volcanique des Andes. Ce qui, dans les premires, appartient l'aciion des eaux semble avoir t quelquefois dans les autres l'effet d manations ga- zeuses. On voit de ces cavernes auprs de Quito, assez tendues pour servir de refuge et comme de caravanserais aux voyageurs. Elles sont gnrale- ment peu profondes , et tapisses de soufre. L'- norme grandeur de leurs ouvertures les fait dis- tinguer aisment de celles qu'offrent les tuffa volcaniques en Italie , aux Canaries , et mme dans les Andes. ANNE 1818. M. Beudant continue enrichir la cristallogra- phie de recherches aussi neuves qu'intressantes. Nous avons vu, l'anne dernire, comment, dans ses expriences, un principe salin d'une certaine espce imprime quelquefois sa forme cristalline k un mlange dont il ne fait pas beaucoup prs la plus grande partie. Il s'est occup cette anne d'une question qui n'importe pas moins la science des cristaux ; c'est celle des causes qui dterminent un sel dont les molcules primitives et le noyau ont une forme constante revtir, par l'accumulation de ces mo- lcules selon des lois diverses, des formes secon- 2 r. 324 MINRALOGIE daires si varies que leur nombre tonne quelque- fois l'imagination. Ayant remarqu que les formes secondaires d\ine mme substance sont le plus souvent les mmes dans les mmes gisements, et dans les lieux o elles se trouvent associes de la mme manire d'autres minraux, il a jug que ces formes se- condaires doivent tre dtermines par les circon- stances au milieu desquelles se fait la cristallisa- tion. On savoit depuis long-temps, par les expriences de Rome de Lille , et par celles de Fourcroy et de M. Vauquelin, que la prsence de l'ure dtermine le sel marin prendre la forme secondaire octadre, tandis que dans l'eau pure il cristallise en cubes semblables ses molcules constituantes. Elle pro- duit un effet inverse sur le muriate d'ammoniac, qui cristallise en octadre dans l'eau pure ; elle le fait cristalliser en cube. Un peu plus ou un peu moins de base dans l'a- lun lui imprime des formes secondaires cubiques ou octadriques ; et ce sont si bien des formes se- condaires qu'un cristal octadre d'alun , plong dans une solution plus riclie en base, s'y enveloppe de couches qui lui donneront en dfinitive la forme d'un cube. Partant de ces premiers faits, M. Beudant a trait ET GOLOGIE. 325 la question en grand, et a soumis la cristallisation des sels Vpreuve de toutes les circonstances qu'il a crues capables d'influer sur elle ; savoir, i les cir- constances extrieures et gnrales, telles que la chaleur, le poids de l'atmosphre, le plus ou moins de rapidit de l'vaporation , le volume de la solu- tion, la forme du vase , etc. ; 2 Les mlanges mcaniques qui troublent la so- lution en s'y trouvant, soit en simple suspension, soit en prcipit sans cohrence, soit sous forme de dpt glatineux ; 3*^ Ce qu'il appelle ies mlanges chimiques exis- tants dans les mmes solutions ; 4 Enfin les variations entre les proportions des principes constituants de la substance cristallise. Les circonstances du premier genre n'exercent point d'action, si ce n'est sur la grandeur et la nettet des cristaux. Il en est de mme des petites quantits de matire qui peuvent rester en suspen- sion permanente dans un liquide. Mais on ne peut pas en dire autant des prcipits et des mlanges chimiques. Les cristaux qui se forment au milieu d'un pr- cipit sans cohrence, d'une bouillie dpose au fond du liquide, entranent toujours une partie plus ou moins considrable des molcules de ce dpt, et perdent alors ordinairement toutes les 326 MINRALOGIE petites facettes additionnelles qui auroient pu mo- difier leur forme dominante. Cette forme arrive plus de simplicit lorsqu'elle auroit d tre com- plique; mais les substances qui auroient sans cela donn des cristaux simples continuent de les don- ner, et ne reoivent point de modification. Dans un dpt (glatineux les cristaux sont rare- ment groups, mais presque toujours isols , d'une nettet et d'une rgularit remarquables; et ils n'- prouvent d'autres variations que celle qui rsulte de l'intervention chimique de la substance du dpt. Les variations sont assez nombreuses dans les cristaux qui se forment dans un mlange chimique, c'est--dire dans une solution d'une autre substance, mme lorsque cette substance ne peut s'unir avec eux. Les phnomnes rapports plus haut s'y r- ptent de diverses faons : du sel marin qui cristal- lise dans une solution de borax prend des tronca- tures aux angles solides de ses cubes ; l'alun dans l'acide muriatique prend une forme que M. Beudant n'a jamais obtenue autrement. Si la dissolution peut s'unir en une portion quel- conque au cristal d'une autre substance qui s'y forme, et que nanmoins ce cristal dtermine, par sa plus grande nergie, la forme de la molcule constituante, ainsi que nous l'avons vu l'anne dernire pour le cas du sulfate de fer, la matire de ET GOLOGIE. 827 la solution exerce aussi son tour quelque influence sur la forme secondaire , et cette influence consiste le plus souvent la simplifier en faisant disparotre les surfaces additionnelles. Ainsi 3o ou 4o centimes de sulfate de cuivre se soumettent encore la cristallisation rhombodri- que du sulfate de fer, mais en rduisant au pur rhombode, sans aucune troncature ni sur les an- gles ni sur les artes. Un peu d'actate de cuivre ramne cette forme un sulfate de fer, quelque dispos qu'il soit se com- pliquer de surfaces additionnelles. D'autres mlanges simplifient un peu moins: ainsi le sulfate d'alumine ramne celui de fer un rhombodre tronqu aux angles latraux , ou ce que M. Hatiy nomme varit unitaire; et mme quand on trouve dans le commerce de la couperose de cette varit, ce qui est assez commun , on peut tre sr, selon M. Beudant, qu'elle contient de l'a- lumine. Enfin les proportions de la base l'acide, ou dans les sels doubles des deux bases entre elles, produisent a ussi des effets trs sensibles sur la forme secondaire sans altrer le moins du monde la forme primitive. C'est ce que nous avons vu plus haut pour l'alun, et ce que M. Beudant a constat sur pusieurs autres sels. 328 MINRALOGIE L auteur de ces recherches en fait des apphca- tions ingnieuses aux phnomnes de diverses sub- stances minrales cristalHses, sur lesquelles nous ne pouvons pas faire d'expriences directes dans Ftat actuel de la science; et il y fait remarquer de grandes analogies : les cristaux mlangs de sub- stances trangres sont en gnral plus simples ; on en voit mme dans Tespce de Vaxinite, ou schorl violet du Dauphin, dont une extrmit mlange de chlorite est rduite la forme primitive, tandis que l'autre, plus pure, est varie de plusieurs fa- cettes produites par divers dcroissements. On trouve assez abondamment dans un ravin du Mont-Dor en Auvergne des fragments d'une brche que sa duret et ses autres qualits ext- rieures faisoient regarder comme siliceuse , et la- quelle les minralogistes n'avoient donn d'atten- tion qu' cause de quelques parcelles de soufre qui se voient quelquefois dans ses petites cavits. M. Cordier l'ayant soumise des preuves va- ries s'aperut qu'elle donnoit par la chaleur une qua ntit notable d'acide sul furique ; et, d'aprs cette indication importante, il procda une analyse complte, d'o il rsulte que cette pierre contient environ 28 centimes de silice, 27 d'acide sufuri- que, 3i d'alumine, 6 de potasse, et un peu d'eau et de fer. C'est peu de chose prs la composition ET GOLOGIE. 829 de la pierre clbre de la Tolfa qui donne l'alun de Rome. Et en effet en traitant la brche du Mont- Dor suivant les procds en usage la Tolfa, c est- -dire en la concassant, la torrfiant, et l'exposant l'air humide, on a obtenu de 10 20 pour cent d'un alun trs pur; elle en donne mme sans la torrfier, et par la simple exposition dans un lieu humide. D'aprs des recherches faites sur les lieux par M. Ramond, il est probable qu'avec un peu de soin l'on dcouvriroit, dans la partie moyenne du Mont-Dor, les couches dont les fra juments pars dans ce ravin se sont dtachs, et que l'on pourroit y ouvrir des carrires dont l'exploitation ne seroit pas sans avantage. M. Cordier regarde ces sortes de pierres comme une espce minralogique dont l'essence consiste- roit dans la prsence de l'acide, de l'alumine, et de la potasse. La siUce y est moins essentielle, car il existe Montrone en Toscane des carrires d'une pierre qui n'en contient point, mais qui a tous les autres principes constituants, et donne les mmes protluits que celle de la Tolfa. Les varits de cette espce, o il entre de la silice, se distinguent ais- ment par la gele qu'elles forment quand on les traite successivement par la potasse caustique et l'acide hydrochlorique tendu dans l'eau. 33o MINRALOGIE M. Cordier y rapporte plusieurs pierres volcani- ques dsignes vaguement jusqu'ici, par les go- logistes, sous la dnomination gnrale de laves altres. Des paysans du dpartement du Lot, conduits par l'appt de prtendus trsors que l'on disoit avoir t enfouis autrefois par les Anglois dans certaines cavernes des environs de Breugue, ont pntr dans ces cavits, et, ayant creus et largi quelques crevasses qui se trouvoient dans leur profondeur, ont dcouvert un dpt d'ossements, dont les uns appartenoient des chevaux , les au- tres des rhinocros de la mme espce dont il y ia en si grande quantit des ossements fossiles en Sibrie, en Allemagne, et en Angleterre; les troi- simes une espce de cerf inconnue aujourd'hui sur le globe, et dont les bois ont quelque rapport loign avec ceux d'un jeune renne. Guettard avoit trouv un grand nombre de ces mmes bois aux environs d'Etampes. Ces tmoins importants des rvolutions de notre continent ont t recueillis par M. Delpont, pro- cureur du roi Figeac, et prsents l'Acadtnie par M. Guvier. Ils sont dposs au Cabinet du roi. M. Palisot de Beauvois a entretenu l'Acadmie d'un phnomne gologique assez singulier qu'il a observ dans le comt de Rowan, province de la ET GOLOGIE. 33 I Caroline di nord. Au milieu d'une colline d*un sable trs fin , entreml de petites pierres de quartz et de nombreuses parcelles de n;iica argent, se trouve une veine de pierres disposes si rgulire- ment que les habitants, qui l'ont remarque depuis long-temps , lui donnent le nom de mur naturel, et que des naturalistes ont mme prtendu depuis quelque temps que c'toit un vritable mur qui pouvoit avoir t construit des poques recules par quelque peuple aujourd'hui inconnu. Les pierres ont gnralement quatre artes, sont amin- cies l'une de leurs extrmits, et ont une petite entaille au-dessous du sommet: elles sont ranges horizontalement. L'espce de mur qu'elles forment a environ 1 8 pouces d paisseur ; sa hauteur len- droit o il est dcouvert est de 6 9 pieds : mais on Ta suivi en creusant jusqu' 12 et 18 pieds dans le sol, et on a dj reconnu qu'il s'tend plus de 3oo pieds en longueur. Une sorte de ciment argi- leux remplit les intervalles des pierres, et les enduit l'extrieur, et chacune d'elles est revtue d'une couche de terre ocrace et sablonneuse. M. de Beau vois en a rapport quelques unes, qui, examines par les minralogistes de l'Acad- mie, ont offert la plupart des caractres des ba- saltes; mais comme il n'a encore t observ dans les Etats-Unis aucune trace ni de basaltes ni de vol- 332 MINRALOGIE cans, et comme le terrain environnant est gnra- lement primitif, il seroit possible que ce prtendu mur ne ft qu'une couche de trapp, roche aniphi- bolique trs semblable certains basaltes. Nous avons parl en 1816 du travail entrepris par M. Moreau de Jonns pour dterminer la na- ture gologique des Antilles, des ides gnrales qu'il s'en fait, et des descriptions particulires re- latives la Martinique et la Guadeloupe, qu'il a prsentes l'Acadmie. Il a continu la rdaction de ce travail, et a lu un mmoire sur le Vauclain, l'un des monts les plus remarquables de la Marti- nique, non qu'il soit le plus lev, mais parceque c'est celui qui sert de point de reconnoissance et qui annonce cette le aux navigateurs. Il n'a point la forme d'un cne creus son sommet , mais celle d'un prisme couch ou dme immense arte ba- saltique, et M. de Jonns le regarde comme une partie de l'orle et du bord d'un trs grand cratre dont il croit avoir reconnu tout le pourtour. Le fond de ce cratre est aujourd'hui une valle aussi fertile que bien cultive. Le mme auteur a donn une description golo- gique de la Guadeloupe. Il a reconnu que l'le occi- dentale, o il y a une solfatare en activit, et dont la surface est d environ soixante-sept lieues carres , doit son origine des ruptions parties de quatre ET GOLOGIE. 333 grands foyers volcaniques sous-marins, et que l'le orientale, connue sous le nom de Grande-Terre, est forme d'une base volcanique recouverte par une grande stratification de calcaire coquillier. A la Martinique les quartiers situs l'orient sont ga- lement recouverts par des lits de calcaire marin soit coquillier, soit coralin. La seconde partie de la Richesse minrale de M. Hron de Yillefosse, qui avoit t prsente en manuscrit l'Acadmie en 1816, a paru imprime cette anne avec l'atlas. Cet ouvrage a justifi le jugement qu'en avoit port la compagnie, et est devenu le guide indispensable de tous ceux qui s'occupent de l'administration des mines et de leur exploitation. ANNE 1819. La branche la plus intressante, mais peut-tre la plus difficile de la connoissance des minraux , celle qui depuis Pallas , de Saussure et Werner oc- cupe le plus gnralement l'attention des natura- listes, c'est la position respective des substances minrales dans les masses qui forment Fcorce du globe. En effet c'est dans leur superposition seule- ment que l'on peut retrouver les traces de leur histoire et les monuments de leur chronologie. Dj elle nous offre des faits gnraux bien consta- 334 MINRALOGIE ts, d'o se laisse dduire une premire classifica- tion des terrains d'aprs leur plus ou moins d'an- ciennet; mais lorsque l'on veut fixer les limites de chacune de ces classes principales, et sur-tout lors- qu'il s'agit de distribuer d'aprs l'ordre de super- position les espces particulires de terrains qui appartiennent chaque classe , il s'en faut de beau- coup que les faits recueillis soient assez prcis et assez nombreux. Souvent toute apparence d'ordre chappe l'observateur, et ce n'est qu'aprs des recherches pnibles et des combinaisons dlicates qu'il parvient renouer le fil qui s'toit bris dans ses mains. On peut trs bien juger de cet tat de la science dans un ouvrage que M. de Bonnard, ingnieur en chef des mines, a prsent l'Acadmie, et qu'il a intitul Aperu gocjnostique des terrains. C'est un expos des diverses roches connues, des positions o chacune d'elles se rencontre, du plus ou moins d'tendue qu'elles occupent, et des fossiles que contiennent leurs lits. L'auteur a mis profit les observations les plus rcentes des autres golo- gistes, et celles qu'il a faites lui-mme dans de nombreux voyages. Il seroit bien difficile d'analyser ici un ouvrage qui n'est lui-mme qu'une analyse fort concentre. Nous en prsenteronsseulement les rsultats principaux. On y voit qu' l'poque recule ET GOLOGIE. 335 O se formoient les terrains primordiaux le liquide dposoit quelquefois encore, deux et trois re- prises, les mmes substances qu'il avoit dposes d'abord . Les irr(}ularits, les rptitions des roches, deviennent plus frquentes la seconde poque, lorsqu'il se dpose aussi des bancs composs des dbris des roches primitives , et lorsque les roches qui domineront l'poque troisime commencent se montrer. A mesure qu'on avance vers les temps rcents les roches deviennent moins caractrises, ou plutt les minralogistes, donnant moins d'at- tention leurs diffrences, ne les distinguent plus d'une manire aussi claire. Il arrive enfin une quatrime poque o il ne se forme plus de ces couches gnrales qui embrassent presque tout le globe, mais seulement des dpts partiels qui sem- blent s'tre prcipits dans des bassins spars les uns des autres. M. de Bonnard fait connotre les roches qui ap- partiennent chacune de ces grandes classes, non plus par ordre de formation, parcequeles retours, les rptitions, lui auroient donn trop de diffi- cults, mais d'aprs leur nature minralogique , ce qui s'carte peut-tre un peu de son plan pri- mitif : mais la gognosie en est l; le temps seul et les efforts d'observateurs dous de gnie peu- vent dcouvrir des lois qui permettront la m- 336 MINRALOGIE thode de descendre jusqu'aux lits les plus particu- liers. M. Brongniart a montr par un exemple curieux qu'en effet les mmes lits , contenant des fossiles de mme nature, se trouvent quelquefois sur les points de la terre les plus loigns avec des circon- stances dont la similitude va jusqu' la minutie. M. Hozack, mdecin et naturaliste amricain, avoit adress l'Acadmie une empreinte de cette espce singulire de crustac inconnue aujour- d'hui dans les mers, et qui se rencontre assez fr- quemment ptrifie, laquelle on a donn le nom de trilobite. M. Brongniart, qui avoit fait depuis long-temps une tude particulire de ce genre de fossiles , avoit montr que tous les terrains o il existe appar- tiennent la classe dite des terrains de sdiments anciens , et que les diffrences spcifiques qu'il pr- sente sont en rapport avec le plus ou moins d'an- ciennet des dpts qui composent ces terrains. Ce que Ton a observ sur les triiobites d'Amrique est en accord parfait avec le rsultat des observations faites dans l'ancien monde. M. Rigollot, membre de l'acadmie d'Amiens, a adress des observations sur un genre de fossile ET GOLOGIE. 337 plus commun , sur des dents d'lphants et de rhi- nocros dterres la porte d'Amiens dans des couches de (^ravier. La valle de la Somme, comme beaucoup d'autres, est remplie de ces "sortes de dbris organiques ; et dj plusieurs fois nous avons eu occasion d'en parler d'aprs les recherches de M. Traull, correspondant de l'Institut Abbeville. Nous devons M. Brochant un trait lmentaire sur la cristallisation, que l'auteur a insr dans le Dictionnaire des Sciences naturelles. Tous les faits que cette partie importante de 1 histoire des minraux doit aux longues et savantes recherches de M. Hay sur les formes des cristaux et sur la manire dont celles de chaque espce peuvent tre ramenes une forme primitive constante sont exposs dans cet ouvrage avec mthode et clart. L'auteur y a joint les rsultats des nouvelles expriences de M. Beudant sur les causes extrieures et intrieures qui peuvent dterminer dans chaque espce la pro- duction d'une forme secondaire plutt que d'une autre. M. Sage, accabl par des infirmits cruelles et nombreuses, ne cesse cependant de donner au pu- blic quelques produits de sa plume. L'Acadmie a reu de lui cette anne une bro- liUFFON. COMPLM. T. H. Ji o o 3 38 MIINRALOGl.K chine sur ses dcouvertes minralogiques, et un ouvrage qu'il a intitul : Mlanges historiques et phy- siques. ANNE 1820. M. Cordier, dans un mmoire dont nous avons rendu compte Tanne dernire, nous a appris que la pierre d'alun compacte ne se trouve pas seule- ment la Tolfd et dans quelques endroits de lltalie et de la Hongrie , mais qu'on la rencontre dans plu- sieurs volcans brlants, et dans les volcans teints de l'Auvergne ; il a de plus tabli cette pierre comme une espce minralogique caractrise. Cette anne le mme minralogiste en a dcrit les cristaux d'aprs de beaux chantillons de la Tolfa qui lui ont t communiqus par M. le chevalier de Parga, conseiller detat du roi d'Espagne. Ces cristaux n'excdent pas trois millimtres. Leur forme primitive est un rhombodre de 89 et de 91 d'angles, en sorte qu' l'il on la confon- droit avec un cube. Il est sous-divisible dans le sens d'un plan perpendiculaire l'axe. Outre la forme primitive on en connot une varit tron- que par les sommets, et dont la troncature peut aller jusqu' convertir le cristal en une lame hexa- gone. Leur pesanteur spcifique est de 2,751 -y; leur analyse a donn : ET GOLOGIE. 33iJ Acide sulfurique 35,263 Alumine 39,533 Potasse 10,377 Eau ^ . . . 1 4,827 M. Beudant, qui a examin sur place en Hongrie des roches de la mme nature, les a vues au milieu d'autres roches auxquelles elles passent insensible- ment, et qui lui ont paru rsulter de la dcomposi- tion des pierres ponces, et d'une nouvelle combi- naison de leurs lments. Elles renferment souvent des dbris organiques. Les roches appeles serpentines ou gabbro des Italiens, et dans les derniers temps ophiolithes, et ces autres roches que les Italiens nomment cjrani- tone et auxquelles on vient de donner le nom d'eu- photides, forment, soit chacune part, soit asso- cies l'une l'autre, des tendues considrables de terrain , et les gologistes les plus habiles avoient pens jusqu' prsent qu'elles s'enfonoient tou- jours sous les roches calcaires qui les avoisinent, et appartenoient en consquence des formations plus anciennes; on les rapportoit sinon aux ter- rains primordiaux, du moins aux premiers terrains de transition. M. Brongniart , qui a beaucoup tudi la position de ces roches dans son dernier voyage d'Itahe, croil il. 34o MINRALOGIE en avoir reconnu des couches bien postrieures tous les terrains de transition. Il les a vues distinctement en trois lieux diff- rents de la crte des Apennins; savoir, au-dessus de la Spezzia , au-dessus de Prato , et entre Florence et Bologne, reposant sur des jaspes et sur des bancs de diffrents calcaires de sdiment et d'agrgation, tels que le calcaire compacte, grain fin gris brun, travers de veines spathiques, qui forme en cer- tains endroits une grande partie de la masse des Apennins; le calcaire solide , d'apparence grenue et micace d'un gris bleutre, ap^^el pietra serena parles Florentins; et cet autre calcaire grenu et mi- cac, de texture schisteuse, nomm macigno ou bar- de llone. On voit quelquefois entre les lits de ces pierres des noyaux de silex , toujours trangers aux anciens terrains de transition ; mais ils ne renferment point comme ces derniers des mtaux ni des antracites; si on les compare au contraire avec ceux qu'on ap- pelle alpins, et qui sont certainement plus modernes que les terrains de transition , on trouve qu'ils ont avec eux la plus grande ressemblance; ainsi les cou- ches d'ophiolithes places sur les pierres de nature alpine sont elles-mmes ncessairement plus mo- dernes que les terrains de transition. A la vrit M. Brongniart a remarqu en quel- ET GOLOGIE. ?)/\l ques endroits, notamment au Mon te-Ramazzo, au- dessus de Gnes, que l'ophiolithe y repose imm- diatement sur des terrains talqueux et schisteux anciens, mais il pense qu'en ces endroits les cal- caires qui devroient s'interposer sont venus man- quer. Il a observ en ce mme lieu que le marbre c- lbre dans les arts sous le nom de vert de mer^ et qui se compose de calcaire et de serpentine , appartient aux terrains ophiolitbiques. L'auteur nous fait aussi connotre dans le cours de son mmoire que les manations du gaz hydro- fjne qui entretient les feux si clbres de Pietra- Mala, entre Florence et Boloj^ne , et ceux de Bari- gazzo, entre Pistoia et Modne , sortent du calcaire arnac; mais les autres vapeurs, non moins re- marquables, d'une chaleur excessive, et qui portent l'acide boracique dans les petits lacs des environs de Volterre, traversent le calcaire compacte. Quant l'opinion qui fait le principal objet de son travail, elle est tellement diffrente de celle de tous les gologistes qui ont jusqu' prsent visit l'Italie que M. Brongniart se demande s'il n'y au- roit pas en ce pays deux formations opliiolithiques. Il est sur-tout port le penser d'aprs une descrip- tion trs explicite donne par M. Brocchi du pro- montoire d'Argentaro prs d'Orbiteilo, o il paroi- ^^2 MlINRALOGIE troit que la serpentine est bien certainement sous le calcaire. Les gologistes a voient d'abord port leur atten- tion sur les grandes niasses pierreuses qui forment en quelque sorte l'ossature ou la charpente du globe : les grandes chanes granitiques ou schis- teuses, les couches de marbres salins, les monta- gnes calcaires d'une grande tendue, avoienttles o];jets de leurs tudes ; mais pendant long-temps ils avoient nglig les terrains plus modernes qui forment nos plaines et nos collines infrieures; on peut mme avancer qu'il y a vingt ans les dtails de ces terrains, les lois de leur composition, toient -peu-prs inconnus; on les considroit comme des dpts de transports locaux et trs limits, qui m- ritoient peine que l'on s'en occupt, tandis qu'en ralit ils offrent l'esprit autant et plus de sujets d'observations, de mditations, et mme de dcou- vertes, queJes terrains primordiaux et ceux qui les accompagnent immdiatement. Les recherches fai- tes aux environs de Paris par MM. Cuvier et Bron- gniai't, celles que d'autres savants ont faites en di- verses parties de l'Angleterre , ont commenc ouvrir cette nouvelle mine; on a vu que de cer- taines successions d'tres organiss, des bancs cor- respondants de pierres diverses, remplissent dans 1 ET GOLOGIE. 343 un ordre dtermin des espaces infiniment plus considrables qu'on ne Tavoit pens ; on s'est con- vaincu que i'histoire des hommes elle-mme toit intresse ces traces des rvolutions qui ont pr- cd immdiatement l'tablissement des peuples; et on s'est livr avec ardeur une branche entire- ment nouvelle de faits. M. Prvost, lve de M. Brongniart, a tudi dans cette vue les environs de Vienne en Autriche, et il y a retrouv plusieurs des circonstances les plus importantes reconnues dans nos environs. Le bassin de Paris, renferm dans une grande excavation de la craie, se compose de trois forma- tions principales: une calcaire d'origine marine, place infrieurement, et (|ui donne nos pierres btir; une intermdiaire, principalement gypseuse, et qui ne renferme que des produits de la terre et de l'eau douce; enfin une suprieure de nature sa- bleuse de nouveau produite par la mer, et recou- verte encore par une dernire couche de terrain d'eau douce. Le fond du bassin de Vienne, appuy sur la base septentrionale des Alpes , n'est pas de craie, mais de ce calcaire compacte que Ton a nomm alpin, et fort infrieur la craie , recouvert de cette espce de poudingue nomme en Suisse nagelflue ; les ter- rains tertiaires marins qui remplissent ce bassin 344 MINRALOGIE sont comme les ntres recouverts de terrains d'eau douce, mais notre formation gypseuse y manque, et ils ressemblent par leurs coquilles non pas notre calcaire marin infrieur, mais au suprieur; et cette occasion M. Prvost, ayant compar des coquilles de nos deux terrains d'ori^jine marine, y a remarqu des diffrences plus considrables que ne les avoient aperues MM. Brongniart et Cuvier dans leur premier travail. Mais des coquilles auxquelles celles des environs de Vienne ressemblent encore plus qu' celles de Paris , ce sont celles qui remplissent les couclies des collines du pied de rApennin, et que M. Broccbi a si bien fart connotre dans son bel ouvrage inti- tul : Concinolocjia subapennina. M. Prvost a retrouv aussi les mmes coquilles dans beaucoup de terrains superficiels du midi de la France. ANNE 1821. M. Cuvier donne une dition nouvelle et enti-? rementrefond ue de son Histoire des Ossements Fossiles. Le premier volume a paru il y a six mois ; le second et le troisime parotront sous peu de jours. Quel- (jues unes des dcouvertes nouvelles qui entrent dans ces trois volumes ont t communiques par l'auteur l'Acadmie. Telles sont sur-tout une nou- ET GOLOGIE. 345 velle et trs pelite espce d'hippopotame fossile , et trois espces nouvelles de rhinocros fossiles. Une de ces espces a des dents incisives , comme tous les rhinocros d'Asie, une autre runit ce caractre celui d'tre tout au plus gale au sanglier pour la taille. M. Cuvier a recueilli aussi plusieurs espces fos- siles de tapirs d'une trs grande taille, et jusqu' six ou huit espces d'un genre inconnu , voisin des tapirs, et qu'il nomme lopliiodon. Dans son troisime volume, qui traite des ani- maux enfouis dans les gypses des environs de Paris, M. Cuvier ajoutant tous les morceaux qui lui ont t apports depuis sa premire dition , et les prsentant dans un ordre plus mthodique qu'il n'avoit pu le faire d'ahord , restitue quinze espces des genres perdus, qu'il a dsigns depuis long- temps sous les noms ianoplot/ieriiim et de palot/ie- rium; il fait connotre deux autres genres de pachy- dermes diffrents des premiers, et qu'il nomme cliropotame et adapis. Ces mmes carrires de gypse lui ont fourni plusieurs espces de carnassiers, deux rongeurs, et jusqu' huit ou dix espces d'oiseaux. On sait comhien les oiseaux sont rares parmi les fossiles, et mme que ce n'est qu' Montmartre qu'il en avoit t trouv d'incontestables. M. Cuvier en a recueilli en effet qui ne laissent aucun doute, 346 MiNRALOGlL: et un entre autres qui prsente toutes ses parties, le bec , les ailes , le sternum , le bassin , et les pieds parfaitement reconnoissables. On vient aussi d'en dcouvrir en x\uverp^ne; et M. le comte de Cliabrol, prfet de la Seine, en a donn au Musum d'histoire naturelle des chan- tillons dont les caractres sont parfaitement as- surs. Le mme troisime volume contiendra la des- cription d'un genre de pachydermes entirement inconnu et fort remarquable, qui vient d'tre trouv dans les lignites de la Ligurie. Ainsi le catalopfue de ces animaux qui habitoient autrefois la surface de la terre, et que les rvolu- tions du globe ont dtruits , s'tend et s'enrichit chaque jour, et il devient de plus en plus vraisem- blable que cette ancienne population du monde n'toit ni moins belle ni moins varie que celle qui l'occupe aujourd'hui. On ne peut esprer de retrouver les traces des catastrophes qui ont frapp tant d'tres considra- bles que par une tude approfondie des couches et des bancs qui reclent les dbris de ces tres. C'est quoi MM. Brongniart et Cuvier ont donn, comme on sait , une grande attention dans le rayon qui se trouvoit porte de leurs observations. Leur Description Gologique des environs de Pa- ET GOLOGIE. 347 ris reparot augmente de beaucoup de faits nou- veaux , et M. Brongniart y a sur -tout ajout un travail d'un grand intrt. C'est une comparaison des couches de nos envi- rons avec les couches analogues des autres pays ; comparaison d'o il rsulte que la plupart de nos couches s'tendent infiniment plus loin qu'on ne l'avoit cru , et en conservant toujours leurs carac- tres, et, qui plus est, les dbris des mmes espces, soit d'animaux vertbrs, soit de coquilles^ C'est ainsi que dans ia partie de ce travail qui concerne la craie , et que M. Brongniart a lue TA- cadmie, il retrouve les mmes coquilles, et dans le mme ordre de superposition , en France, en Suisse, en Angleterre, en Allemagne, en Pologne, et jusqu'en Amrique. Dans une autre j)artie de son travail, il fait con- notre les rapports des terrains calcaires et trappens qui occupent le pied mridional des Alpes de Lom- bardie, avec notre calcaire grossier infrieur. La position relative de ces terrains , que M. Bron- gniart a tudis en cinq endroits diffrents, est la mme ; on y trouve les mmes dbris organiques ; et il n'est pasjusqu'aux couches de nature trappenne, auxquelles M. Brongniart ne trouve de l'analogie avec les grains de terre verte si abondamment r- pandus dans cette partie de nos bancs calcaires. 348 MINRALOGIE Les recherches de ce savant minralogiste sur l'argile plastique qui recouvre la craie , et sur les lignites ou bois fossiles qu'elle contient, ne sont pas moins clignes cle remarque. Ces lignites qui con- tiennent Tambre jaune ont t dposs dans l'eau douce; et par-tout o ils se montrent, c'est avec des coquilles d'eau douce; en sorte que ce grand ph- nomne de renvahissement de la mer sur des pays auparavant peupls d'animaux et de vgtaux ter- restres n'est plus sujet contestation pour aucune contre. Dans la ntre il est certain qu'il a eu lieu au moins trois poques distinctes. C'est la se- conde de ces poques que furent submergs les pa- lotheriuni et les autres quadrupdes enfouis au- jourd'hui dans nos gypses , ainsi que les palmiers et les autres vgtaux qui les ombrageoient ou les nourrissoient. L'histoire de ces vgtaux elle-mme toit int- ressante faire. M. Adolphe Brongniart, digne fils d'un homme dont les travaux ont si fort avanc la gologie, s'en est occup. Il a t oblig de chercher aux vgtaux des caractres distinctifs, tirs des par- ties qu'ils conservent dans l'tat fossile, et qui sont souvent fort diffrentes de celles que les botanistes tudient le plus; et il est ainsi paivenu non seule- ment tendre ce que MM. de Schlotheim et de Sternberg avoient dj donn sur les vgtaux fos- ET GOLOGIE. 349 siles en gnral, mais dterminer particulirement plusieurs des espces de nos couches. Ces espces ne diffrent pas moins que les animaux des vg- taux qui couvrent aujourd'hui la surface du pays. M. de Frussac , qui s'est tant occu p de l'histoire des coquilles de terre et d'eau douce, a cherch de nouveau l'appliquer l'histoire des rvolutions du globe. Il a lu l'Acadmie une suite de mmoires gologiques sur les terrains qu'il appelle tertiaires, particulirement sur les dpts de cette espce de charbon de terre qu'on a nomme lignite, et sur les coquilles lluviatiles (jui les accompagnent. Il y dcrit ces terrains tels qu'on tes observe dans les divers bassins des rivires de France, en Angleterre, en Italie, dans les Alpes, et croit pouvoir tirer les rsultats suivants des faits observs par lui ou par les autres gologues. Selon lui , toutes ces sortes de formations sont lo- cales. T^a succession des divers dpts marins ou d'eau douce est le plus souvent diffrente dans des bassins contigus. Les dbris de lancienne vgta- tion du globe couvrent des parties considrables de sa surface; on en trouve toutes les hauteurs et toutes les latitudes. Cette dernire observation prouve qu' des lvations ou un degr de temp- rature qui ne permettent plus aujourd'hui la v- gtation de se dvelopper, elle toit autrefois trs 35o MiKRALOGIE forte. Ses dbris montrent qu elle toit analogue celle qui couvre aujourd'hui la zone o nous vivons ; tandis que les dbris des vgtaux renferms dans les parties basses de notre sol sont au contraire analogues la vgtation actuelle de la zone torride. M. de Frussac en conclut que la temprature de la surface de la terre a notablement chang; qu'il y a eu un refoulement de la vgtation des parties le- ves vers les parties moyennes, et de celles-ci vers les parties basses. Comme la plupart des gologistes du dernier sicle, il rapporte l'anantissement des races d'animaux perdues aux mmes causes qui ont fait changer la vgtation, c'est--dire l'abaisse- ment de la temprature et celui des eaux, bien que l'on sache aujourd'hui que les animaux, tels que les mammouths que l'on croyoit naturels de la zone torride, ont au contraire trs bien pu sup- porter le froid , cause de la laine et des longs poils dont ils toient revtus. On avoit trouv, il y a quelques annes, la Guadeloupe, dans un endroit que recouvre la haute mare, des squelettes humains incrusts dans une roche calcaire; et l'on avoit prtendu en faire an argument contre la proposition assez gnralement reue en gologie, qu'il n'existe point, sur nos con- tinents actuels, d'os humains l'tat fossile. M. Mo- reau de .Tonnes , qui a examin les lieux , a fait voir ET GOLOGIE. 35l que la roche qui contient ces squelettes est d'ori- jOfinetrs moderne, et forme cet endroit, comme en beaucoup d'autres points du rivage, par Tag- glutination des fragments de madrpores, et d'au- tres parcelles calcaires que la mer y rejette. Ces squeletes n'appartiennent donc point cet ordre d'ossements fossiles qui remplit en si grande abondance les couches rgulires et tendues du globe, et ils rentrent dans les phnomnes locaux et accidentels que les causes actuellement agissantes continuent de produire. ANNE 1822. L'Acadmie a eu le malheur de perdre l'un de ses plus illustres membres, M. Hatiy, au moment o il toit occup de publier une nouvelle dition de son clbre ouvrage sur les minraux : mais le public n'en sera pas priv; tout le manuscrit toit prpar, et l'impression s'achve sous les yeux de M. Delafosse, l'un des lves les plus distingus de M. Haily, et celui qu'il avoit choisi depuis long- temps pour le seconder dans les dtails de cette grande entreprise. On a dj deux volumes qui embrassent toute la thorie mathmatique de la cristallisation, et trois autres sur la minralogie proprement dite; le qua- trime et dernier reste seul parotre. 352 MINRALOGIE C'est en portant ce de^^^r de perfection un ou- vrage depuis long-temps admir du monde savant ([ue cet homme de gnie a termin une carrire si fconde pour le dveloppement de l'une des bran- ches les plus importantes et les plus difficiles des sciences naturelles. Les matriaux les plus utiles la gologie sont les descriptions spciales et topographiques des divers pays, o Ton note avec soin l'ordre dans le- quel les bancs qui composent leur sol se succdent, soit dans une superposition horizontale, soit en s'appuyant obliquement les uns sur les autres. Ce dernier genre de succession, propre aux bancs plus anciens, se voit plus facilement qu'ailleurs le long des bords escarps de la mer, o l'on en suit hori- zontalement un beaucoup plus grand nombre que l'on ne pouvoit faire par des percements verticaux, puisque l'on y voit successivement sortir en quelque sorte de dessous terre des couches qui dans d'autres lieux sont enfonces une grande profondeur. P- ntr de cette vue, M. ConstantPrevost, naturaliste habile, lve de M. Brongniart, a suivi les falaises de la Picardie et de la Normandie, depuis Calais j usqu' Cherbourg. Aux deux extrmits de cette ligne, de prs de quatre-vingts lieues, on reconnot les mmes roches ET GEOLOGIE. 353 et des roches qui appartiennent aux terrains pri- mordiaux, et forment comme les bords de l'im- mense bassin dans lequel se sont dposs les bancs des terrains postrieurs. C'est vers Dieppe c{ue parot tre le milieu de ce bassin, et que l'on ne voit jour que les bancs les plus superficiels, qui sont presque horizontaux. Des deux cts se relvent obliquement les bancs intermdiaires. M. Prvost a prsent un tableau de cette coupe, o une enluminure ingnieuse montre les grandes divisions de terrain avec leurs caractres gnraux et leurs dernires subdivisions, et par consquent tous les faits de dtail qui en composent l'histoire. Dans cette srie le calcaire coquillier le plus an- cien est celui que caractrisent les hutres dites grj- p/ies, et que l'on retrouve identique au pied du Jura. Aprs lui vient le calcaire nomm lias par les Anglois, et ensuite le calcaire oolitldcjne. C'est entre les bancs de ce dernier qu'est interpose cette marne argileuse qui contient une espce remarquable et inconnue de fossile appele ichthjosaurus, l'un des reptiles qui aient vcu le plus anciennement sur le globe. La pierre de Portland et les pierres de Caen, si connues par leur facilit se tailler et leur emploi en architecture , appcfrtiennent ce calcaire ooli- thique. Sur lui repose la craie avec ses bancs de RUFFON. COMPLRM. T. II aS 354 MlINRALOGIE silex ; mais un fait trs i emanjuable, et que M. Pr- vost paroi t avoir constat, c'est qu'on observe en abondance dans certains oolithes des coquilles nommes crites, et d'autres trs communes aussi dans le calcaire grossier, terrain suprieur la craie, et qui est spar par toute l'immense pais- seur de celle-ci du terrain oolithique, tandis que la craie elle-mme n'en offre aucune trace. On trouve aussi dans l'oolithe des ossements de pois- sons et de reptiles, et nommment d'un crocodile inconnu. Il y a encore une et mme deux autres espces de crocodiles dans les marnes bleutres, places entre le calcaire oolithique et la craie, qu'il ne faut pas confondre avec celles que l'on voit entre l'oolithe et le calcaire gryphes. Sur la craie se voient quelques lambeaux de nos terrains des en- virons de Paris, et sur-tout de notre terrain d'eau douce infrieur et des lignites qui en forment sou- vent une grande partie. C'est ainsi que M. Prvost arrive lier par une succession non interrompue les anciens terrains dits primitifs, ou antrieurs la vie, avec nos ter- rains rcents des environs de Paris, dcrits avec tant de dtails par MM. Brongniartet Cuvier; mais sur ces derniers terrains eux-mmes M. Prvost a fait encore des observations intressantes. Ceux de transport, situs l'est de la rivire de ET GOLOGIE. 355 Dive, ne lui ont montr que des dbris des silex de la craie et de ses couches les plus profondes , tandis qu' louest ils ne lui ont offert que des fragments rouls de quartz et de grs appartenant aux couches de transition du Gotentin , qui sont encore de beau- coup infrieures la craie. Ces divers dbris ne viennent pas cependant de la profondeur, mais ils s'expliquent par la premire observation de l'au- teur, celle qu' mesure qu'on se porte vers les extr- mits du bassin on y rencontre les terrains plus anciens et plus profonds qui se relvent et qui em- brassent les terrains plus rcents et plus superfi- ciels. C'est des crtes redresses de ces terrains anciens que leurs dbris ont pu tre rouls sur les terrains modernes qui forment des plaines moins leves. Ce rsultat gnral des observations de M. Pr- vost est accompagn de plusieurs faits de dtail dont les consquences intressent toute la gologie. Ainsi il a vu dans la craie des silex en couches continues et fort tendues, dont quelques parties paroissent avoir t rompues et dplaces , et d'autres flchies et diversement courbes ; ce qui annonce qu' une certaine poque elles ont t dans un tat de mol- lesse. Il a constat que les belles carrires de Gaen , depuis si long-temps clbres, appartiennent aux 23. 356 MINRALOGIE couches suprieures du calcaire oolithique. Il a vrifi Valognes des dpts que M. de Gerville avoit dj fait connotre, et qui contiennent ple- mle des coquilles d ges trs diffrents ; mais il a vu aussi que ces dpts sont dans des valles troites ou de longues cavits places entre des bancs pres- que verticaux de roches primitives, et que les co- quilles y sont dans un ordre inverse de leur an- ciennet et avec toutes les marques d'un transport violent et lointain, sans y tre recouvertes par aucune roche. M. Beudant, savant minralogiste, dont nous avons eu plusieurs fois occasion de citer les travaux, et qui vient d'tre nomm professeur la facult des sciences de Paris, a fait par ordre du roi, en 1818, un voyage en Hongrie, l'un des pays de l'Europe les plus intressants par rapport aux nom- breux produits du rgne minral qu'il recle, aussi bien que par leur disposition gologique, dont on n'avoit point encore de connoissance suffisante. Il a prsent l'Acadmie le rsultat de ses observa- tions, qu il a fait imprimer depuis en trois volumes in-4^. Il importoit sur-tout de tracer dans ce pays la limite encore incertaine entre les terrains mine d'or et les terrains dits de tracliyte, et prsums de la plus ancienne origine volcanique. A cet effet ET GOLOGIE. 357 M. Beudant a fait de Schemnitz le centre d'excur- sions qu'il a diriges en divers sens, et qu'il a mme portes jusqu'aux mines de sel de Wieliczka en Ga- licie. Des frontires de la Transylvanie il est revenu par Pestli et le sud-ouest du lac Balaton , o il a observ de vastes terrains basaltiques. Une grande carte de tout ce royaume, deux cartes particulires des environs de Schemnitz et de ceux du lac Bala- ton, et dix-sept planches de coupes, reprsentent ce qu'il a pu dterminer sur la disposition golo- gique des terrains. Quant la Transylvanie et au Bannat, l'auteur n'a pu en parler que d'aprs d'au- tres minralogistes. Il fait voir que le terrain mine d'or, form d'une synite ou cjrnslein porphjritique , appartient la srie des terrains de transition , ou tout au plus aux derniers terrains primitifs; et il le juge d'aprs les couches subordonnes qu'il renferme d'une nature trangre aux volcans, bien qu'il soit souvent re- couvert par des terrains volcaniques, et qu'il con- tienne des pyioxnes et des feldspath vitreux fort semblables ta ceux des trachytes. Quant ces der- niers terrains l'auteur en donne une description trs dtaille, et distingue avec le plus grand soin leurs diffrentes varits, ainsi que toutes les sub- stances qu'ils enveloppent et les couches formes des amas de leuis dbris. 358 MINRALOGIE Les varits se succdent ou plutt se circon- scrivent dans un ordre assez dtermin, et sont circonscrites ieur tour par les couches de leurs dbris de manire former des groupes de mon- tagnes qui ont chacune un centre et des irra- diations: c'est dans les couches de dbris ou les conglomrats que sont situes les roches d'o se tire Talun, et que sont enchsses en quelques en- droits ces belles opales si clbres en bijouterie. Dans ceux de ces conglomrats qui sont forms des dbris des roches les plus poreuses, les plus sem- blables la pierre ponce, se trouvent des bois changs en opale, des impressions vgtales, et des coquilles, dont plusieurs ressemblent celles de nos pierres calcaires. Ce qui est plus extraordinaire c'est que les roches trachytiques contiennent quelquefois en amas irr- guliers de l'argent sulfur contenant de for. Ces terrains de trachytes ne sont jamais recou- verts que par des terrains tertiaires analogues ceux de nos environs : ainsi leur formation est rela- tivement assez rcente. M. Beudant partage l'opinion de ceux qui attri- buent ces terrains trachytiques une origine igne ; mais il regarde comme assez probable qu'ils sont dus des ruptions sous-marines. En Hongrie ils sont constamment spars des basaltes. ET GOLOGIE. 359 Plusieurs autres observations et discussions dans le dtail desquelles il nous est impossible d'entrer ajoutent un p^rand prix cet ouvrajje, qui a paru aux commissaires de FAcadniie sedistin^ofuer d'une manire minente de la plupart de ceux du mme genre. L'importance des dbris fossiles de corps or^i^a- niss, considrs comme des monuments des ca- tastrophes du globe, s tend aujourd'hui toutes les classes. M. Dcsmarets s'est occup de celle des crustacs, et a prsent l'Acadmie un ouvrage, imprim depuis , o il traite des crevisses et des crabes trouvs letatde ptrification. Gomme tous les naturalistes qui s'occupent des fossiles , M. Desmarets a t oblig de dcouvrir des caractres distinctifs qui pussent se retrouver dans des individus mutils, et remplacer ceux que les naturalistes ont coutume de tirer et tirent aisment des individus entiers, mais qui par leur nature ont d presque toujours dispa- rotre dans les fossiles. lia donc tudi le test de ces animaux, et a cherch y distinguer par des dno- minations prcises les divers compartiments qui en occupent la surface, et les sillons qui les sparent, aussi bien qu dterminer les rapports du nombre et de la courbure de ces compartiments et de ces 36o MIINKALOGIE sillons avec les genres et les sous-^ijenres, ou divi- sions et subdivisions naturelles de ces animaux; ide d'autant plus heureuse que ces compartiments correspondent avec assez de constance des viscres diffrents dont les volumes relatifs influent sur l'tendue de ces compartiments, en sorte que le plus ou moins de grandeur de ces derniers est dans un rapport intime avec la nature de chaque animal. Un sillon en forme d'H majuscule plac sur le milieu du test des crabes et des crevisses , et dont les branches se subdivisent dans diverses directions, partage ce test en trois rgions mdianes places la suite l'une de l'autre, et en trois divisions latrales de chaque ct, auxquelles M. Desmarets donne des noms d'aprs les organes qu'elles recouvrent; et c'est d'aprs leurs proportions et leurs positions relatives, jointes la forme gnrale, qu'il reconnot ses genres et ses sous-genres. Il a dcrit ainsi jusqu' trente-quatre espces de crustacs fossiles, appartenant des subdivisions zoologiques diffrentes et enfouis dans des terrains de diffrentes formations. Les plus anciens se trou- vent dans les schistes de calcaire argileux de la valle de l'Abninhi, et nommment dans les carrires de Pappenheim. 11 y en a mme une espce longue queue que l'on ne peut rapporter aucun des sous- ET GOLOGIE. 36l genres connus aujourd'hui , et l'on y en voit une de lunule ou crabe des Molucjues , genre maintenant tranger l'Europe : mais on n'y a encore dcouvert aucun crabe proprement dit, ou queue courte et replie; ces Crabes deviennent au contraire fort communs dans les couches suprieures. La srie de ces animaux commence en quelque sorte o finit celle des trilobites, dont nous avons parl d'aprs M. Brongniart dans notre analyse de 1 8 1 9. Elle se continue ensuite dans les terrains plus rcents; car il existe des crustacs fossiles dans les couches argileuses infrieures la craie, dans le calcairegrossier, et jusque dans les derniers terrains d'eau douce. A cet ouvrage, qui est imprim avec celui de M. Brongniart sur les trilobites, sont jointes de belles planches lithographies, o fauteur a eu l'at- tention de complter chaque figure par le rappro- chement d'individus mutils diffremment, mais dont l'identit d'espce ne restoit pas douteuse. Le travail de M. Adolphe Brongniart sur les v- gtaux fossiles, dont nous avons parl l'anne der- nire, a aussi t publi avec des lithographies trs dlicates. Cet art, en se perfectionnant, devient chaque jour plus utile aux sciences naturelles, qui ont tant besoin de moyens peu dispendieux de re- prsenter les formes, objet principal de leur tude. 3^2 MINRALOGIE M. Latreille a communiqu un mmoire de M. Germar sur un de ces crustacs fossiles. Gest une espce de cymotlioa, genre voisin des cloportes , qui devoit vivre dans des cavits de roches la ma- nire de quelques espces vivantes dcouvertes de- puis peu sur les ctes d'An(jleterre. On Ta trouv dans un schiste bitumineux de Saxe. M. Brongniart a dcouvert auprs de Goulom- miers une pierre analog^ue celle que l'on nomme vulgairement ecifme de mer, et compose de 24 par- ties de magnsie, 54 de silice, 20 d'eau, et de i ou 2 d'alumine. Un examen attentif des couches entre lesquelles elle toit place et des coquilles qui s'y rencontroient lui a fait reconnotre que son gi- sement est dans ce terrain d'eau douce, mlang de calcaire et de silice, qui dans nos environs est inter- pos entre deux formations marines. D'aprs cette indication il l'a retrouve en plusieurs autres points du bassin de Paris; et il s'est assur que dans plu- sieurs pays loigns, prs de Madrid , en Pimont, et ailleurs, des pierres de mme nature se trouvent dans des gisements trs analogues. Gest ainsi que les lois gologiques prennent chaque jour plus de gnralit. On le voit plus que jamais dans l'immense travail dont M. Brongniart vient d'enrichir la description ET GOLOGIE. 363 golog^iqiie des environs de Paris, qui hii est com- mune avec M. Guvier. Dans ce travail additionnel, entirement propre M. Brongniart, ce savant gologiste snit les terrains analog^ues ceux de Paris dans tous les pays o il a t possible de les observer, et fait voir qu'ils s'tendent sans modification bien importante de trs (^^randes distances. Il a communiqu FAcadmie l'article qui re- garde les terrains d'eau douce, et principalement ceux de la Suisse et de l'Italie. L'auteur y rapporte ces schistes d'OEningen, prs du lac de Constance, si clbres par les innombrables poissons dont ils reclent les restes, et qui appartiennent en effet tous des genres de lacs ou de rivires. Ce gte de ptrifications se rapporte d'ailleurs cet immense dpt de psammites ou de cailloux et sables rouls connu en Suisse sous le nom de nagelflue, et M. Brongniart le regarde comme d'une poque - peu-prs contemporaine, peut-tre mme post- rieure celle des gypses de nos environs. Les carrires de travertin, pierre si utile en Italie pour les constructions, appartiennent galement aux terrains d'eau douce ; et il n est en gnral , dans ce pays, presque aucune petite valle o l'on n'en dcouvre quelque dpt : en sorte que cet ordre de formation, quitoit peine souponn il y a vingt ans, bien que son influence sur les hypothses 364 MINBALOGIE .gologiques dt tre si puissante , se trouvera , grce aux travaux de M. Brongniart, l'un des plus rpan- dus la surlce actuelle du globe. Les dcouvertes d animaux terrestres dtruits par les rvolutions du globe , et qui ne peuvent tre connus que par leurs dbris, se multiplient chaque jour. M. Guvier, qui vient de publier le quatrime volume de son grand ouvrage sur ce sujet, en a communiqu quelques articles l'Acadmie avant leur impression. Il lui a fait voir par exemple des os et des dents d'un quadrupde de genre inconnu , dcouvert par M. Lafin de Turin dans les lif^nites de Gadibona , prs de Savone, et qui toit voisin des sangliers et des hippopotames. On en trouve de deux espces diffrentes par la grandeur, et l'on vient aussi d'en dcouvrir dans quelques endroits de la France des espces analogues. M. Cuvier a nomm ce genre anthracotherium. Le mme naturaliste, ayant constat que des os fossiles d'une espce voisine du renne se dterrent en divers endroits de la France, a d s'occuper de savoir sur quoi repose l'opinion assez rpandue qu'il existoil des rennes dans les Pyrnes au dou- zime sicle. Il a reconnu que cette opinion, mise ET GOLOGIE. 365 en avant par Buffon , ne venoit que d'une citation tronque d'un passage du Trait sur la chasse du comte de Foix Gaston III, surnomm Plibus; et, ayant vrifi dans les manuscrits du temps ce pas- sage que les imprims rendent d'une manire inin- telligible, il s'est assur que Gaston n'y parle que des rennes qu'il avoit vus dans ses voyages en Nor- wge et en Sude. Depuis long -temps on connoissoit diffrentes espces fossiles de crocodiles. On en a dcouvert encore une nouvelle l'anne dernire dans ce cal- caire oolithique des environs de Caen, dont nous venons de parler d'aprs M. Prvost. Un savant na- turaliste de cette ville, M. Lamouroux, en a adress une notice et plusieurs fragments intressants; et par les soins de l'Acadmie des sciences et belles- lettres de Caen il en a t envoy des modles en pltre au Musum d'histoire naturelle, d'aprs lesquels M. Cuvier sera en tat d'en donner une histoire complte dans le cinquime volume de son ouvrage. Des missionnaires ont rapport d'Afrique Lon- dres une tte de rhinocros deux cornes, d'une trs grande taille, et remarquable par la forme grle et excessivement alonge de sa dfense antrieure : d'aprs un examen superficiel on l'a voit crue sem- blable ces ttes de rhinocros fossiles communes 366 MINRALOGIE en Sibrie, en Allemagne, et en Angleterre; ce qui, en prouvant que ces dernires n'toient pas d'une espce teinte, auroit donn des motifs de douter de Textinction de plusieurs autres animaux fos- siles. M. Guvier, par une comparaison plus soigne, a montr au contraire que cette tte africaine res- semble, la grandeur prs, qui venoit sans doute de l'ge, toutes celles de l'espce bicorne d'Afri- que, et qu'elle diffre des rhinocros fossiles autant qu'aucune autre tte de rhinocros vivants. ANNE 1823. M. Guvier, qui a publi cette anne le quatrime et la premire partie du cinquime volume de la deuxime dition de ses Recherches sur les animaux fossiles, a communiqu l'Acadmie plusieurs des articles nouveaux qui entrent dans cet ouvrage. Il a fait voir entre autres les dbris d'une espce in- connue de crocodile , dont quelques squelettes ont t retirs des carrires de pierre calcaire oolithi- que des environs de Gaen ; et des ttes de ctacs d'un genre diffrent de ceux qui existent aujour- d'hui, dterres sur la plage de Provence et lors de l'excavation du bassin d'Anvers. Une seule phalange, trouve dans une sablon- nire du pays d^jDarmstadt, lui adonn la preuve ET GOLOGIE. 367 de lancienne existence d'un quadrupde du genre des pangolins, mais d'une taille gigantesque. On parjoit depuis long-temps de squelettes hu- mains incrusts dans un rocher de la cte de la Guadeloupe, et dont un avoit t dpos au Mu- sum britannique. Le ministre de la marine ayant bien voulu donner des ordres pour en faire appor- ter un autre au Cabinet du roi , M. Guvier la pr- sent l'Acadmie, et a fait voir, par les coquilles terrestres et marines toutes semblables celles de la cte environnante , ainsi que par la situation dans laquelle sont ces squelettes, que la pierre qui les enveloppe est d'origine moderne, et le produit de quelques sources incrustantes qui coulent vers cet endroit. 11 a aussi lu un mmoire sur des ttes humaines d'une paisseur monstrueuse et d'une duret exces- sive, qui ont pass aux yeux de quelques auteurs pour des ptrifications, et mme pour des restes d'une ancienne race de gants : l'une d'elles , trou- ve en Champagne, est clbre depuis long-temps, et a t grave plusieurs fois; l'autre a t tire d'un ossuaire. M. Cuvier a tabli que toutes deux sont des ttes dfigures par une maladie des os que Ton nomme la maladie burne, et qu'elles vien- nent mme assez probablement d'en^nts l'ge o ils changeoient de dents. Aucun de ces faits ne peut 368 MINRALOGIE donc tre cit comme preuve qu'il existeroit des ossements humains dans les couches anciennes et rguUres. Deux jeunes naturahstes partis depuis peu pour l'Amrique mridionale, M. Boussingault, Fran- ois , et M. Rivero , Pruvien , ont dj communiqu plusieurs ohservations des plus intressantes. Ils ont reconnu , 20 lieues nord-est de Santa- F, une arolithe pesant i 5oo livres, qui avoit t trouve en 1810 sur une colline de grs par une jeune fille, sans que Ton ait rien su de sa chute ; mais on voit encore l'excavation qu'elle a forme, et plusieurs fragments se trouvoient aux environs. Le grain de cette masse est fin ; elle n'a point la crote vitrifie ordinaire aux arolithes. Son ana- lyse a donn 91,41 de fer, et 8,59 de nickel. Ces mmes naturalistes ont adress au Musum d'histoire naturelle des ossements de mastodonte dents troites , trouvs prs de Bogota , et qui ajou- tent nos connoissances sur cet animal perdu. Le principal hesoin de la gologie consiste dans la dtermhiation positive de l'ordre dans lequel ls divers terrains se superposent les uns aux autres, et l'on ne peutlirriver la connoissance des lois g- nrales de cette superposition que par des descrip- ET GOLOGIE. 369 tions exactes des contres clans lesquelles il est j)0ssible d'en apercevoir un certain nombre dans leur ordre naturel. M. BertrandRoux, ngociant et naturalisteclair, del ville du Puy-en-Velay^ a entrepris de faire con- notre, sous ces rapports, les environs de sa de- meure, et il en a fait l'objet d'un ouvrage consid- rable , o toutes les coucbes sont dcrites , leurs rapports de position indiqus, et leurs bauteurs, ainsi que les diffrentes ingalits du terrain, me- sures au baromtre. La ville mme du Puy est au centre d'un bassin entour de montagnes assez liantes , et dont la Loire ne s'cbaj)pe que par une gorge troite. Les noyaux de ces montagnes sont granitiques, et de trois va- rits caractrises en partie par leur plus ou moins de consistance , et que l'on distingue de loin au plus ou moins d'escarpement de leurs cimes et de leurs talus; mais une grande partie de leurs crtes sont hrisses de volcans, trs reconnoissables , bien qu'teints long-temps avantles poques historiques. Dans cette enceinte , comme dans le fond d'un vase, sont dposs les terrains postrieurs : d'abord quel- ques dpts pars de psammites forms des dbris du granit, dans Tun desquels il y a dj des restes de vgtaux; ensuite, et tout d'un coup, des ter- rains tertiaires, des couches puissantes d'argile, des BUt'FOM. COMPLM. T. H. a4 3^0 MINRALOGIE marnes en lits nombreux, sans corps organiss, que Fauteur croit analogues nos argiles plastiques des environs de Paris; et, sous elles, des terrains de plus de cent mtres d'paisseur, qui ne contien- nent que les coquillages de Feau douce, des restes de tortues, ou des ossements d'animaux terrestres aujourd'hui inconnus, et nommment des palaeo- therium , si communs dans nos pltrires de Paris , et d'un genre voisin nomm anthracotherium par M. Cuvier. C'est sur ce fond de bassin ainsi constitu que se sont rpandues les djections des volcans, et qu'elles ont form des pics, des collines, et des plateaux. M. Roux les divise en deux sortes : les plus anciennes ont le feldspath pour base , et com- posent des terrains que M. Roux nomme trachy- tiques lorsque le feldspath est lamelleux, et pho- nolithiques quand il est compacte; les autres, o abonde le pyroxne , comprennent des laves ba- saltiques de diverses poques , des scories, et des cendres. Ceux-ci sont incontestablement plus rcents que les terrains tertiaires, qu'ils recouvrent en plusieurs endroits d'une manire vidente. On les voit quel- quefois s'tendre aussi sur les trachytes ; ce qui prouve Fantriorit de ces derniers. M. Roux croit que les trachytes eux-mmes sont, aussi bien que ET GOLOGIE. 371 les laves et les basaltes, plus rcents que les terrains tertiaires. Il ne les a pas vus cependant superposs ces terrains; mais il tire sa conclusion principale- ment de ce fait que les terrains tertiaires ne con- tiennent point de dbris de tracbytes, mais seule- ment ceux des granits. Ces tracbytes se sont principalement dposs le lonrf de la cbane orientale, de celle qui spare le Velay du Vivarais , et dont la cime principale est connue sous le nom de Mzin; leurs contextures sont uniformes, et ils doivent s'tre dposs dans un temps assez court, tandis que les laves et les basaltes diffrent entre eux par la structure et par les poques des ruptions qui les ont produits. Les dernires de ces ruptions sont au reste dj trs anciennes ; car les lvations qu'elles ont formes avoient dj eu le temps d'tre df^^rades et escar- pes, comme elles le sont aujourd'hui , ds le temps o les Romains firent dans ces environs leurs pre- mires routes et leurs premires constructions. La cbane de l'ouest est celle o ont brl les volcans, principalement les plus modernes: elle en offre au moins cent; mais, l'exception de deux ou trois , leurs cratres sont presque effacs au- jourd'bui. Une des lvations volcaniques les plus remar- quables du Velay est la Eoclie Rouge , pic basaltique 24. 3^2 MINRALOGIE isol, fort noir, entirement entour de granit, et que M. Roux regarde comme ayant t soulev de bas en haut, et offrant des traces d'une ancienne bouche volcanique. A ces descriptions, dont nous abrgeons regret l'extrait, M. Roux joint des conjectures jdIus ou moins ingnieuses sur les causes qui ont amen tant de modifications diverses : elles ajoutent l'intrt d'un ouvrage dont la publication fera connotre une des contres de Tintrieur de la France les plus intressantes sous le rapport de l'histoire na- turelle , aussi bien que de la singularit des sites et de la beaut des paysages. Parmi les bancs nombreux qui forment les ter- rains des environs de Paris, il en est un compos principalement d'argile que l'on exploite en divers endroits pour en fabriquer des poteries plus ou moins belles. On Fa nomm par cette raison argile plastique. Son origine est dj ancienne, car il est surmont parles immenses massifs de pierre btir, de pltre, de sable, et de grs, qui forment toutes nos collines; et la craie seule, dans nos environs, est au-dessous de lui. On y trouve divers corps tran- gers, et entre autres des bois rduits en charbon, qui , dans plusieurs lieux , sont encore utiles comme combustibles, et que Ton a nomms lignites. Des ET GOLOGIE. Sy.l g^rains de succin et d'ambre jaune sont frquem- ment au milieu de ces ligniles ; et mme tout rend vraisemblable que l'ambre jaune des bords de ia Baltique, si clbre ds les temps les plus reculs, appartient cette formation, dont l'tendue est considrable, et que l'on a dj suivie trs loin de Paris et jusqu'en Angleterre. Un jeune physicien, M. Bequerel, a particuli- rement tudi des couches de cet argile que quel- ques fouilles venoient de mettre dcouvert prs d'Auteuil. l y a recueilli des minraux peu com- muns dans une semblable position, du phosphate de chaux en noyaux oblongs, du sulfate de stron- tiane en cristallisations particulires. Il a trouv aussi des lignites avec du bel ambre jaune, et de trs petits cristaux de sulfure de zinc sur ces li- gnites. Tous les corps organiss y sont de terre ou d'eau douce, et dans le nombre sont sur-tout quel- ques fragments d os de crocodiles. Les observations faites sur cette argile en d'autres lieux n'ont donn aussi que des restes d'animaux de l'eau douce , et cependant elle est recouverte de deux formations marines trs considrables. Aussi les range-t-on au nombre des monuments et des preuves des inva- sions rptes de la mer sur les continents. Ces terrains placs sur ia craie, et qui remphs- 374 MIINERALOGIK sent presque seuls le bassin o est situ Paris, ap- partiennent aux dernires poques des rvolutions du globe, et cependant ils se sont dposs sur des tendues trs vastes, et recouvrent, dans une infi- nit de lieux souvent trs loigns, les terrains plus anciens : s'ils sont masqus et peu reconnoissables dans quelques cantons par l'interposition de quel- que formation locale , ou par des dplacements occasions par des catastrophes particulires, c'est la sagacit du gologiste les dmler dans ces circonstances accidentelles , et rechercher les causes qui ont pu les modifier ainsi. M. Brongniart , qui a tant contribu en claircir l'histoire, a trouv moyen de les reconnotre dans le Vicentin , pays o tout ce qui les accompagne toit fait pour drouter un observateur moins exerc. Il a observ dans les collines qui bordent le val de Nra un calcaire contenant les mmes coquilles que le ntre , alternant quatre fois avec une brche en petits fragments de cornenne, et surmont par des basaltes. Mais ces collines ne forment pas , beaucoup prs, la masse de la montagne. Celle-ci appartient l'ordre bien plus ancien de couches (|ue l'on a nommes terrains du Jura , et les collines sont seulement appuyes contre ses flancs. Des dispositions analogues se sont montres dans ET GOLOGIE. 375 le val de Rona. A Montechio-Maggiore , lieu c- lbre par les nombreuses espces minralogiques que renferment ses amyr/clalodes , les basaltes et les brcbes de cornenne dominent; le calcaire n'y est qu'en indice; ses coquilles sont aussi envelop- pes dans la pte des brches , mais non pas dans les frajjnients de basalte et d'amygdalode que cette pte enveloppe. On y trouve c et l des lignites ; Monte- Viale ces lignites offrent mme quelques poissons fossiles. Cette indication a conduit M. Brongniartfixer la position [gologique des clbres carrires de Monte-Bolca , o sont dposes des quantits si tonnantes de ces poissons. Sous divers lits de ba- salte, de brche, et de calcaire, sont deux bancs de cesichtyolilhes spars par un calcaire coquillier contenant des nummulithes et d'autres coquilles. Tous les poissons appartieniicnt des genres ma- rins; le second de ces bancs contient, outre les poissons, des lignites et des plantes la plupart ter- restres ou d'eau douce. A Montechio-Maggiore ce sont les couches trap- pennes qui dominent ; Bolca , au contraire, c'est le calcaire, et de beaucoup; mais, sauf la propor- tion , la ressemblance de ces lieux et de nombre d'autres du voisinage est trs grande; et leur cal- caire, par sa nature, par les coquilles ^ les silex , et 376 MINRALOGIE les autres objets qu'il renferme, ressemble aussi beaucoup au calcaire (^^rossier de nos environs , celui qui repose sur la craie et qui supporte le gypse. Les roches trappennes forment la diffrence es- sentielle; encore retrou veroit-on plusieurs de leurs lments dans notre chlorique et notre argile plas- tique. Les collines du pied de FAppennin ressemblent au contraire bien davantage celles de notre cal- caire et de notre grs suprieurs aux gypses. M. Prvost l'avait remarqu dans un mmoire sur les environs de Vienne, dont nous avons donn l'extrait il y a quelques annes, et M. Brongniart l'a confirm par l'examen scrupuleux qu'il a fait de la colline de la Superga prs Turin. Ce qui est plus extraordinaire, c'est qu'un terrain et des coquilles trs semblables se retrouvent au sommet de la montagne des Diablerets, au-dessus de Bex, non seulement plus de trois mille mtrs de hauteur, mais surmonts par des bancs de na- ture alpine, et d'origine trs ancienne. M. Bron- gniart produit une coupe de cette partie de la montagne, qui semble prouver que c'est un dpt form dans un creux ou dans un repli ancien de ces bancs. ^1 a retrouv jusque dans les montagnes d'auprs ET GOLOGIE. 3'JJ de Glaris des couches qui, d'aprs les coquilles et les subtances qui les composent, lui ont paru devoir se rapporter nos terrains de sdiment suprieurs. M. de Bucli a examin, sous le rapport golo(i;i- que, une contre voisine du Vicentin, le Tyrol mridional ; il y a trouve en grande masse ces ter- rains porphyriques ou plutt pyroxniques qu'il croit soulevs par l'action du feu, ou, comme il s'exprime, apposs aux calcaires voisins, mais non dposs de la mme manire qu'eux : ces terrains en se soulevant ont tantt perc, tantt soulev avec eux, les porphyres rouges, les grs rouges, et les dolomies ou calcaires magnsiens qui les sur- montoient, et les ont rompus et dsordonns de manire qu'il est impossible aujourd'hui de les ramener au mme niveau. M. de Buch, qui avoit dj appliqu cette manire de voir aux monta- gnes de l'Auvergne , croit pouvoir l'tendre la plus grande partie des Alpes, au moins des Alpes calcaires; et il a dcouvert dans plusieurs endroits le porphyre pyroxnique demeur cach ailleurs , mais qui a t par-tout la cause des soulvements. N'observant dans ces cantons les masses de dolomie que fendilles en sens divers, ou creuses de ca- vernes, et places sur le porphyre pyroxnique et au niveau du calcaire ordinaire des Alpes, M. de '^nS MINRALOGIE Buch croit que cette pierre est une transformation du calcaire pntr parla magnsie que le porphyre V a introduite. En un mot elle n'en est qu'un ac- cident. Vouloir distinguer une formation de cal- caire magnsien ou de doiomie, ce seroit, suivant M. de Buch, comme si l'on proposoit de faire une espce d'un chne qui auroit des galles et une autre de celui qui n'en auroit pas. Les naturalistes viennent d'obtenir un puissant secours pour apprendre bien connotre l'Auver- gne , ce pays classique pour l'tude des anciens vol- cans, et de toutes ces masses souleves et travailles par les feux souterrains. M. Desmarets , le fils , a publi la carte laquelle feu son pre avoit travaill presque pendant toute sa vie, et o il a marqu la nature de chaque pic, les cratres des diffrentes poques, les courants de laves descendus de chacun d'eux, les basaltes qu'elles ont dposs, enfin toutes les modifications imprimes ce pays par Faction successive de ces mystrieux foyers, et celles que leurs produits eux- mmes ont prouves avec le temps de la part des agents actuels. C'est un service important que ce jeune naturaliste a rendu la science, non moins qu'un tribut naturel de respect dont il s'est acquit envers la mmoire de son pre. ET GOLOGIE. 3 79 M. Bory de Saint- Vincent a pos une base essen- tielle pour la gologie de l'Espagne, en dcrivant avec nettet la gographie physique de ce pays, en fixant la direction et la hauteur des diffrents tages de ses montagnes, la pente de ses plaines, et le cours de ses fleuves. Ce travail excut avec soin, et ac- compagn d'une carte, a paru dans le Guide du voyageur en Espagne, publi par l'auteur en un volume in-8. i On voit que la gologie positive, celle qui s'oc- cupe de constater l'tat des couches, lait chaque jours de nouveaux pas. Nous aurions pu en donner bien d'auties preuves s'il nous et t permis d'ex- poser tous ceux (|ue lui ont fait faire les savants trangers l'Acadmie; mais on en trouvera le r- sultat, et en mme temps le tableau le plus brdlant et le plus exact de l'tat actuel de la science, d&ns l'ouvrage que vient de publier l'un de nos confrres, qui a lui-mme contribu plus qu'aucun autre ses progrs. M. de Huniboldt, dans son Essai go- gnostique sur le gisement des roches dans les deux hmisphres , a embrass d'un coup d'il leur or- dre et leur succession dans toutes les parties du monde connu, et personne n'a voit encore mieux montr, par l'uniformit des produits, la gnra- lit des causes qui ont agi autrefois sur le globe avec y^ .. t .'~> y^V , 38o MINRALOGIE tant de puissance, et dont la nature est aujourd'hui pour ses habitants une nigme si attrayante et si obscure. ANNE 1824. M. Leschenault de La Tour a voit recueilli aux Indes quelques minraux dont les caractres ext- rieurs n'toient pas assez vidents pour que Ton pt assigner leurs genres et leurs espces. M. Laugier en a fait Tanalyse. Le premier, venu de Bombay, nomm bombite par M. de Bournon, compos de silice avec protoxyde de 1er, alumine, magnsie, chaux en petite quantit , charbon , et trace de soufre, a t reconnu pour une vraie pierre de touche. Le second, originaire de Geylan, qui ne s'est fondu qu'avec 1200 parties de potasse et en quatre traitements, se compose de 65 parties d'a- lumine, 1 6 Y2 d'oxyde de fer, 1 3 de magnsie, 2 de silice, 3 de chaux, et une trace de manganse. Cest -peu-prs l'analyse de la ceylanite, telle que l'avoit faite feu Collet Descoltils; et par consquent cette pierre, comme la ceylanite, est un spinelie. Le troisime, venu aussi de Ceylan, est le plus remarquable par sa composition complique et la runion de deux mtaux rares. Il est d'un brun noirtre cassure vitreuse, se boursoufle au feu, est attaqu par les acides et les alcalis, et a donn ET GOLOGIE. 38l l'analyse 36 parties d'oxyde de cerium, i g d oxyde de fer, 8 d'oxyde de titane, 8 de chaux, 6 d'alumine, 1,2 d'oxyde de manganse, et 1 1 d'eau. INanmoins il a sembl n'avoir perdu qu'un lo^ de son poids; mais c'est que le cerium, qui n'toit qu' l'tat de protoxyde, en s'oxydant plus compltement a com- pens par son augmentation de poids l'eau qui s'- toit perdue. On peut le regarder comme une varit de crite titanifre. C'est principalement par l'tude scrupuleuse de la superposition et des rapports des terrains dans les cantons particuliers que la gologie s'est perfec- tionne dans ces derniers temps, et qu'elle peut esprer de procurer un caractre de dmonstration ses lois gnrales. L'exemple heureux donn par quelques recherches de ce genre est aujourd'hui apprci et suivi dans toute l'Europe. M. de Bonnard, ingnieur au corps royal des mines , a prsent l'Acadmie un ouvrage qui con- tient l'examen le plus approfondi d'une contre de la France trs remarquable parle contact presque immdiat o des calcaires d'une formation trs se- condaire , les oolithes du Jura , s'y trouvent avec le granit , le plus ancien des terrains primitifs con- 382 MINRALOGIE nus: ce sont les enviions d'Avalon en Bourgogne. A la surface des j^arties leves se montre un cal- caire compacte qui parot tre le mme que celui qui sert la lithographie; au-dessous est Toolithe avec les coquilles qu'il contient d'ordinaire, et les marnes blanches qui l'accompagnent toujours ; puis un calcaire entirement compos d'entroques ou tiges d'encrinites, que suivent des lits de calcaire marneux remplis d ammonites et de Fespce de gry- plite nomme grypha cymbium, A celui-l succde le vrai calcaire gryphes, caractris par Fabon- dance du grypha cymbium. 11 se trouve dans la mme position en Angleterre, en Normandie, dans le midi de la France, en Allemagne, et sur-tout dans la longue chane du Jura. Ici, comme par- tout, il repose sur un autre calcaire plus fin , plus gris , moins marneux , qui comprend le terrain nomm aux environs de Gottingen inuscliel - kalk , et le calcaire alpin dit en Allemagne zechstein. Jus- qu' cette profondeur l'analogie se soutient , et les bancs sont dans l'ordre gnralement reconnu; mais , en pntrant plus bas , on ne dcouvre point le grs pierre de taille, ou quaader-sand-stein des Allemands , ni un autre calcaire coquillier qui est ordinairement sous ce grs, ou du moins l'un et l'autre ne sont reprsents que trs imparfaitement. Une plus grande diffrence encore cest qu'entre ET GOLOGIE. 38.^ des roches calcaires et le granit on ne trouve, en bancs distincts, qu'une roche arnacce compose de f>rains de quartz et de feldspath , mls de cal- caire, de baryte, de f>alne, roche que M. de Bon- nard rapporte aux psammites. 11 manque donc dans cette partie de la Bour- j^o^ne beaucoup de formations, et toutefois il en reste des vesti(]fes, que M. de Bonnard est parvenu , force d'observations et de sa[|acit, saisir et faire connotre. TiCurs parties constituantes y exis- tent, mais daus un mlan.